MEDIAS-AFRIQUE: Elle ne devrait pas saigner pour avancer

NEW YORK, 5 août (IPS) – L'état de l'Afrique, estime Charlayne Hunter-Gault dans son livre le plus récent, "Nouvelles informations d'Afrique", est, à maints égards, façonné par l'image que se fait le public du continent, et l'image de l'Afrique se trouve dans les mains des médias.

Envahie par les clichés des grands titres charriant des informations portant sur les “quatre D en anglais” — mort, destruction, maladie et désespoir — l'Afrique a besoin de nouvelles toutes fraîches, de “nouvelles informations” portant sur des reportages, selon Hunter-Gault, autrefois correspondante de la chaîne CNN et résidant en Afrique du Sud. Combinant des observations personnelles intéressantes et une couverture condensée des courants politiques et économiques, “Nouvelles informations d'Afrique” offre un reportage acceptable et équilibré de la renaissance du continent.

Les “nouvelles informations” ne sont pas toujours de bonnes informations, concède Hunter-Gault. Au contraire, elles visent l'originalité plutôt que le sensationnalisme; pour une image réelle plutôt que la ligne du parti.

Cette ancienne correspondante qui a passé 20 ans avec les 'MacNeil/Lehrer NewsHour' et qui a obtenu de prestigieuses gratifications pour sa couverture de l'apartheid sud-africain, est également la première femme noire à mettre fin à la ségrégation raciale à l'Université de Georgie aux Etats-Unis.

Dans le premier des trois chapitres, elle couvre la transformation de la nation la plus prometteuse du continent, l'Afrique du Sud. La transition d'un Etat d'apartheid à celui d'un gouvernement dirigé par un Noir était relativement pacifique, et le nouvel Etat a pris des mesures pour la transparence et l'évaluation par les pairs des gouvernements voisins, signes avant-coureurs d'une future stabilité.

Bien qu'elle reconnaisse l'existence de l'épidémie du SIDA, le chômage massif des Noirs et les querelles politiques intestines, Hunter-Gault croit que la démocratie, vieille de 11 ans, est sur une voie stable vers un développement économique et social.

Le besoin de contrebalancer l'ampleur d'une presse négative est réel, indique Hunter-Gault dans un entretien avec 'WorldPress.org'. “La fatigue du donateur” et “la fatigue de la compassion” ont irrité des organisations occidentales qui craignent qu'à la lumière du déluge des grands titres désobligeants venant d'Afrique, l'aide n'encourage la dépendance ou ne tombe dans les mains des politiciens corrompus qui continuent de léser leurs citoyens.

Cependant, Hunter-Gault note la “corrélation directe entre pauvreté et sécurité — la condition de l'Afrique favorise les activités des terroristes”. Appauvris, les citoyens affamés sont tentés de pactiser avec des organisations terroristes qui promettent argent et protection aux membres de leurs familles, prévient-elle.

Bien que des régimes autoritaires comme celui de Robert Mugabe au Zimbabwe menacent la stabilité du continent, il y a un nombre de jeunes démocraties — toutes âgées de moins de 30 ans — émergeant à travers l'Afrique, soutenues par une volonté sur tout le continent d'avancer, de la part de journalistes courageux et militants que Hunter-Gault qualifie de “d'impatients, dans le bon sens”.

Quelques-uns des Etats les plus critiqués du continent — tels que le Rwanda, la Sierra Leone et l'Angola — voient des signes encourageants : des élections crédibles, le respect des droits humains, et l'instauration d'un système d'évaluation par les pairs, qui énonce les normes de gouvernance appréciées par les 26 nations participantes.

L'une des forces de changement les plus efficaces, affirme Hunter-Gault, est l'accord sur le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD).

Conduit par le président sud-africain Thabo Mbeki, "le groupe vise à éliminer la pauvreté, mettre l'accent sur la croissance et le développement, mettre fin à la marginalisation de l'Afrique… et accélérer l'autonomisation des femmes”. Depuis, il a connu de nombreux succès, plus particulièrement en République démocratique du Congo et au Nigeria.

Toutefois, le NEPAD et la plupart des pays africains manquent de ressources financières alors qu'ils sont obnubilés par le désir d'effectuer un changement. Hunter-Gault milite passionnément pour l'annulation des dettes des pays africains par les Occidentaux, faisant écho aux appels émis à la fois par des dirigeants africains et occidentaux.

Nombre de ces nations s'étaient endettées durant des régimes dictatoriaux qui ont excessivement emprunté au nom de l'aide. Malheureusement, les effets de leur corruption ont survécu à l'exercice de leurs mandats.

“Il y a un concept appelé 'dette odieuse' qui se dit des prêts accordés à un tyran redouté, mais qui n'ont pas été utilisés pour les projets de départ. Donc, lorsque le tyran quitte le pouvoir, ces devraient être annulées. Autrement, il y aura des gens qui payent pour leur propre répression”, souligne-t-elle.

Même si la répression existe dans beaucoup de pays africains, elle n'est pas incurable. Hunter-Gault croit que les journalistes ont un rôle capital dans la lutte contre la répression. Ils doivent écrire sur cela, la dénoncer, et la dévoiler, non seulement aux yeux des dirigeants occidentaux, mais également aux citoyens.

Malheureusement, dit-elle, plusieurs nations, spécialement le Zimbabwe, ont muselé les journaux indépendants, prêtant une attention particulière aux journalistes étrangers. Dans le cas du Zimbabwe, les seuls journaux autorisés sont des organes contrôlés par le gouvernement.

Même les journalistes qui rédigent des informations locales sont confrontés à des conditions déplorables. L'un des quotidiens indépendants les plus respectés du continent, un petit journal basé à Lagos, au Nigeria, a vu ses ordinateurs confisqués par les autorités et ses sources de financement détruites.

“Les journalistes devraient intervenir. Il devrait y avoir une grande table, avec un grand rouleau de papier”, a déclaré Hunter-Gault à 'WorldPress.org'. "Ils devraient s'y mettre et dérouler autant qu'ils pensent que l'événement en a besoin, l'arracher, puis aller s'asseoir et écrire leurs articles". Un dactylographe devrait ensuite transformer leurs manuscrits en données sur un ordinateur du bureau. En dépit des obstacles, les journalistes, même dans des organes contrôlés par l'Etat, acquièrent une autonomie à travers leur contenu. Par exemple, des journalistes ont décidé de réexaminer les récentes élections au Ghana, dont ils ont plus tard certifié la crédibilité.

Grâce aux réformes démocratiques, à l'évaluation par les pairs, et à la violence qui décline régulièrement, la Renaissance africaine est en train de s'enraciner sur le continent. Bien qu'il soit trop prématuré de juger la pérennité du mouvement, Hunter-Gault croit que "l'Afrique est prête pour prendre en main le contrôle de sa propre destinée comme elle ne l'a jamais fait auparavant".

“Nouvelles informations d'Afrique” est déjà à sa deuxième édition depuis sa publication originale en juin 2006 par les Presses de l'Université d'Oxford. ***** +New Partnership for Africa's Development (http://www.nepad.org/2005/files/home.php)