NATIONS UNIES, 28 juil (IPS) – Les élections générales du 30 juillet en République démocratique du Congo (RDC), financées et supervisées pour la majeure partie par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la Mission de l'ONU en RDC (MONUC), coûtent 432 millions de dollars.
Les Nations Unies entreprennent ainsi leur plus grand programme d'assistance électorale en RDC déchirée par des conflits — impliquant 30 millions de bulletins de vote, 50.000 bureaux de vote, 300.000 membres du personnel de l'ONU et environ 1.300 observateurs électoraux — qui débouchera sur l'élection d'un président et d'un parlement pour la première fois en plus de 45 ans.
"Ces élections sont cruciales pour la stabilité en RDC et dans toute l'Afrique centrale", déclare Babacar Cissé, directeur national du PNUD.
Prévues pour se dérouler durant ce week-end, ces élections constituent également une étape importante dans un processus de paix mettant fin à une guerre civile de cinq ans, qui a impliqué six pays voisins et tué un nombre ahurissant de quatre millions de personnes.
Le plus grand programme d'assistance électorale précédent de l'ONU était en Afghanistan, avec moins d'un tiers de la population de la RDC, qui est d'environ 60 millions d'habitants.
Le président Joseph Kabila, qui a pris le pouvoir après l'assassinat de son père en 2001, est le favori parmi 32 candidats, tandis que 9.600 autres se disputent 500 sièges dans l'Assemblée nationale du pays. Le nombre d'électeurs inscrits est estimé à 25,7 millions.
Interrogé sur la tendance croissante des programmes électoraux assistés par l'ONU dans le monde entier, William Orme du PNUD a indiqué à IPS : "La liste est si longue. En moyenne toutes les deux ou trois semaines, il y a une élection dans un pays en développement où le PNUD a apporté une assistance électorale d'une manière ou d'une autre". Mais il a souligné que les plus grands programmes se trouvent dans des pays post-conflits où l'administration et la machinerie juridique nécessaires pour gérer une élection doivent être reconstruites presque de zéro. Le Liberia serait un bon exemple type récent, a-t-il déclaré. En Irak, le PNUD a également apporté une assistance substantielle et une aide en matière de conseils aux autorités locales pour l'inscription des électeurs dans ce qui était visiblement des conditions extrêmement difficiles. "Mais la RDC combine tous ces défis avec une absence d'infrastructure physique, y compris des routes utilisables, dans la majeure partie de ce pays énorme, un manque de structure juridique ou politique en place pour une élection démocratique (comme la dernière était avec Patrice Lumumba à l'indépendance en 1960); et un conflit violent continuel dans un certain nombre de provinces", a-t-il ajouté.
L'actuelle force de maintien de paix de l'ONU, forte de 19.800 hommes, la plus grande dans l'histoire de l'ONU, devrait garantir un processus électoral régulier. En avril, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté à l'unanimité une résolution approuvant le déploiement d'une force de réserve de l'Union européenne (UE) pour assurer une sécurité supplémentaire durant les élections.
Selon la résolution, la nouvelle force forte de 1.450 hommes, dénommée 'Eufor RD Congo', gardera également l'aéroport de Kinshasa, protègera les installations, et apportera son appui à la MONUC.
"Ils sont environ 1.200 Congolais qui meurent chaque jour des suites du conflit", affirme Ross Mountain, représentant résident du PNUD en RDC et représentant spécial adjoint du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan. "C'est un tsunami tous les six mois".
L'agence des Nations Unies pour l'enfance, UNICEF, dit que la moitié des 1.200 Congolais mourant chaque jour sont des enfants. "Les enfants font les frais des conflits, des maladies et de la mort, pas seulement en tant que victimes mais également en tant que témoins, et parfois, participants forcés aux crimes qui peuvent causer un traumatisme physique et psychologique à vie", a indiqué l'UNICEF dans un communiqué publié la semaine dernière.
Dans la période précédant la formation d'un gouvernement légitime, l'UNICEF a exhorté la communauté internationale à faire pression sur les factions politiques du Congo. "Améliorer la vie des enfants doit être en première place dans les priorités du pays après l'élection".
Caroline Green d'Oxfam International a indiqué que son organisation avait "un grand programme (humanitaire) en RDC".
"Oxfam est optimiste quant à l'opportunité que ces élections constituent pour les populations de la République démocratique du Congo. Les élections sont une opportunité historique évidente pour ramener la stabilité dans un pays ravagé par des décennies de conflit et de mauvaise gouvernance", a affirmé Green à IPS.
"Nous n'avons aucun désir de juger par avance la manière dont les élections se dérouleront, mais nous espérons ardemment qu'elles seront libres et équitables et apporteront à toute la population du pays une issue démocratique satisfaisante", a-t-elle noté.
Green a également souligné que les élections seules ne suffiront pas à résoudre les nombreux défis de la RDC, ce qui fait qu'il est vital qu'après l'élection, "la communauté internationale ne file pas, en laissant le travail à moitié fait".
"Des tensions politiques pourraient augmenter et des menaces à la protection des civils devraient persister dans un avenir prévisible. Un soutien accru de la communauté internationale pour les besoins humanitaires doit continuer longtemps après le passage du débordement d'activités autour des élections", a-t-elle prévenu. Il y a une semaine encore, certaines sections de la hiérarchie catholique en RDC avaient rendu publique une déclaration exhortant les électeurs à boycotter les élections à cause des accusations de fraude dans l'inscription des électeurs et d'un probable truquage aux élections.
"Les membres de la Conférence épiscopale invitent les populations, si ces irrégularités ne sont pas corrigées, à renoncer aux élections", a souligné une déclaration du révérend Léon de Saint Moulin.
Une déclaration des évêques catholiques a prévenu que l'église ne reconnaîtrait pas la légitimité des élections tant que ces irrégularités ne seraient pas corrigées. Près de la moitié des 60 millions d'habitants en RDC seraient catholiques.
Mais, les évêques de l'église catholique de la RDC ont finalement accordé leurs violons en appelant jeudi le peuple congolais à aller voter massivement dimanche prochain pour élire leur nouveau président et leurs députés.
Le 'Washington Post' a cité lundi un employé du gouvernement en RDC qui aurait dit que "tout a été mis en place pour la victoire de Kabila. Nous catholiques, nous allons nous abstenir".
'Ecumenical News International', une agence de presse se focalisant principalement sur la religion, a rapporté jeudi que la Conférence des églises de toute l'Afrique (CETA) a soutenu publiquement les élections malgré les appels en faveur d'un boycott.
"Les informations nous parvenant de nos églises membres indiquent que le processus s'est déroulé assez bien", aurait affirmé Bright Mawudor de la CETA. "Ces politiciens exprimant des doutes font de la diversion".
William Lacy Swing, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en RDC, a qualifié le boycott "d'inopportun".
Il a également indiqué que d'énormes progrès ont été faits dans la préparation de l'élection et que la RDC "est sans doute dans la seule sous-région en Afrique, qui a toujours manqué d'un quelconque centre de stabilité politique et à cause de la taille de ce pays, avec neuf voisins, c'est le seul pays qui peut lui donner cette stabilité".
Entre-temps, des informations en provenance de la capitale de la RDC faisaient état de l'annulation de la proposition de boycott. ***** +POLITICS-DRC: Challenging Times for Election Observers +POLITIQUE-RDC : Sale temps pour les observateurs des élections

