TRANSPORT-AFRIQUE DU SUD: Donner un coup de frein aux ''cercueilsambulants''

JOHANNESBURG, 26 juin (IPS) – L'Afrique du Sud est en train d'éliminer graduellement les taxis minibus vieillissants et mal entretenus pour ouvrir la voie à de nouveaux véhicules, qu'on espère plus sûrs.

Les minibus constituent un moyen courant de transport dans le pays, où ils desservent entre sept et neuf millions de passagers par jour, selon le ministère du Transport.

"Conformément à notre plan, 10.000 taxis seront mis à la casse d'ici à décembre 2006", a déclaré à IPS, Collin Msibi, un porte-parole du ministère.

En tout, 140.000 minibus doivent être retirés des routes en l'intervalle de sept ans, et remplacés à un coût estimé à un peu plus d'un milliard de dollars. Les nouveaux véhicules se présenteront sous trois tailles, avec des capacités de transport de neuf, 17 et 35 passagers respectivement — selon le ministre du Transport, Jeff Radebe.

"Nous sommes sur la voie", a indiqué Msibi. "Nous croyons que nous sommes capables d'atteindre l'objectif".

Mais les exploitants de minibus affirment qu'ils ont besoin de plus de temps pour se débarrasser de leurs véhicules.

"Le délai n'est pas réaliste; nous avons besoin d'au moins dix ans. Ils (le gouvernement) veulent faire les choses dans un délai court. C'est injuste", a indiqué Sicelo Mabaso, président de l'Alliance nationale des taxis, basée dans la capitale économique, Johannesburg.

"C'est bon d'avoir un rêve, mais ça doit être un rêve réaliste", a-t-il dit à IPS. "Vous ne pouvez pas transformer l'Afrique à l'image de l'Europe du jour au lendemain. Ne courons pas avant de pouvoir aller à quatre pattes et de marcher".

Quelque 7.000 propriétaires de minibus ont marché dans la capitale, Pretoria, le mois dernier (26 mai) pour protester contre la date limite du 31 mai fixée pour convertir les autorisations de taxi en licences d'exploitation : une condition préalable pour faire la transition vers les nouveaux véhicules.

Toutefois, s'exprimant dans la ville côtière de Durban le même jour, Radebe a déclaré que 80 pour cent des propriétaires avaient déjà demandé à convertir leurs autorisations. Il a exhorté les 20 pour cent restants à le faire immédiatement.

Rabebe a également souligné que les nouveaux véhicules seraient munis de dispositifs de sécurité obligatoires pour protéger les passagers, les piétons et les conducteurs. De telles affirmations n'ont pas impressionné Mabaso.

"Vous pouvez avoir un véhicule muni de…tous les dispositifs à l'intérieur, et si le conducteur est inapte, il peut tuer des gens", a-t-il souligné. "Trouver des dispositifs fantaisistes ne résoudra pas le problème". Les taxis minibus sont couramment impliqués dans des accidents de la route en Afrique du Sud, au point qu'ils sont parfois qualifiés de "cercueils roulants", et de "cercueils ambulants". Plusieurs ne sont pas en état de rouler, tandis que la surcharge est courante. Dans le cadre de l'initiative minibus, le gouvernement payera une indemnité d'environ 7.100 dollars – autrefois abandonnée – aux propriétaires de taxis qui remettent leurs véhicules aux autorités — des fonds qui peuvent être utilisés comme un acompte pour un nouveau véhicule. Les autorités confisqueront les minibus qui n'ont pas été remis, et leurs propriétaires pourraient perdre l'avantage de l'indemnité. Le changement est également nécessaire à d'autres égards pour rendre plus facile et plus sûre l'utilisation du taxi.

"Dans les villes, il y a des voies destinées aux bus, mais il n'y a aucune route pour les taxis; pourtant, les bus ne transportent que quelques passagers. Diverses études montrent que les taxis transportent plus de 65 pour cent des passagers par jour", a indiqué Mabaso. "Les taxis ramassent pourtant des passagers au bord des voies. La municipalité n'a pas pris des dispositions pour permettre aux taxis de ramasser des passagers comme elle l'a fait pour les bus", a-t-il ajouté.

"Les taxis sont des biens personnels sans aucun soutien de l'extérieur; le gouvernement utilise des ressources pour les bus. Notre gouvernement a hérité cela du précédent régime (d'apartheid). Cela fait maintenant 11 ans (depuis l'avènement de la démocratie); ceci aurait dû être rectifié".

Msibi croit que l'amélioration de l'état des taxis minibus jouera un rôle clé pour les mettre au même niveau que d'autres moyens de transport.

"Vous ne pouvez pas intégrer quelque chose qui ne fait pas le poids. S'ils sont améliorés, les taxis vont concurrencer d'autres modes de transport comme les bus et les trains".

Pour les banlieusards, les avancées dans le secteur du transport ne peuvent pas arriver trop tôt.

"Ils (nouveaux taxis) vont sans aucun doute améliorer l'image de nos villes, arrivant comme ils le font à un moment où l'Afrique du Sud se prépare pour la Coupe du monde de football en 2010", affirme Morongwa Khwene, qui travaille pour une chaîne de supermarchés à Randburg, à Johannesburg.

"Mais, les conducteurs devraient être recyclés pour éviter une conduite imprudente".