GENEVE, 4 oct (IPS) – La non-assistance aux plus défavorisés pourrait être un jour passible de sanctions, selon une proposition du rapporteur spécial, Arjun Sengupta, à la 2ème session du Conseil des droits de l'Homme des Nations Unies, qui se tient actuellement à Genève.
“La lutte contre l'extrême pauvreté, par le biais des droits de l'Homme, est intéressante parce qu'elle est créative. Elle permet aussi de la rendre plus contraignante, donc plus efficace”, a notamment déclaré Sengupta, un expert indépendant, dans son rapport sur les “droits de l'Homme et l'extrême pauvreté”, présenté la semaine dernière devant le conseil.
L'économiste indien propose une approche qui permettrait, affirme-t-il, une réponse rapide aux besoins des plus démunis. Il insiste pour que la forme extrême de pauvreté soit admise comme une atteinte aux droits de l'Homme. La non-assistance aux plus défavorisés serait ainsi passible de sanctions.
L'idée n'est toutefois pas nouvelle. Joseph Wresinski, fondateur de l'organisation ATD Quart Monde l'avait introduite aux Nations Unies en 1987 déjà. Onze ans plus tard, la Commission des droits de l'Homme créait le mandat de l'expert indépendant sur la question. Sengupta en est titulaire depuis deux ans, après avoir occupé une position similaire sur le thème du “droit au développement”, en plus d'une solide carrière académique et administrative en Inde et à l'étranger.
Durant des années, les institutions financières ont jugé la pauvreté (et la richesse) à l'aune unique du revenu. Le “produit intérieur brut” (PIB) servait d'étoile du berger, qui guidait toute politique de développement. Puis, les indicateurs de “développement humain” sont venus à la rescousse pour brosser un tableau plus complet des différentes situations. Ils incluent l'éducation, l'accès aux soins de santé, la durée de vie…
Dans la même logique, la définition de l'extrême pauvreté évolue. Si le fameux seuil du revenu d'un dollar par jour est largement utilisé, Sengupta le complète. Pour lui, l'extrême pauvreté est une combinaison de facteurs : pauvreté monétaire, pauvreté en termes de développement humain et exclusion sociale. Autrement dit, ces facteurs concernent les gens qui “manquent de sécurité élémentaire”, et il y en a dans tous les pays.
Faire admettre que les plus pauvres sont victimes d'une violation d'un droit de l'Homme leur donnerait une protection de nature juridique, et non plus seulement morale. Elle obligerait les Etats à investir dans des secteurs qui répondent à leurs besoins (santé, éducation…), quitte à négocier des accords qui leur permettent de contourner des dispositions créatrices de disparités. En ligne de mire : certains accords sur la propriété intellectuelle (médicaments) ou sur la libéralisation des marchés.
Pour Xavier Verzat, représentant du mouvement ATD Quart Monde à l'ONU, ce rapport va dans la bonne direction : “Les pauvres ne vivent pas que dans les pays en voie de développement, il y en a dans toutes les sociétés, ce que souligne le rapporteur, qui a aussi enquêté aux Etats-Unis”. "Il nous est arrivé de mettre en contact des personnes démunies africaines et européennes, elles ont immédiatement identifié des problèmes qui leur étaient communs, notamment le fait de ne pas être entendues. En invoquant les droits de l'Homme, on pose aussi une question : sont-ils applicables à tout le monde?" **** Voir en ligne: Rapport d'Arjun Sengupta, Droits de l'Homme et extrême pauvreté (http://www.humanrights-geneva.info/article.php3?id_article=597) *( Michel Bührer est journaliste à InfoSud, une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud et IPS).

