JOURNEE DE L'ENVIRONNEMENT: Peut-on sauver les zones arides de ladésertification en Algérie?

ALGER, 3 juin (IPS) – En Algérie, deux millions de kilomètres carrés sont désertiques (arides) sur la superficie totale du pays (2.381.740 km2) tandis que le reste (381.740 km2) est semi-aride (semi-désertique) et sub-humide (mi-humide, mi-sec), selon le Mouvement écologique algérien, basé à Alger.

La convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification définit ce phénomène comme étant “la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et sub-humides sèches par suite de divers facteurs parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines”.

“L'Algérie est au cœur du problème de la désertification. Environ 90 pour cent de la superficie est aride”, explique à IPS, Mouloud Arkoub, professeur d'agronomie à l'Université de Tizi Ouzou en Kabylie, dans le centre du pays.

“Le pays est doublement concerné par la désertification qui est à la fois géographique et climatique”, estime Arkoub. “Avec le réchauffement climatique, le Sahara avance sans cesse vers le nord, ce qui reste un désastre écologique pour les surfaces cultivables”.

Dans le nord de ce vaste pays d'Afrique du nord, le climat méditerranéen et humide touche les zones côtières où vivent les plus fortes concentrations humaines. Mais ce climat devient aride (sec) à partir des hautes plaines vers le centre, et désertique dans le sud (le désert du Sahara) où les populations vivent dans des oasis qui sont des endroits spécialement couverts de végétation autour d'une surface d'eau peu profonde. Avec une telle étendue du désert, la désertification prend des allures inquiétantes, ce qui explique le choix porté par le Programme des Nations Unies pour l'environnement sur l'Algérie pour abriter les manifestations officielles de la Journée mondiale de l'environnement (5 juin) cette année.

Le thème retenu pour 2006 est : "Déserts et désertification : Ne désertez pas les terres arides".

Le phénomène de la désertification est très lourd de sens et n'est pas sans conséquences sur l'homme et la nature. En Algérie et particulièrement dans le Sahara, les infrastructures et les différentes zones d'implantation (villes, villages et oasis) sont perpétuellement menacées par des problèmes de l'ensablement, de dépérissement des palmeraies, de tarissement des sources d'eau, et de salinisation des sols, souligne Arkoub.

Mais, la situation dans le nord du pays n'est pas aussi meilleure que l'on tend à l'imaginer parfois puisque les feux de forêts et l'érosion hydrique continuent de faire des ravages pendant que la construction anarchique des bâtiments et autres infrastructures — sur des surfaces arables — accroît la désolation.

A cet égard, Arkoub déplore l'absence, en Algérie, d'importantes organisations écologiques à proprement parler qui soient en mesure de mener une lutte efficace pour apporter une amélioration à la situation et éviter le pire.

L'ancien président algérien feu Houari Boumediene (1965-1979) avait procédé, en 1976, à la plantation des arbres, une œuvre exécutée par les soldats de l'Armée nationale populaire, tout le long des régions subsahariennes (Djelfa, Batna), au cours d'une opération dénommée “barrage vert” visant à freiner l'avancée du désert vers le nord du pays.

Le barrage vert couvre près de 87.000 hectares, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. Les arbres résistent effectivement au désert, mais ils sont exposés aux incendies d'origine criminelle qui ont ravagé plusieurs hectares ces dernières années. Sans oublier l'utilisation du bois pour la construction des bâtiments et pour le chauffage dans certains foyers incapables de se payer les autres énergies comme l'électricité et le gaz.

Mohamed Ouaneche, membre d'une association qui lutte pour la protection de la nature dénommée “Pour la sauvegarde écologique” en Kabylie, estime qu'en “Algérie, la désertification est partout présente. Plus de 20 millions d'hectares sont soumis à une exploitation irrationnelle, ce qui pèse lourdement sur l'environnement”.

Pour pallier cette situation de plus en plus inquiétante, le gouvernement algérien encourage l'exploitation rationnelle des surfaces cultivables pour éviter de fragiliser davantage le sol.

Ainsi, le Département de la conservation des forêts de Ghardaïa, dans le sud, a lancé, depuis environ six ans, un vaste programme portant sur plusieurs objectifs : la lutte contre la désertification par la plantation des arbres adaptables à la nature du sol; l'ouverture des pistes pour accéder aux autres surfaces non encore exploitées; et l'exploitation rationnelle des nappes phréatiques dans la région.

Toujours pour lutter contre la désertification, plusieurs autres actions sont lancées dans la même région, concentrées sur la “préservation et l'exploitation rationnelle des surfaces arables”, explique à IPS, Malik Raheb, ingénieur en conservation des forêts.

Les résultats de ces actions sont positifs d'autant que l'olivier est l'arbre le plus planté pour son caractère méditerranéen pouvant résister à tous les climats du sud algérien, selon Raheb. “La plantation des arbres dans cette région saharienne est conditionnée par la nature du sol et les différents éléments chimiques qui le composent”, estime Raheb qui définit le processus de désertification comme “la dégradation des terres arables et fertiles sous le phénomène de l'ensablement”. Des quantités importantes de sable sont, en effet, déplacées dans le Sahara par des vents puissants qui vont les déposer plus loin, à d'autres endroits.

Les nappes phréatiques dans le Sahara algérien, notamment dans la région de Ghardaïa située à quelque 700 kilomètres au sud d'Alger, la capitale, ne peuvent plus se régénérer. Ce sont des "cuvettes profondes non régénérables" qui imposent une meilleure exploitation pour éviter de les détruire, ajoute Raheb.

Le taux de pluviosité dans ces régions arides est estimé, par des spécialistes de la météorologie, à 200 millimètres par an, ce qui est très insuffisant pour une présence humaine et une activité économique ordinaires. L'activité économique consiste généralement à cultiver le palmier dattier et à élever des chèvres et des chameaux.

Les différentes régions de l'Algérie sont classées en fonction de leur nature climatique. Selon le professeur Arkoub, les régions humides du nord sont le centre-nord et le nord-est (la Kabylie, le Jijli et Annaba) où le taux de pluviosité est de 800 mm annuellement.

Les régions sub-humides comme l'Oranie, dans le nord-ouest du pays, enregistrent un taux de pluviosité de l'ordre de 600 mm par an.

Les zones arides, comme les hauts plateaux (Sétif) dans l'est et (Tiaret) dans l'ouest, sont caractérisées par 400 mm de pluie par an. Les régions subsahariennes (Djelfa, Laghouat et Batna) reçoivent 250 à 300 mm annuellement avec, selon Arkoub, des pluies qui se raréfient et qui sont parfois si violentes que la surface de la terre ne peut les retenir. “Ce régime pluvieux irrégulier fait que les eaux de pluie ne s'infiltrent pas dans le sol et par conséquent, elles se perdent dans la nature”, ajoute-t-il. Malgré ce climat aride dans la région de Metlili et Ghardaia (sud), la population s'attache à la terre et à la culture du palmier dattier, une activité que le gouvernement soutient financièrement, avec l'élevage des chèvres et chameaux.

En outre, l'aridité et la maladie du 'Bayoud' (un prédateur sous forme de champignon du sol — que l'Institut national de protection des végétaux de Ghardaia combat sans relâche — ne découragent pas la présence de la population qui contribue à la préservation du sol.

Même les zones pétrolifères de l'Algérie sont arides, mais la nature leur a donné un aspect particulier grâce à ce pétrole dans le sous sol, qui constitue aujourd'hui la principale source de revenus du pays.