SANTE-AFRIQUE DU SUD: Le programme ARV est moins que la somme de sescomposantes (monétaires)

JOHANNEBURG, 15 mars (IPS) – Avec plus de cinq millions de citoyens séropositifs sur ses 47 millions d'habitants, l'Afrique du Sud compte actuellement plus de personnes vivant avec le VIH/SIDA que n'importe quel autre pays.

Cette situation implique pour elle une charge importante relative à la fourniture de médicaments anti-rétroviraux (ARV) à ceux qui en ont besoin.

Plus de 500.000 Sud-Africains ont besoin d'ARV, selon Fatima Hassan du 'AIDS Law Project' (Projet pour une législation sur le SIDA) à l'Université de Witwatersrand, à Johannesburg.

Toutefois, moins de la moitié de ce nombre reçoit actuellement le traitement – et malgré des augmentations substantielles des fonds publics pour les ARV, les activistes anti-SIDA restent préoccupés par le rythme auquel le traitement est en train d'être mis à disposition.

Une fiche d'informations du gouvernement, publiée en novembre 2005 et intitulée 'Mise en œuvre du plan global sur la prévention, le traitement et les soins pour le VIH et le SIDA", notait que 85.000 personnes recevaient des ARV dans le secteur de santé publique jusqu'en septembre de l'année dernière. (Hassan estime que 70.000 à 80.000 autres personnes étaient traitées dans le secteur privé en août 2005).

Ceci marquait un écart de quelque 300.000 en termes d'objectif que s'étaient fixé les autorités sanitaires elles-mêmes. Un projet de lutte contre la pandémie, qui a été adopté par le gouvernement en novembre 2003, le 'Plan opérationnel pour des soins complets, la gestion et le traitement du VIH/SIDA pour l'Afrique du Sud', indique que 381.177 personnes étaient supposées être sous ARV financés par le gouvernement dans la période 2005/2006.

Hassan fait remarquer qu'il y avait également une inquiétude au sujet du degré auquel les médicaments parviennent aux enfants.

"La plupart des patients sont des femmes et 10 pour cent environ sont des enfants. Les pédiatres et les activistes des droits des enfants sont particulièrement inquiets de ce que très peu d'enfants accèdent actuellement au traitement", souligne-t-elle.

"Ils estiment qu'au moins 50.000 enfants ont besoin maintenant d'ARV, mais qu'à l'heure actuelle, seuls 10.000 environ en reçoivent".

Le manque de financement n'est pas le principal obstacle à la fourniture des ARV, affirme Zackie Achmat de 'Treatment Action Campaign' (Campagne d'action pour le traitement, TAC) — une organisation non gouvernementale (ONG) basée au Cap. Ce sentiment est repris en écho ailleurs.

Dans une réactualisation de l'initiative '3 par 5', l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a salué l'Afrique du Sud pour s'être engagée à consacrer un milliard de dollars jusqu'en 2008 pour accroître le traitement anti-rétroviral : "àde loin la plus grande allocation budgétaire d'un quelconque pays à faibles ou à revenus moyens". (Le programme '3 par cinq' a été initié en 2003 par l'OMS et le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA; il visait à faire en sorte que trois millions de personnes dans des Etats à faibles et à revenus moyens soient mises sous ARV à la fin de 2005).

Comme le voit Achmat, la difficulté se trouve ailleurs.

"Le plus grand problème que nous ayons en Afrique du Sud est que nous avons un président qui ne croit pas que le VIH cause le SIDA", a-t-il déclaré, en référence au chef de l'Etat Thabo Mbeki. Achmat s'exprimait à une rencontre organisée plus tôt ce mois dans la capitale économique, Johannesburg, pour discuter de comment rendre les ARV plus largement disponibles.

Mbeki a essuyé des critiques pour avoir douté que le VIH cause le SIDA, quelque chose qui, selon la TAC, a sapé les efforts pour contenir la pandémie — et distribuer les ARV aussi efficacement que possible.

Le manque de médecins et d'infirmiers pose également un problème. "Nous payons un salaire trop bas à nos infirmiers. Nous les surchargeons de travail. Nous volons des infirmiers zambiens et ougandais — et le Royaume-Uni vole des infirmiers sud-africains", a souligné Achmat.

Kim Teversham de 'CareWorks' basé au Cap, une société impliquée dans le dépistage et le traitement du VIH, a presque la même opinion.

"L'argent est là. Les médicaments sont là. C'est le déploiement physique qui est toujours un problème", a-t-il affirmé. "Le service de distribution publique est bon, mais lent".

Rotimi Sankore du 'Centre for Research, Education and Development of Freedom of Expression and Associated Rights' (Centre de recherche, d'éducation et de développement de la liberté d'expression et de droits associés), une ONG basée à Londres, a indiqué, à la rencontre de Johannesburg sur les ARV, que quelque 100.000 professionnels de la santé — la moitié d'entre eux des médecins — avaient quitté l'Afrique depuis les années 1990 pour d'autres parties du monde.

En l'absence d'un traitement financé par le gouvernement, plusieurs Sud-Africains qui ont besoin de médicaments anti-SIDA s'en passent. Le traitement le plus courant, le d4T, coûte environ 65 dollars par mois; ceci est souvent inabordable dans un pays où, selon le 'Human Sciences Research Council' (Conseil pour la recherche en sciences humaines) basé à Pretoria, la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Et, "s'il y a une résistance, l'on doit essayer d'avoir la deuxième ligne d'ARV — ce qui devient très coûteux", affirme Teversham.

Un malade se lance dans un traitement anti-rétroviral lorsqu'un comptage de ses cellules CD4, qui régulent le système immunitaire, descend en dessous d'un certain niveau. Le taux baisse lorsque les cellules CD4 sont attaquées par le VIH, rendant le corps de plus en plus prédisposé aux infections opportunistes.

Un taux de CD4 normal chez des adultes varie de 500 à 1.500 cellules par millimètre cube de sang.

En Afrique du Sud, les ARV sont offerts à ceux qui ont un taux de CD4 inférieur à 200 — quelque chose qu'Achmat, qui est séropositif, désapprouve : "Un taux de CD4 de 200 est trop bas. Le Botswana a le bon taux : il commence à 350".