DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: Le statut de PMA difficile à ébranler

JOHANNESBURG, 22 sep (IPS) – Ils étaient 18 en Afrique il y a 35 ans environ. Ils sont maintenant 34 — ce qui pose la question : les politiques pour allonger les rangs des quelque trois douzaines de pays les moins avancés (PMA) sur le continent sont-elles même un peu efficaces?

En tout, 50 PMA ont été identifiés, le reste éparpillé à travers l'Asie, le Pacifique et les Caraïbes. Cette catégorie d'Etats a été définie par les Nations Unies en 1971, en reconnaissance du fait que les pays les plus pauvres ont besoin d'une assistance spéciale.

A ce jour, un seul Etat africain a réussi à laisser derrière lui son statut de PMA : le Botswana riche en diamant, en 1994.

"Le Botswana jouit d'une forte base de ressources. Sa population est peu nombreuse (environ 1,7 million)", a déclaré à IPS, Imraan Valodia, un professeur d'études en développement à l'Université du Kwazulu-Natal, en Afrique du Sud.

"Malheureusement, il n'a pas très bien réussi à accroître son volume commercial. Nous ne savons pas ce qui arrivera lorsque ses ressources vont s'épuiser".

Il y a également des espoirs que le Cap Vert et les Maldives puissent sortir des rangs des PMA, bien que le tsunami de décembre 2004 se soit révélé un revers pour ce dernier.

Selon la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le Cap Vert a réduit la pauvreté absolue de 49 pour cent en 1988 à 37 pour cent en 2002. (L'ONU considère que quelqu'un vit dans la pauvreté absolue si ses besoins fondamentaux — pour la nourriture et l'eau potable, par exemple — ne sont pas en train d'être satisfaits).

L'ancienne colonie portugaise a également enregistré une croissance économique de 5,5 pour cent entre 2001 et 2005, et devrait atteindre un taux de croissance ciblé de sept pour cent d'ici à 2007.

"Au cours de ces dernières décennies, le Cap Vert a fait des progrès notables…(suite) aux politiques et stratégies mises en œuvre par le gouvernement", a indiqué la CNUCED dans un rapport du 2 août.

"L'objectif des politiques et stratégies du gouvernement était d'accroître considérablement les niveaux de vie des populations à travers des niveaux accrus de revenus réels, un secteur privé dynamique et des opportunités d'emploi croissantes, entre autres".

Le rapport est intitulé 'Evaluation des progrès dans la mise en oeuvre du Programme d'action pour les PMA pour la décennie 2001-2010 : Contribution de la CNUCED à la revue à mi-parcours – Progrès réalisés, résultats obtenus et leçons retenues'.

Le Programme d'action en question a été adopté à une conférence de l'ONU sur les PMA, tenue à Bruxelles, en mai 2001, la troisième du genre. Une quatrième réunion est prévue pour la fin de la décennie, tandis que cette semaine devait voir une revue à mi-parcours, à New York, des efforts pour réaliser le Programme d'action de Bruxelles — ceci pour coïncider avec la 61ème session de l'Assemblée générale de l'ONU. Dans l'ensemble, la situation des PMA africains reste toutefois inquiétante — en dépit des statistiques optimistes.

"Même si les statistiques économiques du FMI (Fonds monétaire international) sont en train de montrer une croissance positive, la réalité sur le terrain, en termes de réduction de la pauvreté, montre qu'il n'y a rien à raconter en Afrique", a déclaré Vitale Meja, directeur de programme au 'African Forum and Network on Debt and Development' (Forum et réseau africains sur la dette et le développement), une organisation non gouvernementale basée à Harare.

"Les services de fourniture de santé sont dans un désordre sans nom, les systèmes de transport sont mal en point et les Africains mendient toujours de la nourriture auprès des agences de donatrices", a-il dit à IPS. "L'Afrique s'appauvrit de plus en plus. Des pays comme la RDC (République démocratique du Congo) et la Somalie sombrent davantage dans la pauvreté. C'est pareil avec l'Angola, un pays producteur de pétrole. Nous ne voyons pas les efforts faits par l'Angola pour se soustraire bientôt à la catégorie des pays les moins avancés".

Entre 2001 et 2004, des Etats PMA — Angola, Tchad et Guinée Equatoriale — tous producteurs de pétrole — de même que le Mozambique et la Sierra Leone, ont atteint ou dépassé un taux de croissance annuelle de sept pour cent, selon la CNUCED.

Toutefois, l'Angola n'a pas réussi à faire des progrès substantiels dans la fourniture de l'accès à l'eau potable et dans la réduction de la mortalité infantile.

Selon Valodia, les PMA africains sont étouffés par une série de facteurs, aussi bien internes qu'externes.

"Il y a des questions directement sous le contrôle des PMA. Ce sont pour la plupart des questions sociales et culturelles, comme la guerre en RDC qui arrête le développement. Il y a également des questions claires de corruption. Certains des pays ont des infrastructures médiocres et manquent de compétences nécessaires", a-t-il souligné.

"Ensuite, il y a des questions externes. Les PMA ne sont pas tellement liés au commerce international; là où ils sont, ils dépendent d'une ou de deux cultures comme le cacao et le coton. En fait, les PMA sont faibles et ne peuvent pas s'exprimer dans des institutions comme l'OMC (Organisation mondiale du commerce)".

Meja pointe également du doigt la dette, estimant que les efforts existants pour annuler le poids des remboursements doivent être améliorés.

"Le Liberia, par exemple, a besoin d'une annulation de la dette — étant donné les énormes avancées qu'il a faites pour mettre fin à sa guerre civile. Avec une population de 3,6 millions d'habitants, il doit 3,5 milliards de dollars en dettes extérieures, principalement aux Etats-Unis, à la Grande-Bretagne et à l'Allemagne", a-t-il déclaré.

"Ceci signifie que chaque Libérien, y compris les enfants à l'école, doit 972 dollars aux pays donateurs. Pourtant, 85 pour cent des Libériens vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d'un dollar par jour".

Pour Dot Keet, chercheur principal à 'Alternative Information and Development Centre (Centre d'information alternative et de développement), il y a un besoin général de dépenser plus d'argent sur les PMA. Alors qu'il a été depuis longtemps demandé aux nations riches de consacrer 0,7 pour cent de leur produit national brut à l'assistance au développement, seuls le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège et la Suède ont atteint l'objectif.

"(L'objectif) de 0,7 pour cent est une insulte. Ils traitent des symptômes plutôt que de l'éradication durable de la pauvreté", a dit à IPS, Keet, un vétéran de la conférence des PMA en 2001.

A l'heure actuelle, le statut de PMA est déterminé par les revenus d'un pays (des revenus par tête d'habitant de moins de 750 dollars sur trois années pourraient envoyer une nation sur la liste), les atouts humains et la vulnérabilité économique.

Le degré des atouts humains d'un pays est mesuré par les niveaux d'éducation, d'alphabétisation des adultes, de nutrition et des choses du genre — tandis que la vulnérabilité économique est déterminée par des facteurs comme l'instabilité dans la production agricole et dans l'exportation des biens et services.

Le Programme d'action de Bruxelles fixe sept engagements à honorer par les nations PMA et ceux qui les aident dans le développement, afin d'aider les pays à sortir de la pauvreté. Au nombre de ceux-ci, figurent la culture de la bonne gouvernance, l'octroi d'un plus grand rôle au commerce dans le développement, et la protection de l'environnement.