BAGDAD, 2 juin (IPS) – Le gouvernement irakien a décidé d'ouvrir sa propre enquête sur la tuerie de 24 personnes par des marines américains dans la ville de Haditha, dans l'ouest du pays, en novembre dernier.
Le raid a été mis en lumière après qu'un ressortissant irakien a enregistré sur vidéo les tueries. L'enregistrement racontait une histoire totalement différente de l'affirmation ridicule faite par l'armée américaine en novembre de l'année dernière selon laquelle certaines personnes étaient mortes dans l'explosion d'une bombe au bord d'une route.
Le 'Time Magazine' a fait récemment des reportages sur le massacre. La tuerie a, depuis lors, fait boule de neige et est devenue une controverse majeure.
"La criminalité et la misère de Haditha constituent un crime terrible où des femmes et des enfants ont été éliminés", a déclaré aux journalistes, le Premier ministre Nuri al-Maliki. Maliki a également dit que son gouvernement mettrait en place une commission conjointe avec l'armée américaine pour examiner comment les armées étrangères font les raids.
La violence à l'encontre des civils est "courante au sein de bon nombre des forces multinationales", a indiqué le nouveau Premier ministre irakien.
Plusieurs soldats n'avaient "aucun respect pour les citoyens, détruisant les voitures des civils et tuant à partir d'un soupçon ou d'une intuition".
Que les forces d'occupation fassent cela est bien connu. "Nous décrivons ce genre d'incident comme 'normal' parce que c'est survenu à maintes reprises, non pas parce que la population irakienne l'accepte", a déclaré à IPS, l'avocat irakien Nezar al-Samarai.
"C'est arrivé plusieurs fois et il n'y a eu, de la part du gouvernement américain, aucune réaction pour arrêter cela. Donc, les gens diront que c'est normal".
Nezar al-Samarai sait par expérience de quoi il parle.
En 2004, des soldats américains ont arrêté deux de ses neveux, écrasé leur voiture avec un char d'assaut et les ont envoyés à la mort en les jetant par-dessus un pont. Le meurtre avait été rapporté à l'époque par IPS.
Al-Samarai a plaidé l'affaire au tribunal, obtenant 2.500 dollars en compensation pour chacun de ses neveux décédés. L'un des soldats américains a été condamné à 45 jours d'emprisonnement.
Nezar al-Samarai a eu ses propres démêlés avec l'armée américaine. Il a été sérieusement battu par des soldats alors qu'il conduisait sa famille à l'hôpital en 2004. Le 5 mai de cette année, il dit avoir été attaché et battu dans sa propre maison durant un raid des forces américaines.
Durant ce raid, des soldats américains ont également attaqué une maison voisine pour personnes handicapées. "Les soldats ont tué trois et blessé deux autres", a-t-il affirmé. "Ce n'était pas parce qu'elles avaient fait quelque chose, bien sûr. Elles étaient handicapées. Les deux autres sont toujours à l'hôpital, et nous ne savons pas ce qui leur arrivera".
Depuis le début de l'occupation jusqu'à l'heure actuelle, le scénario se poursuit, quelle que soit la situation politique en Irak.
Parmi les nombreux cas du genre que IPS a rapportés durant les trois dernières années, figurait celui de Sheikh Abu Yasin al-Zawi, 62 ans, qui a été arrêté après les prières de vendredi en même temps que son fils après avoir qualifié de terrorisme d'Etat l'assassinat du leader du Hamas Sheik Ahmed Yassin par Israël en 2004.
"Ils sont arrivés à la mosquée à 17h et ont encerclé toute la zone avec des chars d'assaut et ils ont dit : 'vous avez dit de vilaines choses sur la coalition aux prières du vendredi et votre fils a dit également de vilaines choses',", affirmait alors al-Zawi à IPS.
Il n'a pas été amené à la prison d'Abu Grahib, mais son fils et lui-même ont été conduits à une base militaire américaine non loin de sa mosquée.
“Ils m'ont gardé dans une cellule très petite sans aucune espèce de lit ou de couverture”, a-t-il dit à IPS. "Le soldat ne me permettait pas de faire les ablutions pour la prière et ils m'ont mis une cagoule sur le visage. Et ils ne nous ont pas apporté de la nourriture et même lorsque je voulais aller aux toilettes, c'était très compliqué parce que le soldat venait avec une arme et la pointait sur moi alors que j'étais au W-C." Il n'a pas été puni après tout, un des rares chanceux. Mais tout le monde connaît des innocents humiliés et tués par les forces d'occupation. Les révélations sur Haditha enragent maintenant les populations, mais ne les surprennent pas.
A la Maison Blanche, le porte-parole du président George Bush, Tony Snow, a dit aux journalistes que les reportages sur le massacre faisaient actuellement l'objet d'enquêtes.
"Il y a deux pistes", a déclaré Snow. "Ce qui est arrivé avec le reportage sur l'incident, et ce qui s'est passé, et les marines prennent ceci très au sérieux et ils le font vigoureusement".
Quelques questions sont actuellement posées sur d'autres tueries du genre, même dans Haditha. L'ambassadeur d'Irak aux Etats-Unis, Samir Sumadai, accuse les marines d'avoir tué son cousin au cours d'un raid systématique de maison en maison à Haditha en juin dernier.
Le Pentagone dit qu'il a enquêté sur la question et qu'il n'y avait eu aucun homicide volontaire.
Il est difficile de vérifier de tels rapports de façon indépendante, parce que la plupart des groupes de défense des droits humains ont quitté le pays en avançant des préoccupations sécuritaires.
"Pendant quelque temps, nous avons été très limités dans nos mouvements en Irak", a déclaré à IPS, Nada Doumani, porte-parole de la Croix-Rouge internationale-Irak, qui est maintenant basée à Amman. "Malheureusement, nous ne pouvions pas être présents partout et par conséquent, nous ne pouvons pas commenter des événements survenus dans toutes les régions d'Irak".
Toutefois, le nombre d'allégations troublantes est ahurissant.
La BBC a diffusé jeudi des séquences qui, disait-elle, venaient d'un incident survenu en mars au cours duquel des soldats américains ont été accusés d'avoir exécuté 11 Irakiens, dont quatre enfants, non loin de la ville d'Ishaqi, au nord de la capitale.
Les Américains affirment qu'ils étaient à la poursuite d'un suspect d'al-Qaeda, mais le rapport d'un policier irakien indique que des soldats américains ont réuni et exécuté une famille entière dans une maison qu'ils ont démolie ensuite.

