JOURNEE MONDIALE DES REFUGIES: Un adolescent soudanais transforme sa peineen art

NAIROBI, 21 juin (IPS) – Le dessin montre une femme serrant un enfant contre sa poitrine. Judicieusement intitulé 'Etreinte, cela dépeint un souvenir qui a hanté l'artiste, un ancien enfant soldat de la guerre civile au Sud-Soudan, connu sous le nom de Commandant Spoon.

"Cette femme portait un bébé sur sa poitrine, et tenait deux autres dans ses deux mains. Alors qu'elle fuyait les combats, elle nous a rencontrés, mon collègue et moi. Elle pleurait, nous demandant de ne pas les tuer, mais mon collègue les a descendus, ses enfants et elle", a déclaré Spoon, décrivant un incident qui s'est déroulé en 1997.

"J'ai vraiment pleuré, et j'ai pointé mon arme sur mon collègue : Je voulais le tuer. Il a pointé la sienne sur moi, mais notre commandant est intervenu et nous avons baissé les armes…Depuis ce temps, l'image de cette femme reste vive dans ma tête".

L'image était également gravée dans la tête d'autres, à l'occasion de la Journée mondiale des réfugiés (20 juin). Le dessin de Spoon a été copié sur des T-shirts qui portés par ceux qui ont pris part aux événements organisés pour commémorer la journée au Kenya, où l'adolescent vit maintenant comme un réfugié.

Ceci arrive après que l'œuvre a occupé la deuxième place dans un concours pour enfants réfugiés fréquentant dans la capitale, Nairobi, qui a été initié par le bureau local du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) — attirant 180 concurrents.

L'ex-combattant à la voix douce dit que la femme qui a été tuée était habillée en orange et le bébé sur sa poitrine en violet. Ces couleurs ont été utilisées dans le dessein, qui montre les personnages disposés sur un fond noir. Le rouge a été également utilisé, pour représenter le sang qui a été perdu par la femme et ses enfants.

Spoon a dit à IPS qu'il voulait montrer au monde ce qui s'était passé au Soudan durant la guerre de 21 ans entre les rebelles du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SPLM/A) et le gouvernement de Khartoum. Environ deux millions de personnes sont mortes dans le conflit, qui a également déplacé près de quatre millions d'autres, selon les Nations Unies.

L'incident dépeint sur 'Etreinte' n'était que l'un des nombreux dont Spoon affirme avoir été le témoin après avoir été recruté à la SPLM/A. Ne pouvant pas supporter ces épreuves, il a finalement fui vers l'Ouganda voisin, ensuite au Kenya en 2004. Il est maintenant à l'Ecole primaire satellite Riruta à Nairobi.

Suite à un accord de paix intervenu l'année dernière pour mettre fin au combat au Sud-Soudan, Spoon aurait aimé rentrer chez lui. Mais, la dévastation provoquée par la guerre l'a fait hésiter.

Plusieurs autres partagent évidemment ses craintes selon lesquelles le Soudan offre peu de perspectives à l'heure actuelle. Une opération de rapatriement lancée par le HCR en décembre n'a vu que 1.500 réfugiés retourner chez eux — une infime partie du nombre total de Soudanais au Kenya. Le camp de Kakuma dans le nord-ouest du pays compte plus de 90.000 réfugiés, pour la plupart du Soudan.

"Il n'y a aucune infrastructure, aucune école, et la communauté internationale doit être impliquée dans ces projets de développement", a dit de la situation au Soudan, António Guterres, le haut commissaire du HCR, en s'adressant aux journalistes à Nairobi, le 18 juin.

"Nous avons remarqué que le nombre de personnes qui sont retournées au Sud-Soudan augmente lorsque l'année scolaire prend fin. Lorsqu'elle commence, le nombre diminue parce qu'il n'y a pas école là-bas, et les réfugiés retournent dans les pays d'asile où il y a des écoles — y compris dans les camps", a-t-il souligné.

Kakuma compte 30.000 enfants réfugiés allant à l'école maternelle, primaire et secondaire, selon le bureau du HCR à Nairobi.

Dans plusieurs cas, toutefois, la vie dans des camps de réfugiés est périlleuse pour les enfants — notamment ceux qui ne sont pas accompagnés.

"Bien que ces enfants soient immédiatement confiés à une famille d'accueil une fois qu'ils arrivent dans les camps, le problème est qu'ils sont abusés soit sexuellement soit en terme de travail des enfants", a déclaré Eva Ayiera, responsable de programme en charge du plaidoyer au 'Refugee Consortium of Kenya' (Consortium des réfugiés du Kenya). Cette organisation non gouvernementale basée à Nairobi cherche à promouvoir le bien-être des réfugiés vivant dans le pays.

Le thème de la Journée mondiale des réfugiés 2006 est 'Pour que la flamme de l'espoir continue de briller', en reconnaissance de la résistance affichée par les réfugiés à travers le monde.

Comme le note Guterres dans sa déclaration pour la Journée mondiale des réfugiés, "…s'il y a un trait commun parmi les dizaines de millions de réfugiés que nous, à l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, avons aidés au cours des 55 dernières années, c'est le fait que bien qu'ils aient tout perdu, ils ne perdent jamais espoir".

Des estimations du HCR fixaient le nombre total de réfugiés à la fin de 2005 à 8,4 millions — avec plus de cinq millions de personnes déplacées de leurs pays pendant cinq ans ou plus, selon Guterres.

"On nous a souvent demandé comment nous pouvons faire face à la dure réalité de notre travail, année après année, sans nous sentir découragés", affirme le commissaire dans sa déclaration.

"Et notre réponse est simple : si les réfugiés eux-mêmes ne perdent pas espoir, comment pouvons-nous le faire?"