POLITIQUE-AFRIQUE DU SUD: Des accusations de corruption pourraient encore hanter Zuma

JOHANNESBURG, 22 sep (IPS) – Une disculpation, un répit temporaire, une affirmation du système judiciaire d’Afrique du Sud, une mise en cause de la ‘National Prosecuting Authority’ (l’Autorité nationale des poursuites – NPA): les interprétations de l’abandon des accusations de corruption contre l’ancien vice-président Jacob Zuma sont nombreuses, et variées.

‘’Nous pensons que toute l’alliance…a été disculpée par la décision du juge de retirer du rôle le procès de corruption contre Zuma’’, a déclaré à IPS, Malesela Maleka, un porte-parole du Parti communiste sud-africain (SACP).

Le SACP est uni au Congrès national africain (ANC) et au Congrès des syndicats d’Afrique du Sud (COSATU) dans une alliance tripartite qui est devenue nerveuse pendant les poursuites contre Zuma.

Les syndicats, le SACP et la Ligue des jeunes de l’ANC ont exprimé avec véhémence leur soutien à l’ancien vice-président. Zuma est perçu comme étant plus disposé à l’égard des préoccupations des pauvres que le président Thabo Mbeki, critiqué pour avoir épousé les affaires, les politiques économiques conservatrices -– et une approche centralisée dans les prises de décision.

Après l’abandon du procès de Zuma par la Haute cour dans la ville de Pietermaritzburg, dans le sud-est du pays, il s’est rendu à Midrand, non loin de Johannesburg, où il a été fêté par des délégués au congrès annuel du COSATU.

Mais Jake Moloi, un chercheur principal à l’Institut pour des études sécuritaires, un groupe de réflexion basé à Pretoria, a rappelé que les démêlées de l’ancien vice-président avec la justice n’étaient pas entièrement une chose du passé.

‘’C’est un exploit temporaire. Le retrait de l’affaire du rôle n’a fait qu’accroître et renforcer les chants en chœur de ses partisans’’, a-t-il dit à IPS.

‘’Pour Zuma, également, cela pourrait paraître un grand coup de pouce. Mais un nuage plane sur lui. Un juge l’a déjà décrit comme ayant des ‘’relations corrompues’ avec son ancien conseiller financier. Cette perception pourrait se maintenir pendant longtemps’’.

L’accusation avait demandé un report dans le procès de Zuma pour finaliser l’acte d’accusation contre lui.

Toutefois, sa capacité à conclure les charges dépendait de ce que l’Etat avait utilisé des documents obtenus durant des descentes dans les maisons et bureaux de Zuma et de son avocat –- dont la légalité est maintenant en train d’être contestée au tribunal.

Avec le résultat de ces contestations toujours en cours, le juge Herbert Msimang a décidé que l’accusation n’avait pas respecté les normes légales pour pouvoir montrer que les preuves nécessaires seraient à la disposition de l’Etat à la date de la reprise.

Dans une critique de l’Etat, il a noté ‘’qu’une décision précipitée’’ avait été prise pour poursuivre Zuma, et également que ‘’La mise en œuvre de cette décision constituait le début de la fin…Dès lors le procès de l’Etat est allé d’un désastre à un autre’’.

Mais, tandis que la décision de mercredi a tiré Zuma d’affaire, cela ne marquait pas un terme aux poursuites futures contre lui : la NPA pourrait décider de l’accuser à nouveau. L’accusation veut intenter encore un procès à l’ancien vice-président en relation avec les tentatives de son ancien conseiller financier, Schabir Shaik, de solliciter pour lui des pots-de-vin annuels d’environ 70.000 dollars de la filiale sud-africaine de la compagnie française d’armements Thalès –- ceci en échange de la protection de Zuma pendant une enquête sur un contrat d’achat d’armes en 1999.

Un procès a été intenté contre Zuma après la condamnation de Shaik à 15 ans de prison pour plusieurs chefs d’accusation de fraude et corruption -– dont l’un est lié aux pots-de-vin demandés à Thalès. En rendant sa décision dans l’affaire en mai et en juin de l’année dernière, le juge Hilary Squires avait utilisé le terme ‘’généralement corrompues’’ pour décrire les relations de Zuma avec Shaik -– qui a fait appel du verdict.

En 2003 la NPA, alors sous Bulelani Ngcuka, a annoncé qu’elle ne donnerait pas suite aux allégations de corruption contre Zuma, au motif que le procès contre lui ne pouvait être gagné. Cette position a été modifiée après la condamnation de Shaik, qui a également débouché sur la démission de Zuma en qualité de vice-président. Toutefois, il a conservé son poste de vice-président de l’ANC.

En décembre, Zuma s’est vu accusé d’avoir violé une amie séropositive de la famille. Il a été jugé pour le présumé crime en février de cette année et a été acquitté trois mois plus tard. Zuma a admis avoir eu de rapport sexuel avec son accusatrice, mais a déclaré que c’était consensuel.

Il a également révélé que c’était une relation sexuelle non protégée, affirmant qu’il avait pris une douche après cela pour réduire les risques de contracter le SIDA au cours du rapport.

Ces commentaires ont été franchement condamnés par des activistes anti-SIDA -– et avaient même suscité la colère de Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix et ancien archevêque du Cap.

Dans une conférence publique donnée après les déclarations de Zuma indiquant que la relation sexuelle avec son accusatrice était non protégée, Tutu a observé qu’il ‘’ne pourrait pas garder (sa) tête haute si une personne…supposée devenir (son) président…qui n’a pas pensé qu’il était nécessaire de présenter des excuses pour avoir eu de rapport sexuel occasionnel sans prendre les précautions appropriées dans un pays qui est en train d’être dévasté par cette affreuse pandémie de VIH’’. L’ancien vice-président a lié les accusations contre lui à un présumé complot pour l’empêcher de devenir le prochain président d’Afrique du Sud, un poste pour lequel il était précédemment considéré comme le principal candidat.

Ces points de vue ont été repris en écho par les partisans de Zuma, qui étaient présents par centaines mercredi devant la Haute cour de Pietermaritzburg, dansant et scandant des slogans révolutionnaires après avoir eu connaissance du verdict de Msimang.

Aux yeux de plusieurs personnes, l’abandon des accusations contre Zuma pourrait l’aider à reprendre la tête dans la course pour la présidence; alors que le second et dernier mandant de Mbeki s’achève en 2009, l’ANC élira son prochain leader -– et futur candidat à la présidentielle –- en 2007.

Toutefois, Maleka est resté circonspect lorsqu’il a été interrogé sur les chances de voir Zuma devenir chef de l’Etat. ‘’C’est un problème de l’ANC. Bien sûr, nous nous intéressons au leader qui sortira de la conférence de l’ANC (en 2007)’’, a-t-il noté.

L’actuelle vice-présidente Phumzile Mlambo-Ngcuka n’a pas déclaré son intention de succéder à Mbeki. Toutefois, les récents commentaires de Mbeki selon lesquels il préférait qu’une femme lui succède ont froissé dans le camp de Zuma.

Lorsque Mlambo-Ngucka a fait son apparition au congrès du COSATU au début de cette semaine, elle s’est trouvée en présence de délégués chantant des chansons offensives contre son mari, Bulelani Ngcuka –- perçu comme un acteur clé dans le présumé complot contre Zuma malgré sa décision de 2003 de ne pas le poursuivre.