MADRID, 26 sep (IPS) – Soutenir le secteur privé en Afrique, comme des entreprises espagnoles ont accepté de le faire la semaine dernière, et combattre les mafias organisant le trafic des êtres humains constituent le moyen de promouvoir le développement et d'empêcher la fuite des cerveaux des pays africains.
C'était la conclusion d'Antonio Molina, secrétaire général de 'Fundación Sur', une organisation non gouvernementale d'assistance travaillant en Afrique, dans un entretien avec IPS jeudi (21 septembre).
"Soutenir l'investissement en Afrique est important", a ajouté Molina, se référant à l'engagement pris à la rencontre sur la coopération commerciale Espagne-Afrique, qui s'est déroulée de lundi à mercredi, la semaine dernière, à Las Palmas, Gran Canaria, une île espagnole située près de la côte du nord-ouest de l'Afrique.
Mais ce n'est pas suffisant, a-t-il prévenu. "La vague d'émigrants d'Afrique doit être endiguée, parce que ce sont généralement les meilleurs ayant les niveaux d'éducation les plus élevés qui partent. Ils espèrent trouver un meilleur avenir en Europe, mais plusieurs perdent la vie en tentant de le faire, et d'autres sont condamnés à l'exclusion sociale".
Durant ces derniers mois, des milliers de migrants sans papiers d'Afrique sont arrivés sur les Iles Canaries par la mer.
Selon lui, on devrait empêcher l'exode en encourageant les jeunes Africains à créer des entreprises dans leurs propres pays, en soutenant ces entreprises, et au même moment en combattant les mafias qui organisent et tirent profit du trafic des migrants. "Lorsqu'on enquête sur ces choses, il apparaît clairement qu'elles impliquent des gens aux plus hauts niveaux de ces sociétés", a-t-il déclaré. Deux cent membres de la communauté commerciale du Bénin, du Burkina Faso, de Guinée Equatoriale, de Gambie, du Ghana, de Côte d'Ivoire, du Mali, du Nigeria, du Sénégal, d'Espagne et du Togo ont pris part à la rencontre à Las Palmas.
Adán Martín, le chef du gouvernement régional des Iles Canaries, a demandé aux hommes d'affaires de ne pas regarder l'Afrique seulement par solidarité, "mais par responsabilité; parce que c'est nous du Vieux Continent qui avons poussé nos voisins dans la situation dans laquelle ils vivent maintenant", se référant au colonialisme européen. La crise humanitaire générée par les vagues intermittentes de migrants sans papiers, dont des milliers traversent les mers dans des bateaux fragiles, doit être utilisée pour sensibiliser l'Union européenne sur le fait que ses pays membres doivent financer des projets de développements en Afrique, a souligné Martín.
Faisant allusion à la hausse de l'investissement espagnol au cours de ces dernières années, et aux engagements supplémentaires pris à cette réunion, le président du Haut conseil des Chambres de commerce d'Espagne, Javier Gómez-Navarro, a dit que "cela montre l'objectif des entreprises espagnoles de regarder finalement l'Afrique droit dans les yeux". Il a également affirmé que les niveaux actuels d'investissement et d'échanges commerciaux étaient "beaucoup trop bas".
Gómez-Navarro a cité l'infrastructure pour le transport, la santé et l'éducation comme des secteurs prometteurs pour l'investissement, ainsi que le tourisme et les sources d'énergie renouvelable, pour lesquels le financement des organisations internationales et du secteur public et privé en Espagne est disponible, a-t-il déclaré à la conférence.
Il a également ajouté que l'Assemblée des Chambres de commerce d'Afrique de l'ouest, officiellement créée à la rencontre, était une avancée significative, et l'a qualifiée "d'excellent moyen pour des relations institutionnelles et commerciales plus étroites entre cette région et l'Espagne".
Ce qui est important maintenant, a-t-il dit à IPS, "c'est d'amener de grandes, moyennes et petites entreprises ensemble, avec des formules très flexibles, pour stimuler la coopération nationale et internationale et promouvoir un développement durable sur le plan environnement et social".
L'une des premières tâches de l'assemblée, soutenue par la Chambre de commerce de Las Palmas, sera de travailler à l'obtention d'une zone de libre-échange sans frontières, en partageant l'information à travers un réseau commun, et en utilisant cela pour rechercher plus d'investissement étranger. Pour sa part, Martín a déclaré que "l'Afrique ne peut pas attendre plus longtemps. Les institutions publiques dans les Iles Canaries, l'Espagne et l'Europe peuvent contribuer de façon décisive à inverser la situation, mais nous devons le faire ensemble". Une autre tâche dont se charge l'assemblée est de diffuser les connaissances sur les conditions réelles dans le continent africain, et de promouvoir une image de l'Afrique en tant qu'opportunité attractive pour l'investissement. Elle formera également des spécialistes pour développer des projets de coopération commerciale, et contribuer à rendre plus compétitives les entreprises africaines.
Des représentants de la Banque mondiale et de COFIDES — une société anonyme à capitaux mixtes dont le but est la promotion de l'investissement espagnol dans les pays en développement — ont annoncé que des fonds étaient disponibles pour un investissement en Afrique. Paula Alayo, de la Société financière internationale (SFI) de la Banque mondiale, a annoncé que la SFI a 1,7 milliard de dollars de disponibles, tandis que ‘Teresa Madrigal de COFIDES’ a indiqué qu'ils dépenseraient 900 millions de dollars pour financer des investissements de sociétés espagnoles dans des projets de développement dans des pays du Sud.
Mais Alfredo Bonet, secrétaire général en charge du commerce extérieur au ministère de l'Industrie d'Espagne, a critiqué les barrières commerciales avec l'Afrique que l'Espagne a érigées, et a dit que les nombreuses difficultés, auxquelles les hommes d'affaires africains sont confrontés pour obtenir un visa afin de visiter ce pays, doivent être surmontées.
Il a souligné que les trois ministères impliqués dans cette question, ceux du Commerce, de l'Emploi et de l'Intérieur, travaillent sur cela et qu'il espérait que les résultats seraient disponibles bientôt.
Le chef du parlement du Gran Canario, José Manuel Soria, a fait une déclaration similaire. Il a affirmé que les plus grandes entraves au commerce entre l'Espagne et l'Afrique "sont encore les énormes obstacles administratifs, bureaucratiques et de réglementation que les institutions publiques ont mis en place des deux côtés de l'océan".
Selon Soria, les institutions publiques ne devraient pas se donner pour mission de gérer des usines ou de rivaliser avec l'entreprise privée, mais devraient se concentrer sur la suppression des obstacles afin que ceux qui veulent faire des affaires puissent le faire.
Un rapport qui a été présenté à la réunion indiquait que le produit intérieur brut régional en Afrique s’est accru en moyenne de cinq pour cent l'année dernière, et devrait atteindre six pour cent cette année.

