WINDHOEK, 22 juin (IPS) – Une campagne nationale de vaccination contre la polio a démarré en Namibie -ceci alors que le pays est aux prises avec sa première épidémie de la maladie pendant plus d'une décennie.
Jack Vries, président du Comité de gestion des urgences sanitaires nationales, qui coordonne la campagne du 21 au 23 juin, a déclaré à IPS que les autorités étaient confrontées à une "tâche colossale" dans la distribution des vaccins à tous les 35 districts de l'Etat.
La Namibie est le premier pays à essayer la vaccination de tous ses habitants, estimés à environ deux millions, en dix ans. Le dernier Etat à avoir organisé une telle campagne contre la polio a été l'Albanie, en 1996.
Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance finance la campagne de vaccination, à un coût d'environ 4,5 millions de dollars US. Deux autres séries de vaccination auront lieu en juillet et en août.
La dernière épidémie de polio a été signalée pour la première fois le 7 mai dans la petite ville d'Aranos, dans le sud-est de la Namibie — bien que la maladie n'ait pas été diagnostiquée au début. Il a fallu aux autorités sanitaires environ un mois pour confirmer que la maladie était la polio, période pendant laquelle sept personnes étaient décédées, et 39 paralysées.
"Tout cela a (quelque chose) à voir avec l'état de tout le système de fourniture de soins de santé. Le pays ne dispose pas de centres de dépistage et c'est pourquoi il a fallu trois semaines pour confirmer qu'il y avait la polio dans le pays", a indiqué à IPS, Phil ya Nangolo, directeur exécutif de la Société nationale pour la défense des droits de l'Homme, une organisation non gouvernementale basée dans la capitale Windhoek.
La maladie a été finalement identifiée le 6 juin, après que des spécimens envoyés dans un laboratoire en Afrique du Sud voisine se sont révélés porteurs du virus de la polio. A ce jour, 10 personnes sont mortes de la maladie, toutes des adultes, tandis que 61 ont été infectées. L'épidémie a affecté tous les âges, avec à peu près 90 pour cent des victimes âgées de 20 à 40 ans. L'une des victimes est âgée de 76 ans.
"Ceci est inhabituel, parce que dans la vaste majorité des cas, la poliomyélite attaque des enfants ayant moins de cinq ans, pas des adultes", a dit à IPS, Tomas Hakuendwi, un épidémiologiste basé à Windhoek.
"L'épidémie nous a mis devant plusieurs mystères. La Namibie organise des campagnes de vaccination pour les enfants chaque année, quelque chose qui a aidé d'autres pays à accroître l'immunité de toute la population", a-t-il ajouté.
"La dernière épidémie remonte à 1995, et à ce moment, elle n'a pas tué des gens. Cela amène à s'interroger sur les raisons pour lesquelles le virus est revenu aussi brutalement, après tant d'années".
Ce qu'on sait, c'est que le virus est venu de l'Angola. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a réussi à établir qu'il provenait d'une variété détectée chez ce voisin du nord de la Namibie, l'année dernière et qui semble être arrivée dans ce pays par le biais de l'Inde.
La plupart des cas en Namibie sont survenus dans des installations informelles au nord de la capitale, mais il y a des cas isolés dans d'autres parties du pays, a déclaré Kalumbi Shangula, secrétaire permanent au ministère de la Santé.
Bruce Aylward, coordonnateur de l'Initiative mondiale de l'éradication de la polio de l'OMS, a indiqué à IPS qu'il y avait des craintes que le virus se propage à d'autres Etats dans la région.
On a exprimé des craintes de voir la maladie se frayer un chemin jusqu'au Zimbabwe, et de revenir en Angola, a souligné Shangula, "à cause du gros…mouvement des populations en provenance de ces pays vers la Namibie".
Des responsables de l'immigration affirment que plus de 50.000 Angolais et 20.000 Zimbabwéens visitent la Namibie chaque mois.
"La solution (est) de faire quelque chose le long des frontières. C'est la seule façon de réduire les risques d'importation", a ajouté Aylward.
Des initiatives pour empêcher la polio de traverser la frontière sont en cours.
"Le vaccin a été également distribué à toutes les compagnies aériennes, aux ambassades, aux ports d'entrée dans le pays et à tous les postes frontaliers", a indiqué Vries. "Ceux qui arrivent en Namibie seront vaccinés aux postes frontaliers".
Shangula a déclaré à IPS que des efforts étaient en train d'être faits également au niveau régional pour contenir la menace de la polio : "Nous sommes en train de coopérer avec la plupart des pays d'Afrique australe à travers le Protocole sanitaire de la SADC (Communauté de développement de l'Afrique australe), qui a pour but de régler les problèmes et défis sanitaires auxquels est confrontée la région".
"Cela a été efficace, et c'est la raison pour laquelle le Botswana et l'Afrique du Sud ont dit qu'ils nous aideraient dans la campagne de vaccination".
Selon le représentant national de l'OMS en Namibie, Custodia Mandlhate, des spécialistes venant de Genève, du Ghana, de Sierra Leone et de Tanzanie apportent une assistance supplémentaire, s'étant rendus à Windhoek pour aider dans la campagne de vaccination.
"Nous irons de porte-à-porte, de ferme en ferme", a affirmé Mandlhate.
"Nous devons atteindre tout le monde".
Par ailleurs, des institutions comme l'Université de Namibie et le Complexe polytechnique de Namibie ont promis des volontaires pour la campagne, selon Vries.
La polio est une maladie hautement infectieuse qui attaque le système nerveux, et peut provoquer la paralysie. Au nombre des premiers symptômes, figurent la fièvre, le vomissement, des maux de tête, des douleurs dans les membres et la raideur du cou.
Le virus est transmis par le biais des matières fécales des personnes infectées, exposant les communautés ayant de mauvaises installations sanitaires à un risque particulier. Il n'y a actuellement aucun remède à la polio; toutefois, des vaccins contre la polio peuvent fournir une protection de longue durée contre la maladie.

