POLITIQUE-RDC: Les observateurs tempèrent les dénonciations de fraudes par des politiciens

KINSHASA, 4 août (IPS) – Cinq jours après les élections présidentielles et législatives, les Congolais se sentent un peu perdus entre la montée au créneau de certains candidats à la magistrature suprême dénonçant des fraudes massives, et l'appel des observateurs au calme et à la retenue pour éviter des tensions inutiles.

Aussi bien nationaux qu'internationaux, les observateurs des élections générales du 30 juillet en République démocratique du Congo (RDC), affichent un optimisme serein sur le déroulement des opérations électorales qui, selon eux, se sont déroulées dans des conditions globalement positives. “Il est trop tôt, à ce stade, que nous, observateurs, puissions tirer les conclusions de cette première phase des élections, les autres n'étant pas encore terminées”, a déclaré Collins Stewart, co-directeur pour l'Afrique de la Fondation Carter. La population est en effet désorientée, d'une part, par la publication, dans la presse, de résultats électoraux provisoires et les victoires électorales des deux principaux protagonistes et, d'autre part, par des dénonciations de fraudes électorales. Se fondant sur des résultas partiels affichés progressivement dans des bureaux de vote après les dépouillements des bulletins, les médias fidèles à Joseph Kabila et à Jean-Pierre annoncent la victoire de l'un ou de l'autre au premier tour. Mova Sakanyi, le ministre de l'Information passe même pour le champion dans ce jeu peu démocratique à travers la télévision 'Digital Congo', proche du président sortant. “Les premières tendances montrent visiblement que nous avons gagné les élections et que l'actuel président de la République a remporté haut la main les élections au premier tour”, a-t-il déclaré au grand étonnement des téléspectateurs et à la grande colère de la Commission électorale indépendante (CEI) qui crie à la violation de la loi électorale. La CEI n'entend publier les premiers résultats provisoires qu'au 31 août au plus tôt. Les chaînes de télévision 'Canal Congo télévision' et 'Canal Kin', appartenant à Bemba, pêchent également par les mêmes extrémismes, en annonçant la victoire prématurée du candidat du Mouvement de libération du Congo.

Parallèlement, dans le camp des candidats qui passent pour momentanément recalés, les dénonciations de fraudes massives se multiplient. Azarias Ruberwa, candidat du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), dénonce des bourrages avérés d'urnes au profit du candidat Kabila dans la province du Sud-Kivu, son fief électoral. "Les agents de la CEI se sont comportés comme des agents du PPRD (parti de Kabila)", a-t-il martelé au cours d'une conférence de presse organisée cette semaine dans les jardins de sa résidence. "Je dénonce l'implication des agents de la CEI en faveur de certains candidats, la corruption d'électeurs, la falsification de résultats affichés sur les portes des bureaux de vote après dépouillement". Le leader du RCD dit également avoir relevé les mêmes irrégularités à Kinshasa, la capitale du Congo, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, (est du pays), aux Kasaï oriental et occidental (centre), en Province orientale (nord-est) et au Katanga (sud-est). Il demande la reprise des votes dans les bureaux incriminés.

Sur la même lancée, Oscar Kashala, un nouveau venu dans l'arène électorale congolaise, candidat également à la présidentielle, dénonce l'utilisation de crayons au lieu du stylo à bille réglementaire pour cocher le choix des électeurs sur les bulletins de vote. “Je n'ai pas personnellement assisté aux faits, mais ceux-ci m'ont été rapportés par les militants de mon parti”.

Toutes ces déclarations et prises de position font fatalement monter la tension dans une capitale congolaise qui attend impatiemment de voir les résultas du vote transformer la vie sociale quotidienne des citoyens. Beaucoup de Congolais à Kinshasa tendent à minimiser la portée réelle de ces dénonciations, les ramenant au niveau normal des réactions post-électorales de candidats malheureux. “Ce sont des phrases classiques que nous entendons après chaque élection en Afrique de la part des candidats qui n'ont pas beaucoup de chances de gagner. Le Congo a besoin d'un seul président de la République et non de 33. Il y aura forcément un gagnant et des perdants”, déclare à IPS, Henriette Kalala, juriste, membre de l'organisation non gouvernementale (ONG) 'Cause commune' basée à Kinshasa et militante des droits de la femme congolaise.

Ces élections constituent un test important de transparence en RDC après quatre décennies de régimes dictatoriaux ou, dans tous les cas, non démocratiques et après une longue guerre civile (1998-2002) qui a fait directement ou indirectement quelque quatre millions de morts. La communauté internationale a consacré au processus électoral près de 500 millions de dollars et a pris toutes les précautions pour la réussite du test. Quelque 40.000 observateurs dont 1.700 étrangers ont fait le monitoring des opérations électorales. D'une manière générale, ils estiment que les élections se sont déroulées de façon satisfaisante et que les irrégularités, s'il y en a, ne peuvent en aucune façon mettre en doute les résultats. Mercredi, la plupart des observateurs ont tenu à livrer leurs premières impressions à la presse. Pour le général Philippe Morillons, chef des observateurs de l'Union européenne, les Congolais ont montré un degré de civisme élevé au cours des opérations en se rendant massivement aux urnes. “Contrairement aux prévisions des prophètes de malheurs et aux vœux de certains fauteurs des troubles, le scrutin s'est déroulé dans un calme et une discipline qui ont impressionné tout le monde. J'exhorte les hommes politiques de ce pays à prendre en compte les aspirations du peuple congolais qui veut que le processus aille à son terme”, souligne-t-il.

Quant aux observateurs de l'Association des parlementaires européens pour l'Afrique, tout en appréciant l'organisation du scrutin, ils déplorent certaines irrégularités, notamment le nombre souvent insuffisant d'urnes dans certains bureaux ainsi que la non-motivation des agents électoraux et des forces de l'ordre travaillant sur les sites électoraux. Pour sa part, Dieudonné Nzuzi, président du Réseau national des observateurs nationaux, une ONG basée à Kinshasa, estime que les opérations de dépouillement des bulletins de vote n'étant pas encore terminées, il est inutile de s'énerver et d'accuser les observateurs de n'avoir pas dénoncé les irrégularités dans l'organisation des élections. La Mission d'observation des Nations Unies au Congo, par le truchement de son chef, William Lacy Swing, déplore le rôle trop partisan de certains médias qui enflamment la population par un tapage médiatique inutile et susceptible d'incitation à l'émeute et à la révolte.