ACCRA, 16 mars (IPS) – Il reste moins d'une décennie aux pays pour atteindre les buts ambitieux étalés dans les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) -convenus par des dirigeants de la planète à un sommet en 2000.
Les huit OMD se focalisent sur la réduction de moitié du nombre de personnes vivant dans la faim et l'extrême pauvreté, la réalisation de l'éducation primaire universelle, la promotion de l'égalité de genre et la réduction de la mortalité infantile, tout ceci d'ici à 2015.
Ils visent également à améliorer la santé des jeunes mères, à combattre les maladies, à assurer un environnement durable et à développer des partenariats qui peuvent s'attaquer à des questions comme les règles inéquitables du commerce mondial, et la dette dans les pays en développement.
Pour saisir l'essentiel des progrès accomplis actuellement dans la réalisation des OMD, Walter Kudzodzi s'est entretenu avec Tetteh Homeku, directeur de programmes à 'Third World Network-Africa' (Réseau Tiers-Monde-Afrique – TWN-Africa), basé à Accra. Cette organisation non gouvernementale est active dans diverses questions sociales et économiques affectant le monde en développement.
WK: Que voyez-vous comme les principaux obstacles à la réalisation de ces objectifs? TWN-Africa: Dans un certain sens, je vois deux types d'obstacles : le premier est interne tandis que le second a à voir avec la volonté politique.
Tous les OMD sont des aspirations, mais le huitième parle particulièrement de la stratégie pour mobiliser des ressources en vue de la réalisation des objectifs ambitieux fixés dans d'autres domaines. Nous devons voir si les gouvernements des nations développées sont prêts ou non à prendre un engagement sérieux en vue de s'attaquer aux insuffisances du système commercial multilatéral.
WK: Mais nous devons reconnaître que ce processus a commencé dans une certaine mesure. La dette de certains pays africains a été effacée et nous avons vu un accroissement des flux d'aide vers le continent — n'est-ce pas? TWN-Africa: Oui, l'annulation de la dette a commencé. Nous assistons à une augmentation de l'aide étrangère au développement que nous pouvons lier à la rencontre du G8 (le groupe des huit nations les plus industrialisées du monde) de l'année dernière.
Mais nous devons également reconnaître que beaucoup reste à faire pour s'assurer que le système commercial international est équitable et prend en compte la capacité économique de l'Afrique. Le problème avec le système du commerce international d'aujourd'hui est qu'il sape la capacité des pays en développement à exploiter à fond leurs propres ressources afin de se prendre en charge eux-mêmes.
WK: Quel rôle peuvent jouer les politiques macroéconomiques et commerciales pour nous permettre d'atteindre les OMD ? Il n'y a pas de doute que l'investissement étranger direct (IED) aide à générer la croissance dans les économies des pays en développement, mais la production de la croissance en elle-même ne conduit pas au développement économique.
Pour adopter les objectifs macroéconomiques appropriés, nous devons nous départir des exigences de libéralisation du Fonds monétaire international/de la Banque mondiale/de l'Organisation mondiale du commerce.
Nous devrions aller vers une situation où nous avons des politiques ciblées qui soutiennent et protègent nos industries locales.
Les politiques commerciales doivent être opérées différemment de celles que nous mettons en oeuvre actuellement, qui sont conçues pour attirer l'IED destiné à générer des profits pour les producteurs et des produits étrangers au détriment de nos économies.
WK: Depuis plusieurs années que le débat sur les OMD a commencé, le langage est toujours très interne aux institutions de développement et aux bureaux du gouvernement au niveau national. Quelles mesures devrait-on prendre pour faire entrer les communautés à la base dans ce débat? TWN-Africa: Assurément, les communautés à la base ont un rôle à jouer dans ces débats. Le défi que doivent relever les concepteurs des OMD est de se connecter aux campagnes existantes et aux mobilisations sociales, et d'arrêter de se comporter comme s'ils réinventaient la roue.
WK: Quel rôle la bonne gouvernance et la réforme démocratique jouent-elles dans la réalisation des OMD? La bonne gouvernance et la réforme démocratique peuvent jouer un rôle et nous aider à réaliser les OMD, tant que ces deux termes sont compris comme signifiant l'autonomisation des gens et des citoyens ordinaires d'un pays pour leur permettre d'avoir un accès et une influence sur les politiques dans leurs économies.
Mais si nous comprenons la gouvernance et la réforme démocratique aujourd'hui comme "l'Etat de droit", comme la Banque mondiale le définit pour dire que nous devrions avoir des structures ou institutions qui peuvent faire respecter les contrats et les droits de propriétés des compagnies étrangères, alors cela fait malheureusement partie du problème.
L'autre question est la corruption, et des gens en font tout un plat comme si c'est le problème fondamental auquel sont confrontés les pays en développement.
En fait, la corruption enlève à l'Afrique moins de ressources que ne le fait le commerce international. Sur chaque dollar qui vient en Afrique, 50 cents sont perdus à travers des formes déloyales et inéquitables de l'échange. Vingt cents vont au remboursement des dettes, 20 vont dans la fuite de capitaux et 10 cents seulement sont pris à travers la corruption et des pots-de-vin.

