SANTE-NIGER: La grippe aviaire provoque la panique et une pénurie devolaille en ville

NIAMEY, 10 mars (IPS) – Assis avec des compagnons d'infortune sur un banc, Hamadou Sina, le délégué des vendeurs de volaille du Nouveau Marché à Niamey, la capitale nigérienne, est inconsolable devant le malheur de la grippe aviaire qui s'est subitement abattu sur eux.

"Constatez par vous-même la situation à travers l'état de nos cages! Elles sont pratiquement vides depuis plusieurs jours, à cause de l'interdiction faite par les autorités politiques d'introduire les volailles depuis l'apparition de la grippe aviaire au Nigeria", se lamente Sina à IPS.

"Quand nous partons acheter des volailles dans les villages environnants (au Niger), les forces de l'ordre les confisquent systématiquement à l'entrée de Niamey pour les détruire", déclare-t-il. Sina ajoute, inquiet : "Parmi nous, certains ont dépensé jusqu'à leur fonds de commerce et ne survivent aujourd'hui que grâce à la solidarité du groupe".

Dès l'annonce du premier foyer de grippe aviaire dans l'Etat de Kaduna, dans le nord du Nigeria, il y a un mois, le gouvernement du Niger — voisin du Nigeria — a pris une série de mesures préventives, dont l'interdiction stricte de la circulation des volailles, leurs produits et sous-produits d'une région à l'autre, ainsi que l'interdiction de commercialiser des volailles, leurs produits et sous-produits en provenance du Nigeria.

Les autorités ont également recommandé aux populations certaines mesures d'hygiène, leur demandant notamment de ne pas toucher aux volailles ou oiseaux morts, de se laver les mains au savon après avoir manipulé des volailles, des oiseaux ou leurs produits et de bien cuire leur viande, les oeufs et les autres produits avant de les consommer.

Ces mesures ont provoqué une véritable psychose chez les populations qui ont automatiquement supprimé la volaille et ses sous-produits dans leur alimentation avant même que l'épizootie ne soit officiellement déclarée au Niger, le 27 février, a constaté IPS sur place.

"Par crainte de la grippe aviaire, j'ai supprimé systématiquement la volaille ainsi que les œufs dans l'alimentation de mon foyer", confie à IPS Aïchatou Niandou, une ménagère à Niamey. "C'est la mort en grand nombre de volailles dans certaines localités, qui a donné l'alerte, et qui nous a conduits à diligenter des prélèvements qui ont été envoyés dans un laboratoire de référence…pour analyses", explique à IPS à Niamey, Dr Boureïma Hama Sambo, directeur du Comité national interministériel de lutte contre la grippe aviaire au Niger, crée par le gouvernement. C'est un laboratoire conjoint de l'Organisation internationale pour la santé animale (OMSA) et de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, et basé en Italie, indique-t-il.

Sambo précise que sur une centaine de prélèvements envoyés, deux seulement sont avérés positifs au H5N1 (le virus de la grippe aviaire) : une cane dans la commune urbaine de Magaria et un canard dans le village de Dan Bardé, deux localités nigériennes frontalières du Nigeria, dans le centre-est du Niger, mais situées à environ 900 kilomètres de Niamey.

"Toutefois, il y a quelques suspicions de cas, notamment à Nguigmi (extrème-est) où nous avons eu un grand nombre de tourterelles mortes autour d'un point d'eau, à Gouré où on nous a signalé des cas de volailles mortes", indique-t-il, ajoutant qu'une centaine de volailles étaient mortes le 5 mars, dans le village de Jema, dans le sud-est, à la frontière avec le Nigeria, et où des prélèvements ont été faits et envoyés au laboratoire. La situation reste stationnaire, selon Sambo qui rassure que la volaille dans les deux foyers confirmés de Magaria et de Dan Bardé, a été confinée dans des poulaillers, dans la perspective de sa destruction, afin d'empêcher la propagation de l'épizootie à d'autres localités.

Pour Nouhou Arzika, le président de l'Organisation des consommateurs nigériens, basée à Niamey, ce sont les mesures draconiennes du gouvernement qui ont créé la psychose au sein des populations.

"Le fait d'interdire la circulation des volailles et des œufs d'une région à une autre a fait peur aux consommateurs, et a mis les exploitants de la filière dans une situation difficile", déclare Arzika à IPS, appelant le gouvernement à assouplir cette mesure. Avec la confiscation systématique de la volaille par les agents de sécurité et d'élevage aux postes de contrôle, la ville de Niamey est aujourd'hui confrontée à une pénurie de gallinacés aux différents points de vente de la capitale, a constaté IPS. "J'écoulais une cinquantaine de pintades et poulets confondus en moyenne par jour à Niamey avant l'apparition de cette maladie, au prix unitaire oscillant entre 1.000 et 2.000 francs CFA (entre deux et quatre dollars environ). Aujourd'hui, je suis réduit à croiser les bras", regrette Illiassou Ali, un vendeur de volailles interrogé par IPS au marché Wadata, à Niamey.

"Nous reconnaissons que c'est dur pour les exploitants de la filière, mais il le fallait pour empêcher la propagation de l'épizootie, et surtout pour protéger la santé humaine", explique Dr Sambo, craignant que la volaille infectée ne transmette la maladie à l'homme au cours du transport. Pour faire face à l'épizootie, le gouvernement nigérien a élaboré un plan d'urgence étalé sur 12 mois, qui prévoit notamment la destruction systématique des volailles des foyers infectés et de celles des alentours dans un rayon de trois kilomètres ainsi que l'indemnisation des propriétaires.

"Ce plan d'urgence est chiffré par le comité interministériel à 13 milliards de FCFA (environ 24,5 millions de dollars) à rechercher auprès des donateurs dont six milliards (11,3 millions de dollars) pour le volet dédommagement", affirme Dr Sambo. Il a également annoncé l'élaboration d'un plan stratégique national qui s'étalera sur une période de trois à cinq ans. En attendant la mobilisation des fonds, le gouvernement fédéral du Nigeria a fait don au Niger de 1.000 équipements complets composés de combinaisons de protection, de bottes, de gants, de masques, de produits de désinfection et de pulvérisateurs à pression, le 4 mars, pour parer au plus pressé. "Le dispositif pour la destruction et l'incinération de la volaille est déjà en place dans les deux foyers contaminés, et des agents sont en train d'être formés sur place par cinq formateurs nigérians", déclare Dr Sambo à IPS.

Selon l'OMSA, environ 20.000 volailles seront détruites dans les deux foyers contaminés.