DEVELOPPEMENT-KENYA: Les bénéfices du café ne parviennent pas auxagriculteurs

NAIROBI, 22 mai (IPS) – Lucy Wangui appréciait autrefois ses caféiers, mais plus aujourd'hui. Au lieu de cela, la petite fermière du centre du Kenya dit qu'ils lui créent plus de soucis qu'ils n'en valent la peine.

Wangui — qui a commencé par produire du café en 1975, et possédait 300 arbres — a assisté impuissante au déclin du secteur du café autrefois dynamique, avec des conséquences particulièrement dévastatrices pour les petits producteurs.

"Autrefois, les 300 arbres me rapportaient plus de 50.000 shillings kényans (environ 714 dollars). Ceci est tombé plus tard à 20.000 (environ 285 dollars), et maintenant à 7.000 (environ 100 dollars), qu'on me paie par le biais des agents commerciaux après une année", a-t-elle déclaré à IPS.

"Je ne peux pas me permettre d'envoyer tous mes dix enfants à l'école parce que les recettes du café sont à peine suffisantes; je ne peux même pas acheter des vivres pour les nourrir. J'investis beaucoup d'argent pour produire le café, mais ce que je récolte à la fin ne correspond pas à ce que j'y ai engagé." Par ailleurs, un système, qui permettait aux agriculteurs d'obtenir des engrais à crédit auprès des fabriques de café, s'est effondré. Avec des taux d'intérêt élevés qui amènent les producteurs à avoir peur de prendre des prêts pour les engrais, la qualité du café a baissé, a souligné Wangui.

"N'est-ce pas mieux que j'abandonne complètement le café et qu'à sa place, je plante du maïs ou des bananes pour que mes enfants puissent manger?" En fait, Wangui a déjà commencé par produire des cultures alternatives, en abattant 100 de ses 300 caféiers, et en plantant du maïs à la place. Si la culture du café ne devient pas très vite plus lucrative, elle abattra tous les arbres.

Peter Mwangi Njoroge, président de la Ligue des petits producteurs de café, a une histoire similaire; il cultive du café depuis 1970.

"L'année dernière, j'ai récolté 1.000 kilogrammes de café et j'ai reçu un total de 16.000 shillings kényans (environ 229 dollars)", a-t-il dit à IPS, notant que ceci équivalait à 16 shillings, soit environ 20 cents, pour chaque kilogramme de café.

"J'ai dépensé 12.000 shillings kényans (171 dollars) pour produire le café, acheter des engrais, payer mes ouvriers. Cela signifie que j'ai réalisé un bénéfice de 4.000 shillings kényans (environ 57 dollars) seulement", a indiqué Njoroge.

"Je sais que le prix réel d'un kilo de café était supérieur à 16 shillings kényans. Le principal problème dans ce pays est que les producteurs de café sont très mal payés".

Le café rapporterait environ trois dollars par kilogramme aux enchères au Kenya actuellement.

"Si ce café ne peut pas m'aider, alors, il est inutile. Si ces problèmes ne peuvent pas être réglés, alors je vais mobiliser les petits fermiers pour qu'ils abattent tous leurs caféiers", a ajouté Njoroge.

Ces frustrations ont dominé une rencontre de deux jours qui a eu lieu dans la capitale kényane, Nairobi, au début de ce mois. La rencontre, qui s'est tenue avec l'assistance de 'Norwegian Church Aid', une agence de développement, a rassemblé de petits producteurs et des décideurs politiques en vue de redonner la vitalité au secteur de production du café, qui traverse une mauvaise passe.

Le café était le premier pourvoyeur de devises étrangères du Kenya lorsque ce pays d'Afrique orientale a accédé à l'indépendance en 1963, occupant ce rang jusqu'à la fin des années 1980. Mais la production a chuté depuis, et le café n'est actuellement que le quatrième pourvoyeur de devises, après le tourisme, le thé et l'horticulture.

Selon des responsables agricoles, le Kenya produit actuellement quelque 50.000 tonnes de café, contre une hausse record de 130.000 tonnes au cours de la saison 1987/1988.

La crise que traverse cette industrie a été attribuée à une baisse des cours mondiaux du café, provoquée par un surplus mondial du produit.

Mais, une remontée ultérieure des prix ne semble pas avoir bénéficié aux petits producteurs de café au Kenya, quelque chose qui est attribué en partie à la longue chaîne d'intermédiaires qui détournent les profits — et à une organisation mal structurée de la commercialisation.

"Les agriculteurs doivent vendre leur café à travers les enchères, ou à travers les trois agents commerciaux nommés par la loi. Ces agents ont souvent indiqué que la production de café est profitable, mais les agriculteurs ne reçoivent pas le bénéfice. Cela pourrait être en train de se perdre quelque part en chemin", affirme James Nyoro, directeur exécutif de 'Tegemeo Institute of Agriculture Policy and Development' (Institut Tegemeo pour la politique agricole et le développement) à l'Université Egerton au Kenya.

Nyoro a déclaré à IPS que la loi devrait autoriser les agriculteurs à traiter directement avec les acheteurs afin qu'ils puissent comprendre les exigences du marché, et changer leurs produits afin de satisfaire les besoins des acheteurs. Il croit que ceci pourrait se faire aux côtés des enchères existantes.

Les députés semblent avoir tenu compte du conseil.

Un projet de loi visant à reformer le secteur du café, qui est actuellement en à l'étude, permettrait aux agriculteurs d'être impliqués dans la commercialisation de leurs produits, estime Solomon Waweru, directeur exécutif de 'Coffee Board of Kenya' (la Commission du café du Kenya) — une institution gouvernementale.

Par ailleurs, les petits fermiers font campagne pour un système de vente directe : dans un mémorandum remis au ministre de l'Agriculture à la rencontre du début du mois, ils ont indiqué qu'ils voulaient avoir accès aux acheteurs de café et aux torréfacteurs.