DROITS: Le Conseil des droits de l'Homme entendra-t-il les voix du peuple?

GENEVE, 22 juin (IPS) – Espoirs et doutes se bousculent chez les défenseurs des libertés. Beaucoup d'organisations non gouvernementales (ONG) du Sud sont outrées de voir leurs “Etats-voyous” siéger au Conseil des droits de l'Homme des Nations Unies, tandis que celles du Nord essaient de trier le bon grain de l'ivraie.

“Je ferai tout pour que ce Conseil des droits de l'Homme soit ouvert aux voix des plus faibles”, a déclaré l'ambassadeur du Mexique, Luis Alfonso de Alba, pour inaugurer son mandat à la tête du nouvel organe onusien basé à Genève. Cependant, de nombreuses ONG du Sud ont pris une claque en apprenant que leur gouvernement était devenu membre du conseil. Avec les militants du Nord, ils guettent chaque étape, inquiets de savoir s'ils vont perdre ou gagner au change.

“L'Arabie saoudite, le Bahrein, la Jordanie, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, tous responsables de milliers de détentions arbitraires, de disparitions, de tortures, d'assassinats… Et on donne trois ans à de tels pays pour défendre et promouvoir les droits de l'Homme dans le monde! Vraiment pas sérieux”, affirme Mohamed Zitout, porte-parole de Al-Karama, une ONG pan-arabe. Elle a été créée en 2003 à Genève pour dénoncer des cas de barbarie auprès de l'ancienne Commission des droits de l'Homme. D'entrée de jeu, les ONG du Sud se sentent donc dupées. De leur côté, les ONG du Nord proposent de voir sur pièce. “Ces élections font partie des règles du jeu de l'ONU”, explique Federico Andreu-Guzman, secrétaire général-adjoint de la Commission internationale des juristes.

Pour Guzman, le nouveau conseil offre sans conteste des améliorations possibles. Mais son vrai visage se révèlera lorsque les pays passeront au crible via un examen périodique universel, dit-il. "Là, on verra vraiment s'il y a deux poids deux mesures", renchérit Eric Sottas, directeur de l'Organisation mondiale contre la torture. "Quand les grandes puissances comme la Russie ou la Chine devront comparaître, les autres pays arriveront-ils à faire respecter les rapports des experts?”, a-t-il demandé.

Mariette Grange, directrice du bureau de Human Rights Watch à Genève, rappelle qu'à la commission, les ONG avaient réussi à acquérir une place unique dans le système onusien, avec des possibilités d'intervenir dans les sessions. "Sur papier, ces acquis sont maintenus, mais il faudra voir dans la pratique", souligne-t-elle. "En 15 ans, le nombre des ONG a passé de quelques centaines à 2.000. Pour donner un temps de parole à chacune…" Autre inquiétude partagée par tous : les plaintes individuelles pourront-elles être examinées en public? "Jusqu'à présent, lorsque quelqu'un portait plainte pour torture ou une autre violation, tout le débat se déroulait à huis-clos. Même le plaignant était écarté", explique Guzman. "Il faut changer les règles pour que le système soit transparent". Réponse d'ici un an? *(Carole Vann est journaliste à InfoSud, une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud et IPS).