POLITIQUE-SOMALIE: Condamnation, assassinat, démission

NAIROBI, 31 juil (IPS) – Ce week-end a vu le Premier ministre somalien Mohammed Ali Gedi échapper à un vote de défiance initié par des députés qui accusent son gouvernement de n'avoir pas pu ramener l'ordre et la réconciliation dans ce pays est-africain.

Le vote a couronné une semaine tumultueuse au cours de laquelle un membre du gouvernement a été assassiné et un autre député atteint d'un coup de feu. Au cours de la même semaine, onze ministres ont démissionné de leurs postes selon un porte-parole du gouvernement. Quatre-vingt-huit législateurs dans le gouvernement intérimaire de la Somalie ont soutenu Gedi dans la motion de défiance; 126 votes étaient contre lui, un peu moins de la majorité des deux-tiers des 139 voix nécessaires pour que la motion passe.

L'administration a été mise en place en 2004 au Kenya voisin après plus de deux ans de négociations supervisées par l'Autorité intergouvernementale sur la sécheresse et le développement, une organisation régionale. Elle s'est installée dans la ville de Baidoa, dans le sud-centre de la Somalie, l'année dernière. Toutefois, les responsables n'ont pas pu étendre leur autorité sur le reste du territoire somalien, qui a été découpé en fiefs par des clans rivaux après le renversement du dictateur Mohamed Siad Barre en 1991. Le mois dernier, des militants islamistes ont arraché le contrôle de la capitale, Mogadiscio, aux leaders de factions qui seraient soutenus par les Etats-Unis, exerçant également le pouvoir dans la majeure partie du sud.

Washington allègue que des agents d'al Qaeda sont actuellement hébergés par les militants, qui sont regroupés sous l'Union des tribunaux islamiques (UIC). L'organisation réfute ces accusations.

La motion de samedi marquait la deuxième tentative de certains membres du parlement de 275 sièges de contraindre Gedi à quitter son poste. En 2004, une motion visant à l'écarter avait été votée par des législateurs, qui voyaient sa nomination comme étant contraire à la charte nationale de transition — une constitution intérimaire. Toutefois, le président Abdullahi Yusuf Ahmed a confirmé Gedi plus tard.

Une motion de défiance réussie ce week-end aurait provoqué la chute du gouvernement du Premier ministre, déjà affaibli par la démission en masse des ministres, jeudi.

Les membres du gouvernement seraient opposés à l'arrivée de troupes éthiopiennes à Baidoa plus tôt ce mois pour soutenir le gouvernement intérimaire, après que des milices islamiques ont avancé jusqu'à quelques dizaines de kilomètres de la ville. Les ministres ont demandé pourquoi on n'avait pas recherché l'approbation des parlementaires avant le déploiement, que l'Ethiopie continue de nier.

Ils ont également accusé Gedi d'être incompétent, et d'être un obstacle aux avancées dans les pourparlers pour éviter une confrontation entre le gouvernement et l'UIC. Ces discussions ont été interrompues par la présence de forces éthiopiennes, qui a également poussé les militants islamiques à déclarer une "jihad" ou guerre sainte, contre l'Etat voisin. Plusieurs Somaliens ont une profonde antipathie vis-à-vis de l'Ethiopie, qui a eu des différends avec leur pays à plusieurs reprises au cours des décennies précédentes.

Alors que les pourparlers devraient reprendre dans la capitale soudanaise, Khartoum, mardi, les Islamistes ont dit qu'ils n'y prendront part que si les troupes éthiopiennes se retiraient de la Somalie. Les négociations, qui ont démarré en juin, sont également en train d'être conduites par la Ligue arabe.

Les choses ont été compliquées davantage par un autre des voisins de la Somalie, l'Erythrée, qui est accusée de fournir des armes à l'UIC, alors que la Somalie est sous un embargo d'armements depuis 1992.

Deux avions cargos qui transporteraient des armes de l'Erythrée pour les militants islamiques sont arrivés à Mogadiscio la semaine dernière, a indiqué à IPS, un journaliste local dans la capitale. Ceci a provoqué des craintes que les tensions de longue date entre l'Erythrée et l'Ethiopie ne soient en train d'avoir cours en Somalie.

Les deux pays ont mené une guerre frontalière violente entre 1998 et 2000, et une précédente guerre qui a conduit à la sécession de l'Erythrée vis-à-vis de l'Ethiopie en 1993.

"Le pays (la Somalie) se dirige vers le pire. Les gens suivent ces développements de près et ils s'attendent à assister à une guerre par personnes interposées entre l'Ethiopie et l'Erythrée sur le sol somalien tôt ou tard", a déclaré le journaliste local. Des informations du week-end indiquaient que l'Iran, la Libye et l'Egypte avaient également été accusés par Gedi de fournir une assistance aux islamistes. Alors que la perspective d'une guerre sous-régionale attisée est imminente en Somalie, des centaines de personnes se sont réunies à Baidoa samedi pour enterrer le ministre des Affaires fédérales et constitutionnelles Abdallah Isaaq Deerow, qui a été assassiné la veille devant une mosquée dans la ville provinciale.

"La cause de cet assassinat est encore inconnue, mais la police a arrêté le meurtrier et il est en prison maintenant", a déclaré à IPS, Abdirahman Dinari, un porte-parole du gouvernement intérimaire depuis Baidoa — où la fusillade a déclenché des émeutes, vendredi. Mercredi, le président de la Commission des affaires constitutionnelles du parlement, Mohammed Ibrahim Mohammed, a reçu également une balle. Il a survécu à l'attaque.

Un observateur politique qui a requis l'anonymat a souligné que l'intervention de l'Union africaine (UA) était déterminante pour améliorer la situation en Somalie. "Il est nécessaire que l'Afrique, à travers l'Union africaine, intervienne et aide à ramener la paix dans le pays", a noté l'analyste, après avoir visité Mogadiscio.

Toutefois, une proposition faite le mois dernier par l'UA, forte de 53 membres, d'envoyer une force de maintien de paix dans le pays, a été rejetée par l'UIC. Les militants islamiques estiment qu'une telle force déclencherait un autre conflit — beaucoup plus sérieux — en Somalie.