KINSHASA, 30 oct (IPS) – Deux personnes ont été tuées et trois autres blessées dimanche en République démocratique du Congo (RDC) lorsque la police a ouvert le feu sur des partisans de Jean-Pierre Bemba, candidat au second tour des élections présidentielles. Les supporters protestaient contre des rumeurs de fraude dans la ville de Lisala, dans le nord du pays.
Le scrutin dans l'est du Congo s'est cependant déroulé dans un calme relatif, alors que cette région est encore sensible après des années de guerre civile. Les électeurs ont attendu calmement l'ouverture des bureaux de vote, à 06H000 locales (05H00 GMT), mais les files qui avaient marqué le premier tour, le 30 juillet dernier, étaient toutefois moins nombreuses.
Des pluies torrentielles ont accompagné cette journée d'élection dans l'ouest du pays. Les rues de la province du Bas-Congo et de la capitale Kinshasa, truffées d'égouts bouchés, ont notamment empêché certains électeurs de rejoindre leur bureau de vote.
Quelque 25 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes dans environ 50.000 bureaux de vote. Pour la première fois depuis 40 ans, et après des années de guerres consécutives entre 1996 et 2002, les Congolais pouvaient choisir démocratiquement celui qui devra présider leur pays : Joseph Kabila, le président sortant, ou son vice-président, Jean-Pierre Bemba. Près de quatre millions de personnes ont perdu la vie au cours des conflits qui ont ensanglanté le pays cette dernière décennie ou à cause des famines ou de maladies provoquées par la guerre.
Lors du premier tour, Kabila avait récolté près de 45 pour cent des voix, contre 20 pour cent à son challenger, Bemba. Aucun des candidats n'ayant remporté la majorité, un second tour était inévitable pour les départager.
Kabila est le grand favori de ce second scrutin en raison des différentes alliances qu'il a conclues avec des candidats malchanceux du premier tour, comme Nzanga Mobutu, fils de l'ancien président ayant dirigé l'ex-Zaïre pendant 32 ans.
La semaine dernière, Nzanga Mobutu avait été capturé par des soldats de la garde de Bemba alors qu'il faisait campagne pour Kabila à Gbadolite, fief du vice-président, dans le nord-ouest de la RDC. Il a pu être délivré et évacué dans un char des Nations Unies.
Beaucoup de Congolais ont pris part à cette élection en espérant qu'elle pourrait mettre en place un gouvernement responsable et amener des changements positifs pour le pays, ravagé par les guerres et des années de mauvaise gouvernance sous le règne du maréchal Mobutu Sese Seko, chassé du pouvoir en 1997.
William Swing, chef de la Mission des Nations Unies au Congo (MONUC), a déclaré samedi à Kinshasa, que ces élections étaient les plus importantes sur le continent africain depuis celles de 1994 en Afrique du Sud, qui avaient plébiscité Nelson Mandela et marqué la fin du régime de l'apartheid.
L’ONU a déployé 17.000 casques bleus en RDC, tandis que l'Union européenne a envoyé 2.000 soldats sur place afin de sécuriser le pays pendant les élections. Des équipes mixtes, formées de soldats de l'armée congolaise et de casques bleus, ont effectué des patrouilles dimanche dans les rues de la capitale, mais également dans d'autres localités du pays.
Cependant, la sécurité demeure un sujet de préoccupation. En août, les troupes fidèles à chacun des deux candidats s'étaient déjà violemment affrontées dans les rues de Kinshasa après l'annonce des résultats du premier tour, faisant plus d'une trentaine de morts.
Des hommes armés sont toujours présents dans la capitale congolaise, et des troupes munies de kalachnikovs déambulent dans les rues de la ville. Selon des estimations, Kabila posséderait environ 5.000 hommes armés dans la garde présidentielle, tandis que Bemba disposerait de quelque 600 combattants à Kinshasa.
Après les affrontements du premier tour, les deux camps s'étaient rejeté la responsabilité du début des hostilités, y compris les différents accrochages entre militants des deux groupes, qui en étaient venus aux mains lors de manifestations organisées dans la capitale et d'autres provinces du pays.
“Les supporters de Bemba sont déterminés à ruiner ce pays”, explique Chikaya Bin Karubi, un proche conseiller de Kabila.
“Kabila veut vendre notre pays et fera tout pour conserver le pouvoir entre ses mains”, rétorque Sesanga Dully, un porte-parole de Bemba.
Les deux adversaires ont sensiblement réduit leurs apparitions publiques lors de la campagne pour le second tour, contrairement à ce qui avait été le cas avant le vote du 30 juillet. Kabila, très populaire à l'est du pays — où le swahili est majoritaire — avait été battu dans la capitale, où Bemba était sorti favori des urnes.
Les deux candidats sont d'anciens belligérants. Kabila a en effet servi dans l'armée de son père, Laurent-Désiré, lorsque celle-ci a chassé du pouvoir le maréchal Mobutu, aidé par les voisins — le Rwanda et l'Ouganda. Bemba est un ancien chef rebelle, qui a pris part à la guerre de 1998-2002, avec soutenu par l’Ouganda, durant de laquelle il a notamment été accusé de crimes de guerre au cours de son appui à l’échec d’une tentative de coup d’Etat manqué en République centrafricaine.
Le passé des deux candidats suscite toutefois des craintes auprès de certains Congolais qui redoutent que le vote de dimanche n'entraîne davantage de violences.
“Nos candidats ne sont pas bien préparés à gouverner le pays”, déclare Fannie Mboyo, étudiante en commerce à Kinshasa. “Comment un ancien soldat et un chef de guerre peuvent-ils être nos dirigeants?” Mais, Emmanuel Bushashire, observatrice de ces élections dans la ville de Goma, dans l'est du pays, est plus positive : “Je vote pour la paix, de manière à ce que mon pays puisse atteindre son potentiel et devenir une star en Afrique”, souligne-t-elle. “Notre pays a été marqué par la malchance, peut-être que les choses vont changer à présent”.
La paix en RDC pourrait également signifier plus de stabilité au cœur du continent africain, et le retour des investissements étrangers longtemps réduits à néant en raison des conflits.
La RDC partage ses frontières avec neufs pays. Les guerres, qui ont ravagé le territoire, ont impliqué des soldats de six armées différentes, dont certaines n'avaient pour ambition que de piller les richesses naturelles du Congo, comme l'or, les diamants, le coltan — utilisé dans les téléphones portables –, ou l'uranium, entre autres ressources.

