KINSHASA, 21 mars (IPS) – Le général Widi Divioka, commandant de la 6ème région militaire, dans la province du Katanga (sud-est du Congo), a été suspendu de ses fonctions pour avoir détourné, au profit de ses activités privées, des wagons chargés de l'approvisionnement des soldats en mission dans la ville de Kamina.
Des wagons de la Société nationale des chemins de fer, destinés à transporter des vivres pour les militaires en mission entre les villes de Lubumbashi et Kamina, transportaient en fait, à plusieurs occasions, de la marchandise pour un business privé du général Divioka, indiquent des sources militaires à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).
Selon le contact de IPS à Lubumbashi, le dernier chargement en date comprenait des matériaux de construction pour des commerçants de Kamina, Kabalo et Kindu. "Le général Divioka n'est pas à sa première opération de ce genre, au point que la hiérarchie militaire avait résolu de diligenter un audit à Kamina afin de le confondre", rapporte Oscar Biembi, le contact local de IPS. "Le général Divioka aurait même frappé l'auditeur militaire qui avait constaté et dénoncé le détournement". L'état-major des Forces armées de la RDC (FARDC) a décidé, pour l'exemple, de frapper fort ce comportement qualifié d'indigne pour un officier du rang de Divioka, soulignent des sources militaires. Le général, issu de la composante MLC (Mouvement de libération du Congo), est momentanément remplacé par le colonel Ngizo Siatolo, le commandant adjoint en attendant l'aboutissement des enquêtes. Mais le général incriminé clame son innocence et fait de la résistance.
“J'ai juste reçu un appel téléphonique du général Sylvain Buki, le chef d'état-major des forces terrestres m'annonçant ma suspension, mais un coup de téléphone ne vaut pas une notification écrite”, a déclaré Divioka. Les services de communication de l'état-major général à Kinshasa confirment cependant qu'une notification écrite avait bel et bien été adressée au général Divioka, le 15 février, lui signifiant sa suspension et son remplacement temporaire à la tête de la région militaire du Katanga. Des sources militaires à Kinshasa indiquent également, sous couvert d'anonymat, qu'une vingtaine de soldats aurait trouvé la mort à Kamina et dans les garnisons environnantes des suites de manque de nourriture et de malnutrition. A Lubumbashi, la capitale de la province du Katanga, c'est toute la hiérarchie politico-administrative qui se dit choquée par le comportement de ce général qui n'est pas le bienvenu au Katanga. Tshikez Diemu, le vice-gouverneur du Katanga, n'hésite pas à qualifier le général Divioka de “bandit”, tandis que des organisations de la société civile parlent de scandale inqualifiable. Pour l'Association africaine des droits de l'Homme (ASADHO), c'est la conséquence de l'impunité consacrée par la politique des composantes. “Ce genre d'officiers ne fait pas l'honneur des FARDC au moment où les conditions sociales misérables des militaires congolais préoccupent autant le gouvernement que les bailleurs des fonds”, estime Kalunga Kabemba de l'ASADHO.
A différentes occasions, le Comité international d'accompagnement de la transition s'est plaint du comportement de la hiérarchie militaire congolaise par rapport à la gestion du budget alloué à la paie des militaires en RDC. Georges Serre, ambassadeur de France en RDC, confirme qu'environ "huit millions de dollars, fournis chaque mois par la communauté internationale pour la paie des militaires congolais, disparaissent dans les poches de certaines personnes". Pour sa part, Jean-Marie Guéhenno, le secrétaire général adjoint des Nations Unies, chargé des opérations de la paix, de retour de sa visite d'inspection à travers les points les plus chauds de la RDC, a déploré la condition sociale des militaires congolais et mis en garde contre les conséquences de cette situation. “Un militaire non ou sous payé représente un danger pour la population”, a-t-il déclaré. Le cas du général Divioka entre sûrement dans ce comportement décrié par la communauté internationale concernant la gestion des soldats congolais. Des militaires de haut rang s'adonnent plus au commerce qu'à l'encadrement de l'armée, confirment des sources militaires. Un soldat congolais touche en moyenne l'équivalent de 27 dollars quand l'argent lui parvient alors qu'à l'entrée de l'AFDL (Alliance des forces démocratiques de libération du Congo de feu Laurent Désiré Kabila qui combattait Mobutu), au milieu des années 1990, il touchait quelque 100 dollars. Ce qui, selon certains soldats contactés par IPS, pousse les militaires à se nourrir sur le dos des civils en les agressant. Souvent appelés à mener des opérations conjointes avec leurs homologues de la Mission d'observation des Nations Unies, les militaires congolais, sans gamelle ni salaire, se plaignent de cette différence de traitement. Un groupe de militaires congolais s'est même révolté à Aveba, non loin de la ville de Bunia, en Ituri, dans le nord-est du Congo, pour revendiquer les mêmes conditions sociales sur le terrain des opérations, soulignent les mêmes sources militaires.
Le général Divioka est l'un des officiers congolais formés sur le tas, dans les ex-rébellions, et qui ont glané leurs gallons à la faveur de la réunification des armées. Ce qui pose souvent un problème de moralité dans l'armée, estiment des analystes des questions militaires. Dans la perspective de la réunification des armées, au cours des négociations de paix, les différentes rébellions ont promu leurs officiers et demandé que ces promotions soient avalisées par le gouvernement central de Kinshasa. Ce qui fait que les FARDC sont composées de soldats de carrière formés dans des académies militaires étrangères réputées, et d'autres qui n'ont jamais subi de formation militaire dans une école, dont le général Divioka. De longues négociations inter-congolaises, en Afrique du Sud, en 2002, avaient mis fin à une longue guerre civile en RDC, qui avait fait plus de 3,5 millions de morts, selon des sources indépendantes.
La suspension du général Divioka survient au moment où sa composante politique, le MLC, traverse une crise grave. Le parti de Jean-Pierre Bemba se trouve, en effet, en proie à une hémorragie importante de ses cadres supérieurs. Après l'affaire Olivier Kamitatu, qui n'a pas fini de défrayer la chronique politique congolaise, c'est au tour d'Alexis Tambwe Mwamba, ministre du Plan, d'annoncer son départ du MLC en démissionnant du gouvernement. Tambwe Mwamba a décidé de se présenter comme candidat indépendant à la députation dans sa province d'origine, le Maniema, dans l'est du pays.
“Comme j'ai décidé de me présenter comme candidat indépendant, il est normal que je restitue au MLC le mandat de ministre du Plan parce qu'il revient à la composante”, a-t-il déclaré.
Le MLC avait contraint Kamitatu, président de l'Assemblée nationale, à la démission il y a quatre mois environ, accusé par Bemba d'intelligence avec d'autres formations politiques.

