NIAMEY, 28 juil (IPS) – Craignant une disparition totale des arbres de la "ceinture verte" de Niamey, les autorités communales ont décidé de faire déguerpir les habitants qui squattent dans ce bois servant de rempart contre l'avancée du désert et les intempéries à la capitale nigérienne.
Trois mois après l'expiration de l'ultimatum, les squatters, qui ont été sommés de déguerpir du bois au plus tard le 30 avril 2006, sont toujours sur place, a constaté IPS.
Selon Maman Ibrahim, directeur régional de l'environnement de la Communauté urbaine de Niamey, “la ceinture verte est un périmètre de restauration composé de cinq blocs, qui s'étale sur une superficie de 2.500 hectares, et qui a commencé à être boisé à partir de 1965”.
Essentiellement constitués de 'neems', les arbres de la ceinture verte sont exposés depuis plus d'une décennie à une coupe abusive et aux incendies récurrents dans les hameaux qui ont poussé ici et là dans le bois au fil des ans. “Ces populations abattent clandestinement les arbres pour construire leurs cases et pour le bois de chauffe. A cela, s'ajoutent les incendies qui causent des dégâts considérables”, a déclaré à IPS, Illia Yahaya, le chef du service de reboisement à la Direction régionale de l'environnement de la Communauté urbaine de Niamey.
Interrogé par IPS, le capitaine Mohamed Sidi de la compagnie des sapeurs pompiers à Niamey compte “au moins cinq incendies par semaine au niveau des sites d'habitation de la ceinture verte pendant la saison sèche”. “D'après nos estimations, environ 13 hectares de couvert végétal disparaissent chaque année de ce périmètre de restauration depuis 1993, avec la fin du projet ceinture verte”, déplore Ibrahim à IPS.
Selon Ibrahim, la ceinture verte est le fruit de ce projet qui a été mis en œuvre en plusieurs phases, de 1965 à 1993, grâce à l'appui du Bureau des Nations Unies pour la zone sahélo-soudanaise et la Banque mondiale, pour un coût global d'environ six millions de dollars.
“Jusqu'en 1993, il y avait une trentaine de gardiens appuyés par des agents forestiers motorisés pour surveiller la ceinture verte”, rappelle-t-il, justifiant l'abandon de la surveillance par un manque de ressources pour continuer à payer les gardiens et assurer le carburant aux forestiers.
La loi de 2004 sur le régime forestier au Niger stipule qu'un périmètre de restauration est affranchi de toute forme d'exploitation. Elle prévoit une amende de 100 à 1.000 dollars environ et un emprisonnement de trois mois à deux ans, ou l'une de ces deux peines seulement contre quiconque procède à la destruction d'un périmètre de reboisement ou de restauration. “Mais du fait du laxisme des autorités, ces populations n'ont jamais été inquiétées”, explique Yahaya à IPS. Et la destruction du bois continue. Pour éviter la disparition totale du couvert végétal aujourd'hui ceinturé par la ville de Niamey, l'option choisie par les autorités communales est de faire déguerpir les populations qui y vivent et qui proviennent, pour l'essentiel, des zones rurales.
Mais ces populations opposent une farouche résistance, prétextant qu'elles n'ont nulle part où aller et exigeant des autorités communales l'affectation préalable d'un nouveau site aménagé pour leur réinstallation.
“Nous vivons dans cet endroit, depuis plus de 20 ans pour certains. Nos enfants sont nés ici et fréquentent les écoles des quartiers environnants”, indique à IPS, Harouna Seydou, la soixantaine, chef du village de la ceinture verte. “Nous ne bougerons pas tant qu'ils ne nous auront pas trouvé un nouveau site”, renchérit Tahirou Adamou, un habitant de l'un des gros sites de peuplement du périmètre. Pour sa part, Mamata Kindo, une veuve de 49 ans, explique à IPS : “Nous aurons besoin d'un forage, d'une école pour nos enfants, d'un marché, d'un centre de santé…sur le nouveau site”. Elle vit sur le même site avec ses six enfants depuis plus d'une décennie.
Selon Issoufou Garba, un natif de Niamey, l'occupation de la ceinture verte a commencé timidement à partir des années 1980 avec l'extension fulgurante de la capitale, qui a contraint les éleveurs vivant autour de la ville à trouver de nouveaux sites d'habitation. Le Niger a connu également une grave sécheresse en 1984-1985, qui "a provoqué un exode important des populations des zones rurales fuyant la famine vers les centres urbains", selon Boureïma Alpha Gado, historien chercheur, spécialiste des questions de famine dans ce pays sahélien d'Afrique de l'ouest.
Expliquant à la presse le mois dernier les raisons du déguerpissement, Aboubacar Ganda, le président du conseil de la Communauté urbaine de Niamey, a indiqué que “la ceinture verte constitue aujourd'hui un repaire pour les brigands de tout acabit qui perturbent la quiétude des habitants de la capitale”. Pour Abdoulaye Issa, le maire de la commune de Niamey IV, le déguerpissement de ces populations est irréversible. “Mais il ne se fera pas manu-militari. Nous sommes en train de chercher un site que nous comptons viabiliser pour les recaser, pour sauver ce bois qui agrémente notre capitale”.
“Les habitants de la ceinture verte ont été recensés dans des communes de Niamey à l'occasion du recensement général de la population et de l'habitat 2001, d'où la difficulté de déterminer leur nombre exact”, affirme à IPS, Ismaël Yahaya, un conseiller municipal à Niamey. “Mais elles sont probablement plusieurs centaines de familles à vivre aujourd'hui dans ce bois, surtout face au coût excessif du loyer qui pousse certains à quitter la ville pour s'installer là-bas”.
“Dans leur écrasante majorité, les habitants de la ceinture verte exercent de petits métiers — vendeurs de bois ou de fourrage, vigiles, manœuvres, cordonniers, domestiques de maison — et ne peuvent pas supporter le coût du loyer en ville”, confirme à IPS, Abdourahamane Noma, un sociologue à Niamey. Marou Amadou de la Coalition équité/qualité contre la vie chère, un regroupement d'associations non gouvernementales luttant contre la cherté de la vie et pour la promotion de la justice sociale, basé à Niamey, n'approuve pas la décision de la mairie. “Les autorités communales doivent coller la paix à ces pauvres gens qui ne dérangent personne. Où veulent-elles qu'ils partent?”, interroge-t-il, demandant aux autorités de leur trouver d'abord un autre site. “Si le déguerpissement a été différé, c'est pour ne pas perturber de la scolarisation des enfants”, explique le directeur régional de l'environnement, annonçant leur intention d'ériger une clôture tout autour du périmètre. “Cette année, nous avons eu une inscription budgétaire de 25 millions de francs CFA (environ 50.000 dollars) qui ont été débloqués. Avec cet argent, nous comptons clôturer le premier bloc, et au fur et mesure que des fonds seront dégagés, les autres”, indique Ibrahim.

