JOHANNESBURG, 30 mars (IPS) – "Vivre et jouer dans la ville", comme il le dit, était une idée tellement séduisante qu'il y a deux ans, Khabo Baloyi a décidé d'acheter un appartement dans le centre de Johannesburg.
Qualifiant cela d'investissement à haut risque, la banque n'allait toutefois pas approuver sa demande de crédit immobilier.
Les autorités essaient maintenant de changer l'idée selon laquelle le district commercial du centre de la capitale économique d'Afrique du Sud, Johannesburg est, au mieux, négligé – au pire, dangereux. Mais réhabiliter les vieux quartiers du centre-ville dans l'une des métropoles les plus animées d'Afrique est une entreprise colossale qui a opposé les sceptiques aux optimistes.
Durant l'apartheid, tout a été fait pour restreindre l'accès de la majorité noire d'Afrique du Sud au centre-ville de Johannesburg. Les 'Pass Laws Act' (Lois sur les laissez-passer) de 1952, par exemple, faisaient obligation aux Noirs ayant plus de 16 ans d'avoir sur eux un laissez-passer : un document ressemblant à un passeport qui stipulait s'ils avaient une autorisation du gouvernement pour être dans certains quartiers.
L'abrogation de cette loi en 1986 a été déterminante en ce qu'elle a permis à des Noirs sud-africains pauvres de s'installer dans la ville, qui s'est trouvée mal équipée pour fournir des emplois à tous les nouveaux venus.
Ceci a préparé le terrain à un développement de la criminalité, qui à son tour, a poussé des entreprises – dont plusieurs appartenaient à des Blancs – à fuir le centre de Johannesburg.
Ce qui reste dans les plus mauvais quartiers sont des bâtiments abandonnés, certains coupés de la fourniture d'eau et du réseau électrique de la ville à cause du non-paiement des redevances. La fin de l'apartheid en 1994 a également vu un flux d'immigrants et de réfugiés venus d'ailleurs sur le continent, accentuant la pression exercée sur les infrastructures.
Un programme de reconstitution qui a commencé en 2000 vise à arrêter ce déclin.
Un plan pour l'initiative intitulé 'Votre ville en 2030' a été lancé.. "Ils ont choisi une période de développement de 30 ans jugée comme un temps suffisant pour pouvoir venir à bout des défis de développement auxquels est confrontée la ville", déclare Tsepo Nkosi, porte-parole de l'Agence de développement de Johannesburg (JDA), une institution gouvernementale créée pour conduire des améliorations dans diverses zones.
Un maintien d'ordre accru dans les vieux quartiers du centre-ville, couplé avec l'introduction de télévision en circuit fermé pour surveiller des espaces publics, a – selon Nkosi – vu une réduction "de plus de 80 pour cent des crimes de contact" comme les vols, le meurtre et le viol.
Le plan 2030 vise à améliorer le transport public, à s'attaquer aux manques de compétences et à aider dans les efforts pour contenir la pandémie du SIDA. L'Afrique du Sud compte actuellement plus de citoyens infectés par le VIH que n'importe quel autre pays : plus de cinq millions.
Divers développements sont également en train de prendre forme, comme le 'new corporate office' (le nouveau bureau) de la multinationale Anglo-Gold Ashanti. A deux rues plus loin, se trouvent trois nouveaux immeubles d'appartements célébrés comme un exemple de ce qui est possible dans les vieux quartiers du centre-ville. Construit à un coût de plus de 15 millions de dollars, le projet est le plus grand développement de logements de la ville – entrepris conjointement par les secteurs public et privé.
Thembi Matsena*, une mère célibataire de 27 ans, qui vend des disques compacts dans une station de taxis voisine très animée, vit dans le plus grand de ces immeubles.
"Comparé à l'endroit où je vivais auparavant, le loyer est toujours le même et je n'ai pas à prendre un taxi pour me rendre au travail", affirme-t-elle. "Tout est à proximité; je me réveille et j'amène mon enfant à l'école à pied".
Le fait que son appartement, de deux chambres à coucher un salon soit plutôt plus petit lui est égal. Cependant, d'autres choses la dérangent : "Je hais le fait qu'on ne puisse pas ouvrir les fenêtres donnant sur la voie principale lorsqu'il fait vraiment chaud – cela empeste, cela dégage l'odeur d'un corps en putréfaction". A proximité de la voie principale, on voit des feux allumés à l'air libre et des étals informels de vente de nourriture qui servent de repas à ceux qui travaillent à l'intérieur et autour de la station de taxis.
Malgré cela, les appartements sont populaires. La demande de place de stationnement des locataires a contraint au rachat des places des parkings précédemment réservés aux visiteurs.
Quelques blocs plus loin, des promoteurs immobiliers privés transforment des immeubles de bureaux en studios : le secteur immobilier florissant a persuadé nombre de gens qu'il y avait un profit substantiel à réaliser dans les vieux quartiers du centre-ville. Au cours des cinq dernières années, la valeur générale des maisons a augmenté de quelque 230 pour cent, faisant de ce secteur l'un des marchés immobiliers les plus performants au monde, selon l'économiste immobilier Erwin Rode.
L'un des promoteurs, Urban Ocean, possède 21 immeubles dans ce qui était auparavant le quartier commercial de la ville.
La Bourse des valeurs de Johannesburg s'est depuis installée au nord de la banlieue bourgeoise de Sandton. Mais Alfonso Botha, co-directeur de Urban Ocean, voit les habitants de Johannesburg retourner dans les vieux quartiers du centre-ville à l'avenir.
Les studios ne sont pas bon marché : un appartement de célibataire coûte environ 85.000 dollars. Cependant, Urban Ocean a vendu presque tous les 60 modules dans "Shakespeare Place', un ancien immeuble de bureaux en face de l'hôtel de ville.
Les acheteurs peuvent vivre dans leurs propriétés nouvellement acquises, ou autoriser une société associée à Urban Océan à les gérer comme des chambres d'hôtel. Ce qu'on espère est que la Coupe du monde de football de 2010, qui sera accueillie par l'Afrique du Sud, amènera un afflux de visiteurs désireux de louer des logements de classe.
Le problème d'obtention d'un crédit immobilier auquel a été confronté Baloyi semble également être en train de s'éloigner : "Nous avons convaincu les banques", affirme Botha.
Victor Mukwena fait partie de ceux qui ont recueilli le fruit de ce changement.
L'année dernière, le comptable âgé de 27 ans a acheté, dans le "Franklin", un autre des immeubles de bureaux reconvertis de Blue Ocean.
Décrivant ses nouveaux voisins comme étant, comme lui-même – "jeunes, audacieux et célibataires" – Mukwena ne voit rien d'autre que des possibilités dans le centre-ville autrefois décrié. "J'ai vu la possibilité de faire un grand retour (avec la propriété)", déclare-t-il.
* Pas de son vrai nom.

