LE CAP, 3 oct (IPS) – L’équipe de Russie a été championne du monde au terme de la Coupe du monde des sans-abri (HWC) 2006, jouée au Cap, en Afrique du Sud, la semaine dernière.
Pour Guy Foulongani, coach de l’équipe de France et responsable de l’équipe de football de l’Arche d’Avenir, les buts essentiels de la rencontre sont atteints. ‘’Tout au long de cette semaine, les gars ont vécu une aventure humaine inédite. Ils ont pu confronter leurs expériences et leurs vécus avec d’autres, ils se sont fait des amis brésiliens, kazakhes, rwandais, ukrainiens…’’ La Grande Parade du Cap, qui a abrité le tournant des matches de football de rue joués durant la Coupe du monde des sans-abri 2006 est une place historique.
Nelson Mandela a prononcé son premier discours après son départ de la prison à cet endroit. La place a été également le lieu de manifestations anti-apartheid et de parades militaires. Du 24 au 30 septembre, quelque 500 personnes venues du monde entier ont pris part au tournoi — le quatrième du genre. La coupe vise toutefois à apporter bien plus qu'un jeu palpitant ou une vitrine pour le talent footballistique. Les organisateurs espèrent qu'elle donne également aux participants l'impulsion pour échapper à leur vie précaire dans les rues, d'où le slogan du tournoi : '48 nations, un objectif'.
L'idée du HWC est venue au cours de la conférence annuelle du Réseau international des journaux de rue, basé à Glasgow, en 2001. (Les journaux de rue sont des publications créées pour aider les personnes sans-abri, en partie en leur permettant de garder une part des profits des journaux qu'ils vendent). Harald Schmied, rédacteur en chef de la publication autrichienne 'Megaphon', et Mel Young, co-fondateur de 'The Big Issue Scotland', cherchaient un moyen de mettre en contact des sans-abri de plusieurs pays, ainsi que d'autres personnes vivant en marge de la société. Ils ont trouvé cela dans le football.
"C'est comme un langage universel", déclare Richard Ishmail, directeur exécutif de 'The Big Issue South Africa', le journal de rue qui a été l’hôte du HWC de cette année. "Le football mobilise les gens. Combattre le phénomène de sans logis…a un rapport avec l'établissement de liens avec des sociétés, la formation des équipes et le travail en commun. C'est ce que fait le football".
Le football a certainement mobilisé Ataka Jansen, star de l'équipe namibienne à la Coupe 2005 à Edimbourg, en Ecosse.
Après avoir échoué à l'école, il s'est retrouvé lui-même dans les rues de Swakopmund, une ville côtière, en train de voler, d'agresser, et de boire. Jansen a alors rencontré un vendeur de la version namibienne de 'The Big Issue' et a décidé de vendre également le journal, se qualifiant en fin de compte pour prendre part au HWC de l'année dernière. "Beaucoup de gens n'ont pas la chance de représenter leur pays", a-t-il souligné. "Je me suis senti extrêmement fier".
L'expérience de Jansen à Edimbourg a donné lieu à une résolution encore plus grande d'améliorer sa situation : "Je voulais vraiment changer ma vie en mieux. Je ne voulais plus être le même Ataka".
En conséquence, il a dit adieu à la criminalité une fois pour toutes à son retour d'Ecosse, et a trouvé un emploi en tant qu'apprenti mécanicien par l'intermédiaire de 'The Big Issue'. "La coupe m'a donné un nouvel esprit pour faire mieux", a déclaré Jansen à IPS.
Cette expérience n'est pas unique. La recherche menée un an après la Coupe 2005 a montré que 77 pour cent des joueurs avaient changé leurs vies en mieux après avoir participé à la compétition. Les améliorations comprennent le fait d'avoir trouvé des emplois, d'avoir arrêté de prendre de la drogue et de l'alcool, de reprendre l'éducation — et de s'attaquer aux problèmes de logement.
"Les sessions régulières de formation aident les joueurs à développer un style de vie plus sain. Et qui plus est, étant membre d'une équipe, ils apprennent à être responsables et disciplinés", affirme Mattieu Rukoro, coordonnateur de développement social à 'The Big Issue Namibia'.
Le "facteur divertissement" est également important, ajoute-t-il. "Voyager hors du pays, se faire de nouveaux amis et être applaudi par des milliers de personnes accroît l'estime de soi chez des joueurs. Ces types ont été toujours invisibles. Tout à coup, on commence par les voir".
Angus Okanume est une autre histoire à succès du HWC.
Né au Nigeria, il est allé en Autriche alors qu'il était adolescent par peur de persécutions religieuses, et est devenu un demandeur d'asile. Sa vie est arrivée à un tournant décisif lorsqu'il a obtenu une place dans l'équipe des sans-abri autrichiens, qui a remporté la Coupe de 2003.
La couverture médiatique qui a suivi la victoire de l'équipe a conduit à des opportunités pour les joueurs impliqués. Dans le cas de Okanume, il a été mis dans une position où il pouvait commencer des cours de langue allemande, et retourner à l'école. Par ailleurs, il a obtenu une place dans un club semi-professionnel de football dans l'une des ligues régionales de l'Autriche, à l'époque au FC Graz.
"La coupe m'a donné une grande motivation, je voulais réellement avancer dans ma vie", affirme Okanume, sur le site Internet du HWC.
Douze participants à la Coupe 2005 vivent maintenant en partie du football, en tant qu'entraîneurs ou joueurs dans des équipes professionnelles et semi-professionnelles.
Jansen, capitaine de l'équipe namibienne de 2006, pourrait être le prochain sur la liste. Juste avant de partir pour l'Afrique du Sud, il a été informé que Civics, l'équipe qui a gagné en première division de la Namibie l'année dernière, pourrait lui offrir un contrat.
"La Coupe des sans-abri a prouvé que le sport, et dans notre cas le football, a un pouvoir énorme pour créer un changement réel et durable", indique Young, qui est maintenant président du HWC. "Le Cap a promis d'être la meilleure Coupe du monde des sans-abri jusque-là, avec deux fois plus de pays représentés qu'aux précédents tournois". Les 48 équipes nationales, qui étaient en compétition dans cette ville côtière sud-africaine, étaient issues de pays aussi variés que l'Afghanistan, le Zimbabwe, le Brésil, l'Italie, l'Ukraine, les Etats-Unis et l'Australie. En tout, 13 nations africaines étaient représentées.
Plus de 10.000 sans-abri ont été impliqués dans la préparation du tournoi, dans des matches nationaux de sélection d'avant compétition et de ligues de football de rue.
Même ceux qui ne sont pas allés sur le terrain pourraient voir leurs vies changées.
"La coupe touche la vie de nos nombreux volontaires et spectateurs, qui regarderont différemment les sans-abri, longtemps après la fin de ce tournoi", affirme Ishmail.
Mais, il a également exprimé une certaine prudence par rapport à l'impact du HWC sur la vie des joueurs, notant qu'il n'y avait en fin de compte aucune solution miracle au phénomène de sans-abri et aux problèmes qui l'accompagnent : "Sortir de la pauvreté et du manque de logis est un processus qui prend du temps".

