MAPUTO, 20 sep (IPS) – Le problème de l'accès limité aux contraceptifs occupe le devant de la scène à une réunion de l'Union africaine (UA) en cours à Maputo, la capitale du Mozambique.
Depuis lundi, des spécialistes des questions de santé ont des discussions dans la capitale mozambicaine sur un plan d'action qui vise à fournir des services complets en santé sexuelle et de la reproduction à travers le continent. Ceci vient en prélude à une rencontre des ministres de la Santé de l'UA (21-22 septembre), qui devraient adopter le plan.
"L'accent n'a pas été mis suffisamment sur la planification familiale comme une stratégie, et pourtant, c'est une chose rentable", a déclaré Chisale Mhango, un expert en santé publique au Département des affaires sociales de l'UA.
"Lorsque vous offrez la planification familiale, vous êtes en train de réduire des grossesses non désirées et par conséquent la mortalité maternelle — y compris des décès dus à l'avortement".
Des statistiques du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) indiquent que l'Afrique subsaharienne a le plus grand nombre de décès en couches au monde : 241.000 chaque année, presque la moitié des 529.000 décès en couches survenant dans le monde entier.
Prise isolément, une femme vivant en Afrique subsaharienne a une probabilité sur 16 de mourir pendant la grossesse ou au cours de l'accouchement. Pour ses homologues dans le monde développé, c'est une probabilité sur 4.000.
Les manques de financement ont joué un rôle significatif dans "l'accent inadéquat" auquel Mhango fait allusion.
Un rapport* du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) du 20 janvier affirme que le financement des donateurs pour la planification familiale a baissé considérablement de 1995 à 2004. (Un rapport similaire de l'ECOSOC publié en janvier 2005 note que le financement pour des programmes de planning familial a chuté de 36 pour cent, passant de 723 millions de dollars en 1995 à 461 millions de dollars en 2003).
Ces réductions peuvent être imputables à la pandémie du SIDA, qui a absorbé une part beaucoup plus grande de l'assistance financière. Et malheureusement pour les défenseurs de la planification familiale, la migration des fonds vers des initiatives VIH n’a pas l’air de diminuer.
"Etant donné l'accent accru sur la lutte contre la pandémie du VIH dans le monde entier, y compris l'Objectif du millénaire pour le développement de combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d'autres maladies ainsi que la création du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme et le Plan d'urgence pour la réduction du SIDA du président des Etats-Unis, on s'attend à ce que le glissement vers le financement des MST/VIH/SIDA continue et soit particulièrement important parmi les pays donateurs", note le rapport 2006 de l'ECOSOC. (MST signifie "maladies sexuellement transmissibles).
Ajoutez à ceci les pressions de la croissance de la population, et le tableau devient beaucoup plus sombre.
"Des pays en Afrique sont submergés par les effectifs en croissance", a dit à IPS, Jotham Musinguzi, directeur du Secrétariat de la population au ministère des Finances, de la Planification et du Développement économique de l'Ouganda. "Avec la forte croissance démographique, les gouvernements ne sont pas capables de fournir des infrastructures à leurs populations, y compris des soins de santé de la reproduction".
L'ampleur du défi auquel sont confrontés ceux qui sont impliqués dans la planification familiale peut être perçue dans les méprises qui se développent au sujet de certaines formes de contraception.
"L'information fait défaut. C'est pourquoi vous entendez des femmes dans les zones rurales parler du stérilet montant jusqu'au cerveau. Cette information erronée se propage d'une femme à une autre et parvient à tout le village", a indiqué à IPS à Maputo, Josephine Kibaru, responsable de la santé de la reproduction au ministère de la Santé du Kenya.
Selon l'Etude sur démographie et santé du Kenya, réalisée en 2003, la dernière étude du genre, 34 pour cent des femmes en âge de reproduction qui veulent utiliser la contraception n'y ont pas accès.
Concernant le condom féminin, il n'y a pas vraiment de désinformation, mais plutôt de manque de sensibilisation. Kibaru dit que des efforts doivent encore être faits dans son pays pour parler aux gens du dispositif, introduit dans des centres de santé publics il y a juste deux ans environ.
Le coût est également une barrière à la généralisation de l'usage du condom féminin. Tandis qu'un lot de trois condoms masculins se vend à un peu moins de 15 cents US au Kenya, un seul condom féminin coûte environ quatre dollars — quelque chose qui est un luxe dans un pays où 56 pour cent de la population vit avec moins d'un dollar par jour, selon des statistiques gouvernementales.
Ceux qui parviennent à surmonter ces obstacles pour avoir une fourniture de condoms féminins peuvent en bénéficier de plusieurs manières.
"Le condom féminin est le seul produit à la disposition des femmes pour se protéger durant le viol, évitant ainsi le VIH/SIDA et des grossesses non désirées. Il est crucial en Afrique subsaharienne que les femmes aient le pouvoir de se protéger elles-mêmes", a indiqué à IPS, Jadish Upadhyay, chef de la Division appui technique du FNUAP.
Néanmoins, les condoms n'ont pas reçu un accueil enthousiaste en Ethiopie durant un projet pilote qui a vu environ 20.000 de ces dispositifs fournis par des donateurs en 2004 — afin de tester les réactions au condom féminin.
Les femmes n'étaient pas renseignées le produit, affirme Hany Abdallah, directrice adjointe de DELIVER. C'est un projet de ‘John Snow Incorporated’, une firme basée à Boston, qui fait de la recherche et d’expertise pour des questions de santé publique. DELIVER se focalise sur l'amélioration de la fourniture de produits nécessaires pour des initiatives en faveur de la santé et de la planification familiale.
Le manque d'enthousiasme provenait, en partie, de la réticence des hommes à laisser leurs partenaires utiliser le condom féminin, a expliqué Abdallah à IPS. Ceci a mis l'accent sur la nécessité d'une plus grande implication des hommes dans le processus de la planification familiale.
"Nous devons intégrer les hommes", affirme Mhango. "C'est bien pour eux de pouvoir savoir qu'il est important que les relations sexuelles soient sans risque".
* 'Flux de ressources financières pour aider dans la mise en oeuvre du Programme d'action de la Conférence internationale sur la population et le développement'.

