POLITIQUE: L'Afrique réaffirme sa demande de veto au nouveau Conseil desécurité

NATIONS UNIES, 24 juil (IPS) – Malgré les rumeurs visant à prouver le contraire, l'Union africaine forte de 53 membres a refusé de renoncer à sa demande de droits de veto pour deux sièges permanents qu'elle revendique dans un Conseil de sécurité de l'ONU élargi.

La demande incessante de droits de veto de la part de nations africaines constitue l'une des pierres d'achoppement politiques auxquelles sont confrontés les quatre autres aspirants (Groupe des 4) au titre de membres permanents : le Japon, l'Allemagne, l'Inde et le Brésil.

Parlant au nom du groupe africain, l'ambassadeur Youcef Yousfi d'Algérie a déclaré aux délégués jeudi dernier que l'UA tenait toujours à sa demande de "pas moins de deux sièges permanents avec tous les prérogatives et privilèges de membres permanents, y compris le droit de veto".

A une rencontre à huis clos de pays supportant le Groupe des 4, mardi, un ambassadeur asiatique a dit aux délégués qu'il y avait des signes montrant que l'Afrique pourrait se faire à l'idée du G4 selon laquelle "le droit de veto n'est pas possible d'un point de vue réaliste" — étant donné qu'une telle demande fait l'objet d'une forte opposition de la part des actuels membres permanents détenteurs du droit de veto.

S'exprimant au nom du G4, il a ajouté que l'UA "montrait une flexibilité" et qu'une commission de 10 membres de l'UA est arrivée à la conclusion que dans le climat politique actuel "aucun nouveau membre permanent n'obtiendra le droit de veto".

Mais dans sa déclaration devant l'Assemblée générale jeudi, l'ambassadeur Yousfi a réaffirmé le droit de l'Afrique aux droits de veto.

"L'Afrique est décidée à réparer l'injustice historique", a-t-il déclaré, attirant l'attention sur le fait que "l'Afrique est le seul continent ne jouissant pas d'une représentation dans la catégorie de membre permanent du Conseil de sécurité, et qu'elle veut par conséquent assurer son droit légitime à être pleinement représentée dans tous les organes de prise de décision des Nations Unies, en particulier au Conseil de sécurité".

"La sélection des représentants de l'Afrique au Conseil de sécurité, ainsi que la question du critère de sélection devraient être de la responsabilité de l'Union africaine", a-t-il indiqué.

Parmi les 15 membres actuels du conseil, se trouvent cinq membres permanents et 10 membres non-permanents. Puisque les membres permanents détenteurs de droits de veto — les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Chine et la Russie — ont déjà rejeté une proposition visant à donner des droits de veto à de nouveaux membres permanents, le G-4 a décidé de renoncer à sa demande de veto.

Sans les Africains à bord — qui peuvent rassembler 53 voix dans une Assemblée générale de 192 membres — le G4 ne désire pas aller devant la plus haute instance politique de l'ONU pour une décision, craignant de ne pouvoir obtenir la majorité requise des deux tiers.

Les deux favoris africains pour les sièges permanents sont l'Afrique du Sud et le Nigeria, suivis de l'Egypte. D'autres candidats potentiels incluent le Kenya et le Sénégal, un pays francophone.

Bill Fletcher Jr., un ancien président de 'TransAfrica Forum' et professeur invité à Brooklyn College-City de New York, estime qu'un élément de la nécessité de réforme de l'ONU est que les nouveaux membres du Conseil de sécurité doivent avoir un veto.

"Les Nations Unies ont été créées au départ, après la Seconde Guerre mondiale, pour assurer l'hégémonie des principales nations alliées. Ce paradigme était faux dès le départ, mais il est beaucoup plus problématique au 21ème siècle", a-t-il dit à IPS.

"La position de l'UA n'est pas seulement une position pour l'Afrique, mais c'est une position en faveur du respect pour le Sud dans son ensemble", a ajouté Fletcher.

L'ambassadeur Maged Abdelaziz d'Egypte, dont le pays est membre de l'UA, a déclaré à l'Assemblée générale que l'Afrique avait un droit légitime d'être convenablement représentée dans un conseil élargi, sur la base de la position africaine commune comme récemment réaffirmée au sommet de l'UA en Gambie.

"Toute proposition qui ne donnera pas à l'Afrique le nombre et la catégorie de sièges recherchés par le continent ne réussira pas", a-t-il prévenu.

La demande africaine inclut également cinq sièges non permanents au sein d'un Conseil de sécurité élargi.

L'année dernière, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a publié un important rapport de 62 pages, "Dans une liberté plus large", décrit comme un plan de restructuration de l'institution mondiale.

Le rapport soutenait une proposition faite par un groupe de travail de haut niveau sur la réforme de l'ONU, qui suggérait deux modèles alternatifs pour un Conseil de sécurité élargi: Le modèle A prévoit six nouveaux sièges permanents, dont aucun ne détient de droit de veto, et trois nouveaux sièges non-permanents avec un mandat de deux ans, répartis entre l'Afrique, l'Asie et le Pacifique, l'Europe et les Amériques.

Le modèle B ne prévoit pas de nouveaux sièges permanents, mais crée une nouvelle catégorie de huit sièges d'un mandat de quatre ans renouvelable et d'un nouveau siège de deux ans non-permanent (et non renouvelable), répartis entre les quatre groupes régionaux.

Le groupe des 4 soutient le modèle A avec l'espoir de trouver des sièges permanents à la table du conseil. Les Nations Unies discutent de l'élargissement du Conseil de sécurité depuis presque 15 ans maintenant.

Les chances de succès restent toujours minces.

Le Japon, qui se bat beaucoup pour un Conseil de sécurité élargi, espère toujours que l'UA sera plus "réaliste" sur la question du veto.

L'ambassadeur Kenzo Oshima du Japon a déclaré à l'Assemblée générale : "Bien que rien de nouveau ne semble être sorti du sommet de l'UA à Banjul, en Gambie, nous constatons que les Etats africains restent saisis de l'affaire au niveau des chefs d'Etat".

"Nous espérons que le temps viendra bientôt où tous les Etats membres de tous bords, Etats africains comme d'autres Etats ayant d'importants intérêts sur cette question, commenceront par agir activement et positivement, avec ouverture d'esprit, flexibilité et réalisme, à la recherche d'une solution pouvant jouir d'un large soutien des membres".