KAJIADO, sud-ouest du Kenya, 3 juin (IPS) – C'est une partie du Kenya où les taux de prévalence pour la mutilation génitale de la femme (MGF) sont à leur plus haut niveau, et où les communautés sont extrêmement résistantes au changement culturel. Toutefois, le district de Kajiado est également une région où de simples conversations promettent d'aider à mettre fin à la MGF.
Ces conversations se déroulent sous les auspices du "dialogue intergénérationnel" (IGD), une approche appuyée conjointement par le ministère de la Santé et la Coopération allemande de développement (Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit, GTZ): une organisation internationale appartenant au gouvernement allemand.
Le dialogue permet à des jeunes et à des personnes âgées de parler de la pratique de la MGF, qui persiste bien qu'elle soit illégale dans certains cas; le sujet est abordé via une discussion générale sur les infections sexuellement transmissibles (IST), le VIH/SIDA, et des questions qui y sont liées.
"Le dialogue est un moyen culturellement accepté pour régler une question, donc nous nous sommes mis d'accord sur l'approche du dialogue", a déclaré à IPS, à Kajiado, Phoebe Mollel, une coordonnatrice de l'initiative dans le district.
"Cependant, nous nous sommes rendu compte que lorsque nous appelons des gens pour des rencontres sur la MGF, personne ne venait. Alors, nous nous sommes focalisés sur les IST et le VIH/SIDA ainsi que sur la santé de la reproduction, et ce faisant, nous mettons en évidence la MFG", a-t-elle ajouté.
"Des sessions sur les effets de la MGF sur les femmes et les filles suivent ensuite".
Certaines discussions ont impliqué de vieilles femmes racontant comment elles ont saigné abondamment lorsque des incisions avaient dû être faites pour élargir l'ouverture de leurs vagins, afin de leur permettre d'accoucher.
Des filles et des jeunes femmes qui ont demandé pourquoi les incisions étaient nécessaires ont appris que c'était une conséquence de la MGF — également appelée excision. La pratique implique la suppression partielle ou totale des organes génitaux de la femme et la suture de la blessure résultante pour laisser un petit trou pour le passage de l'urine et des menstrues. Ces trous sont parfois trop petits pour le passage des bébés.
Des statistiques gouvernementales évaluent la prévalence nationale de la MGF à 32 pour cent; mais ce chiffre est passé à plus de 90 pour cent pour Kajiado, abritant des membres du groupe ethnique Maasai, qui détient l'un des plus forts taux de prévalence au Kenya.
Une étude menée l'année dernière par le ministère de la Santé et la GTZ, 'Mutilation génitale de la femme dans le district de Kajiado : conclusions d'une étude de base', a révélé que 93,9 pour cent des femmes et filles dans la région avaient subi la MGF. Dans certaines parties du district, un taux de prévalence de 100 pour cent a été enregistré.
L'étude a conduit à l'introduction du dialogue intergénérationnel au sein des communautés Maasai à Kajiado. Le week-end passé (27 mai), des autorités sanitaires et des représentants de la GTZ et de la Fédération de la planification familiale d'Amérique — une organisation non gouvernementale travaillant sur les questions de la santé de la reproduction — ont visité le district pour vérifier les progrès réalisés dans les efforts pour combattre la MGF.
Ceci est venu en prélude à la seconde Conférence africaine sur la santé sexuelle et les droits, qui se tiendra dans la capitale kényane, Nairobi, le mois prochain. La MGF sera l'un des principaux sujets de discussion à cet évènement; la première conférence du genre s'est déroulée à Johannesburg, la capitale économique d'Afrique du Sud, il y a deux ans.
Commencé l'année dernière dans trois des sept divisions de Kajiado, le dialogue intergénérationnel semble être en train de porter des fruits.
(L'IGD a été également introduit dans le district de Tharaka dans la province orientale, qui a une prévalence de MGF relativement élevée, et devrait être mis en œuvre dans d'autres parties du pays.) "Au moins, ceux qui la pratiquent (MGF) le font maintenant en secret, par opposition à ce qui se faisait auparavant, lorsqu'ils s'éparpillaient sur le lieu et s'en réjouissaient", a noté Mollel.
"Par ailleurs, certaines exciseuses ont…déposé leurs instruments après avoir entendu parler des méfaits de la MGF".
Mary Kiluso, 75 ans, est un exemple typique. Elle a cessé la pratique de la MGF l'année dernière, bien qu'elle gagne environ 14 dollars pour chaque fille ou femme qu'elle excisait. Dans un pays où les statistiques officielles indiquent que 56 pour cent de la population vivent avec moins d'un dollar par jour, ceci n'était pas du tout une petite somme.
"Même si l'excision des filles et des femmes me rapporterait de l'argent, j'ai décidé d'abandonner le commerce parce que — après avoir participé à l'IGD — j'ai réalisé que…la MGF avait de nombreux aspects négatifs", a déclaré à IPS, Kiluso, également accoucheuse traditionnelle.
"Certaines des femmes avaient des difficultés lors de l'accouchement, alors que d'autres développaient des complications et avaient mal même lorsqu'elles s'asseyaient", a-t-elle ajouté.
Kiluso, qui a commencé l'excision dans les années 1970, s'est également rendu compte qu'elle aidait à contraindre des filles à entrer dans des mariages précoces et des relations sexuelles prématurées en pratiquant la MGF.
Dans la culture Maasai, l'excision est perçue comme l'ouverture de la porte pour le mariage et les rapports sexuels — quelque chose qui peut amener des filles âgées d'à peine neuf ans à se marier, et à contracter des grossesses non désirées. Ceci, à son tour, oblige généralement les filles à compromettre leur avenir en abandonnant l'école.
Des hommes et des garçons prennent également part aux discussions sur la MGF, se rencontrant séparément des filles et des femmes, et il y a des signes d'éclaircissement parmi les hommes dans la lutte contre la MGF.
Mais, l'attrait de la culture demeure fort.
"Je ne souscris pas à la pratique de la MGF, mais ma mère, qui menaçait de maudire mon ménage si je ne m'y conformais pas, m'a contrainte à exciser mes trois filles", a déclaré Moses Mokomi.
De même, une accoucheuse traditionnelle ne peut pas aider une femme enceinte non excisée à moins qu'une amende consistant en une chèvre ou une vache ne soit payée par la famille de la femme. Certaines femmes enceintes auraient risqué leur vie en accouchant sans assistance, lorsqu'elles n'arrivent pas à trouver cette amende.
"Beaucoup d'initiatives de prise de conscience sont nécessaires, en particulier sur l'existence d'une loi anti-MGF. Plusieurs personnes ici ne sont pas conscientes du fait que la MGF est illégale", a souligné Mokomi.
La loi dont il parle fait partie de la Loi sur les enfants de 2001, qui interdit l'excision des filles ayant moins de 18 ans. Parmi les sanctions encourues par ceux qui le font, figurent des peines de prison.
Toutefois, des militants des droits des femmes sont en train de demander une interdiction totale de la MGF.
En plus du fait qu'elle complique la grossesse, l'excision peut conduire à une multitude de problèmes qui incluent des rapports sexuels douloureux, l'infection des appareils urinaires et de reproduction, et même la mort.
Par ailleurs, l'utilisation d'instruments non stérilisés pour exciser plusieurs filles ou femmes peut causer la transmission du VIH : à part les couteaux, les lames de rasoir, des verres cassés et mêmes des couvercles de boîtes sont utilisés pendant la MGF.
Selon Amnesty International, un organisme d'observation des droits, l'excision est pratiquée dans plus de 28 pays africains, où elle est diversement perçue comme un rite de passage à l'âge adulte — ou essentielle pour l'hygiène, et même pour améliorer l'apparence de zone génitale.
Des adeptes de certaines croyances pratiqueraient la MGF.
Par ailleurs, certains croient que la MGF réduit l'appétit sexuel d'une femme, et que la pratique de l'excision peut réduire l'infidélité de la part des femmes.

