POLITIQUE-RDC: Sale temps pour les observateurs des élections

JOHANNESBURG, 21 juil (IPS) – Les élections générales qui se tiendront à la fin du mois en République démocratique du Congo (RDC) présentent d'énormes difficultés pour tous ceux qui sont impliqués -et en particulier les observateurs nationaux et étrangers.

Des milliers d'observateurs seront déployés dans ce vaste pays d'Afrique centrale pour superviser l'élection lorsque les citoyens iront aux urnes le 30 juillet, affirme Vincent Tohbi — directeur national pour la RDC de l'Institut électoral d'Afrique australe (EISA), une organisation non gouvernementale (ONG) basée dans la capitale économique de l'Afrique du Sud, Johannesburg.

Ce chiffre inclut environ 1.200 ressortissants étrangers, qui auront beaucoup de mal à superviser même une fraction des 52.000 bureaux de vote qui, selon l'EISA, devraient ouvrir leurs portes. L'organisation envoie également une mission d'observateurs au Congo, composée de 25 représentants d'ONG, d'institutions qui observent des élections, et des institutions universitaires. L'EISA œuvre pour assurer des élections libres et une bonne gouvernance.

Amener simplement des observateurs et le matériel électoral dans nombre de bureaux de vote constitue une autre tâche impressionnante.

"Nous avons un énorme défi en matière d'infrastructure. La RDC fait deux fois la superficie de l'Afrique du Sud, mais est 100 fois 'plus petite' sur le plan de l'infrastructure. La plupart des voies ne sont pas bitumées", a déclaré Tohbi à IPS, dans un entretien téléphonique depuis la capitale congolaise, Kinshasa, décrivant l'absence de développement occasionné par trois décennies de régime corrompu sous Mobutu Sese Seko — et deux guerres civiles.

En conséquence, le principal moyen de transport est l'avion. Au départ, nous avions 17 avions et hélicoptères. Maintenant, nous en avons 100 avec le soutien de l'Afrique du Sud et de l'Angola, qui a accepté de déployer quatre hélicoptères pour les élections", a noté Tohbi.

"Dans des régions reculées, les gens utilisent des barques, des motocyclettes et des bicyclettes pour transporter le matériel électoral comme les bulletins de vote".

Les bulletins de vote étaient imprimés et distribués par l'Afrique du Sud au prix de 50 millions de dollars, a indiqué Tohbi. Le budget des élections est estimé à 500 millions de dollars, qui est en train d'être alimenté par les Nations Unies, l'Union européenne et les Etats-Unis.

Plus de 30 candidats se présentent à l'élection présidentielle, y compris le président sortant — Joseph Kabila — alors que 8.000 autres se disputent une place dans un parlement de 500 sièges.

Cette large participation n'a toutefois pas imprégné le processus électoral de légitimité aux yeux de tous.

Le principal parti d'opposition, l'Union pour la démocratie et le progrès social, est en train de boycotter l'élection, même si c'est la première élection multipartite à se tenir au Congo en 40 ans.

Le groupe allègue que les conditions pour un vote libre et équitable ne sont pas en place.

"Les défis sont multiples. Ce n'est pas seulement l'infrastructure", a déclaré Jean-Marie Gasana du Bureau Afrique du 'Forum on Early Warning and Early Response' (Forum pour une alerte précoce et une réponse rapide – FEWER Africa), une coalition internationale d'ONG, d'institutions gouvernementales et universitaires qui traite de conflits violents. Il s'apprête à se rendre dans la région de l'Ituri dans l'est de la RDC en proie aux troubles pour aider à contrôler les élections. "Le lendemain, après les élections, les problèmes seront là. Il y a aura toujours les problèmes de démobilisation des combattants, de manque de développement, de pauvreté et le sort des personnes déplacées", a indiqué Gasana à IPS. "Nous avons beaucoup de personnes déplacées qui ne savent pas où voter".

Environ 1,5 million de personnes ont été déplacées par le conflit en RDC, selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, alors que près de quatre millions sont morts pendant la guerre qui a fait rage de 1998 à 2002 — bon nombre des suites de maladies provoquées par la guerre et de pénuries alimentaires. "Nous sommes préoccupés par la légitimité des élections : (et nous nous demandons) si les gens reconnaîtront (les) résultats", a déclaré Tohbi.

"Sinon, les résultats des élections seront inutiles".

Environ 25,7 millions sur les 60 millions d'habitants de la RDC devraient voter pendant les élections, selon la Commission électorale indépendante — qui est en train de superviser les élections.

Si aucun des candidats à la présidentielle ne recueille plus de 50 pour cent des suffrages dans le scrutin du 30 juillet, alors les deux candidats ayant obtenu le plus grand nombre de voix s'affronteront dans une autre élection prévue pour le 15 octobre, avec des résultats définitifs attendus à la fin-novembre.

Le scrutin marquera la fin de trois années de gouvernement de transition au cours desquelles les combattants du conflit qui a paralysé l'est du Congo depuis la fin des années 1990 étaient supposés avoir été désarmés — et plusieurs réintégrés à nouveau dans la société.

Alors que des milliers auraient quitté le champ de bataille, d'autres combattants restent en liberté dans l'est — ceci malgré la présence de 17.000 soldats de maintien de la paix de l'ONU. Mardi, des informations faisaient état du fait que des hommes armés non identifiés avaient tué environ sept personnes à un meeting électoral dans la province du Nord-Kivu.

Le conflit dans l'est de la RDC a mis aux prises des rebelles soutenus par l'Ouganda et le Rwanda et des forces gouvernementales soutenues par le Zimbabwe, l'Angola et la Namibie. Les deux parties ont été impliquées dans l'exploitation des énormes ressources minières du Congo.

L'Ouganda et le Rwanda avaient précédemment soutenu le président de la RDC d'alors, Laurent Désiré Kabila, qui a été assassiné en 2001, et remplacé par son fils — Joseph.

La RDC était autrefois une colonie belge. Elle a accédé à l'indépendance en 1960.