JOHANNESBURG, 29 sep (IPS) – La suppression d'une inflation à deux chiffres, une croissance économique de cinq pour cent dans la région l'année dernière, une réduction de la dette étrangère de quelque sept milliards de dollars à 500 millions : ce sont des chiffres qui garantissent au président d'un pays en développement un autre mandat, n'est-ce pas? Peut-être oui, peut-être non.
Les électeurs qui sont allés aux urnes jeudi pour des élections générales en Zambie pourraient très bien décider que ces résultats ne sont pas assez bons et obliger le président Levy Mwanawasa à retourner encore à la profession d'avocat.
Les raisons de cet état de chose peuvent être imputables à une déconnexion entre des statistiques impressionnantes et le lot quotidien qui constitue la vie des Zambiens, dont environ deux tiers vivent avec moins d'un dollar par jour (cette estimation est tirée du Rapport sur le développement humain de 2005, produit par le Programme des Nations Unies pour le développement).
Tandis que les économistes se délectent d'une reprise de l'industrie vitale du cuivre, les nationaux déplorent un chômage généralisé.
Pour chaque donateur satisfait des mesures de restriction dans ce pays d'Afrique australe, il y a des habitants effarouchés par des pavillons d'hôpitaux en sous-effectif — ceci parce que des infirmiers quittent en masse pour des postes à l'étranger, et la nation est aux prises avec un taux de prévalence de VIH de 17 pour cent, selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA. L'allègement de la dette, accordé l'année dernière, a libéré des fonds pour des dépenses sociales, mais apparemment pas d'une façon qui a réellement transformé la vie dans le pays.
Le principal challenger de Mwanawasa dans la course à la présidence, un ancien ministre du gouvernement, Michael Sata, n'a pas laissé passer des occasions de tirer profit du mécontentement public — promettant des taxes moins élevées et plus d'emplois. Le leader du 'Patriotic Front' (Front patriotique) a également exploité les frustrations populaires avec une menace d'expulser des hommes d'affaires étrangers, y compris des ressortissants chinois, accusés de traiter fort mal leurs employés zambiens.
Le penchant de Sata pour la controverse a été davantage démontré lorsqu'il aurait dit que s'il était élu, il abandonnerait les accusations de corruption contre l'ancien président Frederick Chiluba, qui a avalisé sa candidature. Les deux hommes étaient les fondateurs du 'Movement for Multiparty Democracy' (Mouvement pour la démocratie multipartite), un parti qui est maintenant présidé par Mwanawasa.
L'actuel chef de l'Etat a fait de Chiluba et plusieurs autres personnalités de haut rang la cible d'enquêtes prolongées dans lesquelles plusieurs des premières accusations ont été abandonnées depuis. L'ancien président est maintenant accusé d'avoir volé quelque 500.000 dollars lorsqu'il était en fonction. Certains ont qualifié l'enquête de chasse aux sorcières, tandis que d'autres ont mis en doute toute l'efficacité des initiatives anti-corruption du gouvernement. Toutefois, les propos de Sata selon lesquels il ficherait la paix à Chiluba auraient donné lieu à des critiques dans le pays, tandis qu'il y a peu de chance que les donateurs acceptent quelque chose perçu comme une tolérance de la corruption en Zambie.
Mwanawasa a répondu aux attaques cinglantes de Sata en accusant son rival de faire des promesses peu réalistes. Le chef de l'Etat demande plutôt aux électeurs de s'engager pour plus de prudence fiscale, même s'il a promis d'améliorer les services sociaux.
Trois autres candidats se sont également présentés au scrutin présidentiel; mais un seul d'entre eux, Hakainde Hachilema de 'United Democratic Alliance' (l'Alliance démocratique unie), est considéré comme capable de faire impression à l'élection. Les deux candidats restants sont Ken Ngondo, représentant 'the All People's Congress' (le Congrès de tout le peuple), et Godfrey Miyanda du 'Heritage Party'.
Des sondages d'opinion donnaient Mwanawasa et Sata en tête dans la course présidentielle à différents endroits durant la campagne, qui a été également marquée par des inquiétudes au sujet de la santé de Mwanawasa. Un accident de voiture, il y a plus d'une décennie, a affaibli l'élocution du chef de l'Etat, et en avril de cette année, il a eu une légère attaque.
Alors que la Zambie a obtenu l'indépendance en 1964, cette dernière élection n'est que le quatrième scrutin dans son histoire, le pays ayant connu près de trois décennies de régime de parti unique sous son premier président, Kenneth Kaunda.
La politique multipartite s'est parfois heurtée à une vive opposition. Mwanawasa a remporté l'élection de 2001 avec juste 29 pour cent des voix, deux pour cent à peine de plus que son plus proche concurrent, Anderson Mazoka, au milieu des affirmations sur des irrégularités ayant entouré le décompte des bulletins de vote et sur une mauvaise utilisation des ressources gouvernementales.
Bien qu'une nouvelle loi électorale ait été votée cette année pour améliorer les conditions de vote, certains se demandent toujours si assez de garanties ont été mises en place pour assurer un scrutin libre et équitable jeudi. Ceux qui siègent au sein de la Commission électorale de Zambie (ECZ) sont toujours nommés par le président, par exemple, ce qui donne lieu à des inquiétudes au sujet de l'indépendance de l'institution.
Par ailleurs, le respecté Centre Carter a décliné une invitation pour superviser l'élection — même si d'autres groupes, y compris la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), l'Union africaine et l'Union européenne, ont déployé des observateurs.
"La décision du Centre de ne pas observer les élections de 2006 est fondée sur la déception relative à la non-promulgation, par la Zambie, de réformes électorales et constitutionnelles significatives, et sur les exigences des engagements actuels du Centre Carter sur des projets électoraux en République démocratique du Congo, en Guyane et au Nicaragua", indique un communiqué de presse du groupe, en date du 19 septembre. Cette organisation non gouvernementale (ONG) a été créée par l'ancien président américain Jimmy Carter pour soutenir diverses causes de développement, et est basée à Atlanta.
Il y a trois ans, Mwanawasa a entamé un processus de révision de la constitution qui recommandait, entre autres, que le chef de l'Etat soit élu par une majorité absolue plutôt que par une majorité simple. Toutefois, le processus s'est enlisé en face des préoccupations au sein de l'opposition et de la société civile à propos de sa légitimité. En tant que membre de la SADC, la Zambie est supposée respecter les directives régionales sur les élections, qui recommandent une couverture impartiale des candidats et partis politiques par les médias d'Etat.
Un code de conduite électorale qui fait partie de la nouvelle loi électorale donne au ECZ l'autorité d'amender et même d'emprisonner des journalistes aussi bien des médias publics que privés qui effectuent une couverture biaisée durant la campagne. Mais, Kellys Kaunda, président de la section zambienne de l'Institut des médias d'Afrique australe (MISA), met en garde contre le fait de mettre tous les médias sous la même protection –- étant donné que si on considère les organes d'Etat, "Ils nous appartiennent et nous avons un droit moral et légal d'exiger une couverture équitable".
"Vous ne pouvez pas exercer la même pression sur les médias privés. Pendant longtemps, les médias publics ont été clairement biaisés", a-t-il noté. "On a vu des médias publics en train de couvrir le gouvernement et le parti au pouvoir au détriment d'autres leaders d'opinion".
Le MISA est une ONG qui fait la promotion de la liberté de la presse dans la région.
Kaunda croit que d'autres mesures sont nécessaires pour amener les médias d'Etat à un point où la couverture est aussi impartiale qu'elle devrait l'être.
"Il faut certains changements fondamentaux…C'est quelque chose que nous avons réalisé il y a longtemps. Il est nécessaire de changer le système juridique qui régit les institutions de médias publics comme la nomination des conseils d'administration", a-t-il souligné. "Il est également indispensable de se débarrasser des actionnariats, pour que le public puisse avoir son mot à dire dans la gestion de ces institutions de médias".
Près de quatre millions sur les 11 millions d'habitants de la Zambie se sont inscrits pour voter jeudi; 150 sièges législatifs et beaucoup plus de sièges municipaux sont également à pourvoir.
Les résultats de l'élection sont attendus pendant le week-end.
* Avec un reportage supplémentaire de Nkosi Ngwenyama à Lusaka

