NAIROBI, 23 mai (IPS) – Pour des femmes victimes de viol, la guérison de l'abus est généralement difficile et épuisante. Toutefois, lorsqu'elles n'arrivent pas à obtenir le traitement pour empêcher une éventuelle infection au VIH, le processus est beaucoup plus pénible -quelque chose contre lequel le Kenya se débat.
Connu comme prophylaxie de post-exposition (PEP), le traitement anti-VIH est disponible dans seulement sept des 73 hôpitaux publics de district au Kenya, et dans un hôpital provincial sur les huit.
La PEP réduit le risque d'infection au VIH lorsqu'une femme est violée par quelqu'un qui porte le virus, si elle est administrée en l'intervalle de 72 heures après le crime. Elle implique une série de deux médicaments anti-rétroviraux (ARV) — zidovudine et lamivudine — pendant 28 jours. Des statistiques officielles publiées plus tôt ce mois indiquent que 2.867 viols ont été rapportés en 2005, tandis que 2.908 et 2.308 ont été signalés in 2004 et en 2003 respectivement. Le gouvernement estime la prévalence du VIH dans ce pays d'Afrique orientale à 6,7 pour cent; environ deux millions sur les quelque 30 millions de citoyens kényans sont infectés par le virus du SIDA.
"Il est nécessaire d'accroître l'accès à la PEP et de la rendre disponible dans toutes les institutions sanitaires du gouvernement", a déclaré à IPS, Solomon Marsden, directeur adjoint du département de la santé de la reproduction au ministère de la Santé.
A l'heure actuelle, les femmes dans des régions urbaines en proie à la pauvreté et dans des zones rurales pourraient ne pas être en mesure de recevoir la PEP.
"Une rescapée de viol à l'intérieur du pays (est dans l'obligation) de marcher ou de prendre un matatu (minibus taxi) pour se rendre au centre de santé le plus proche, qui pourrait être à 50 kilomètres", a souligné Hardley Muchela, coordonnateur du programme de soins post-viol à Liverpool VCT & Care Kenya (LVCT) : une organisation non gouvernementale qui aide dans la fourniture de la PEP au Kenya. (VCT signifie "conseils et tests volontaires". Le LVCT, basé dans la capitale kényane, Nairobi, est associé à la 'Liverpool School of Tropical Medicine' (l'Ecole de médecine tropicale) en Grande-Bretagne.) "Elle devra souvent relever le défi consistant à dépenser 50 shillings kényans (moins d'un dollar) en frais de matatu, ou pour acheter de la nourriture, étant donné le niveau élevé de la pauvreté dans le pays", a noté Muchela.
Environ 56 pour cent des Kényans vivent avec moins d'un dollar par jour, selon des statistiques officielles.
Les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes rurales ont également donné lieu à des appels en faveur de la mise à disposition de la PEP dans les dispensaires, qui sont plus accessibles aux populations dans des zones éloignées.
Toutefois, Muchela a prévenu que l'expansion des soins post-viol — qui implique également des conseils — nécessitait plus que des fournitures accrues de médicaments : "Nos hôpitaux (publics) sont en sous-effectif. Si des soins complets post-viol doivent être dispensés, nous en ajouterons à la masse de travail d'un personnel déjà réduit. Il y a un grand besoin d'accroître le personnel médical".
Une récente étude de LVCT montre que plusieurs hôpitaux publics manquent d'employés formés pour administrer les ARV, et donner des conseils sur le post-viol et le VIH/SIDA. Mais une annonce du gouvernement indiquant que plus d'agents de santé seront embauchés pourrait conduire à des améliorations dans cette situation. Alors que le traitement PEP peut être demandé dans des cliniques privées, les frais facturés par ces institutions les mettent hors de portée pour la plupart des Kényans.
Le coût d'une série de PEP dans un hôpital privé modeste est d'environ 23 dollars, tandis qu'un test de VIH coûte dans la région 24 dollars, selon Muchela. Comme le test doit être répété après deux semaines, ceci porte son coût à environ 46 dollars, sans compter les frais de consultation — qui font en moyenne 14 dollars à Nairobi. (La PEP et le test de VIH sont offerts gratuitement dans les hôpitaux gouvernementaux).
Une exception à la règle est l'Hôpital des femmes de Nairobi. Bien qu'elle soit privée, cette structure offre la PEP et les services de conseils gratuitement aux rescapées d'agression sexuelle. L'hôpital a également assisté dans la compilation des directives sur comment dispenser la PEP dans des structures de santé publiques.
A côté des préoccupations au sujet de la pénurie de PEP, on craint que le viol ne reste sérieusement sous-signalé au Kenya. Selon le LVCT, seulement 30 pour cent des cas de viol sont rapportés.
Dans le but de régler la multitude de problèmes entourant l'agression sexuelle, le gouvernement a élaboré des directives pour indiquer comment des rescapées de cette violence devraient être traitées.
'Directives nationales : Gestion médicale du viol et de la violence sexuelle', publié en 2004, souligne également l'importance des contraceptifs d'urgence (ECs) pour éviter que le viol n'entraîne une grossesse.
Ces contraceptifs, qui peuvent être administrés jusqu'à 72 après le viol, sont largement disponibles dans des hôpitaux publics, selon Marsden. "La contraception d'urgence est notre domaine et nous faisons en sorte que tous les ECs…soient distribués dans nos hôpitaux", a-t-il souligné.
Un Projet de loi sur les délits sexuels, qui demande des peines plus sévères pour le viol et la souillure, a été également débattu au parlement le mois dernier. Alors que la loi actuelle ne stipule qu'une peine maximum pour le viol, le projet proposé énonce clairement des condamnations minimum et maximum sévères pour le viol et la souillure — entre autres dispositions.
Aux termes du projet de loi, le viol serait passible d'une peine minimum de 10 ans d'emprisonnement et d'une peine maximum de prison à vie.

