NAIROBI, 9 mars (IPS) – L'histoire de Monica Amolo est celle de l'endurance et de la détermination : elle a l'intention de se faire élire au parlement, sans se soucier de l'intimidation qu'elle a connue en cours de route.
Depuis qu'elle a tenté de briguer un siège législatif dans l'ouest du Kenya il a quatre ans, a déclaré Amolo à IPS, elle a été confrontée à plusieurs formes de harcèlement, allant du fait de s'entendre dire que la place d'une femme est à la cuisine, en passant par les accusations selon lesquelles elle est une prostituée — jusqu'à la violence physique, et même à des menaces de mort.
Les autorités, a-t-elle ajouté, ne font pas assez pour veiller à ce que les femmes puissent rivaliser de façon égale avec les hommes pour être nommées à des postes gouvernementaux au niveau local ou national.
"Les processus politiques se soucient peu d'inclure des femmes à des postes de prise de décision à tous les niveaux, que ce soit national ou à la base. Le gouvernement, qui est signataire des initiatives visant à améliorer le statut des femmes, n'a pas la bonne volonté de faire cela", a indiqué Amolo.
Des récits tels que ceux-ci avaient une importance particulière mercredi (8 mars), au moment où des événements se déroulent dans le monde entier autour du thème "Les femmes dans la prise de décisions", pour commémorer la Journée internationale des femmes.
Faith Musoga, chargée de projet à 'Gender Sensitive Initiatives', une organisation qui encourage l'égalité entre les hommes et les femmes, dit que la culture joue un rôle central en empêchant les femmes d'occuper des postes d'autorité.
"Des stéréotypes culturels comme 'une femme appartient à la cuisine', sont toujours très considérés", affirme-t-elle. "Même si la situation a l'air de changer actuellement, nous avons encore beaucoup de chemin à faire.
Amener les communautés à accepter que certaines cultures sont rétrogrades est très difficile".
Dans certains cas, les coutumes et croyances traditionnelles constituent non seulement des défis à l'égalité de genre — elles menacent également la vie des femmes.
Prenez le lévirat.
Cette pratique exige qu'une femme ayant perdu nouvellement son mari soit purifiée de l'esprit de son mari à travers des relations sexuelles avec un des parents du défunt — qui lui apporte alors son soutien — malgré le risque de transmission du VIH.
La coutume s'est développée comme une manière de s'assurer que des veuves et leurs enfants sont pris en charge après la mort d'un époux, et de garder les biens de la famille au sein d'un clan précis. Ceci est largement observé dans l'ouest du Kenya. Selon le Programme pour la réhabilitation des femmes et enfants en difficultés socio-économiques, donner aux femmes une indépendance financière aide à s'attaquer au phénomène du lévirat — puisque cela libère les femmes de la nécessité de chercher une assistance auprès des parents des maris défunts.
Consciente de cela, l'organisation a initié diverses activités génératrices de revenus dans la région de Ndhiwa dans l'ouest du Kenya, où elle se focalise sur l'amélioration de la situation économique des femmes rurales.
En s'attaquant aux obstacles auxquels sont confrontées les femmes pour être nommées à des postes de prise de décision, le Kenya va également prendre des dispositions pour atteindre le troisième Objectif du millénaire pour le développement (OMD) : promouvoir l'égalité de genre et donner le pouvoir aux femmes.
Au total, huit OMD ont été convenus par des dirigeants de la planète au cours du Sommet du Millénaire tenu à New York il y a six ans. Les objectifs visent également à mettre fin à la faim et à l'extrême pauvreté, à réaliser l'éducation primaire universelle, à réduire la mortalité infantile et maternelle, et à améliorer les soins apportés aux jeunes mères.
Par ailleurs, ils se focalisent sur la lutte contre les maladies qui ébranlent particulièrement les nations pauvres, pour assurer un environnement durable, et développer des partenariats internationaux pour s'attaquer aux principaux obstacles au développement, comme les règles inéquitables sur le commerce mondial. Le délai de réalisation des OMD est 2015.
Les activistes des droits des femmes au Kenya estiment que les initiatives de discrimination positive pourraient contribuer à mettre fin à l'inégalité de genre, et permettre aux femmes d'avoir voix au chapitre dans les affaires du pays — en particulier dans la sphère politique.
Mais, très peu de progrès ont été réalisés sur ce front ces dernières années : un projet de loi sur les mesures de discrimination positive introduit au parlement depuis 2000 est encore en souffrance.
En prélude au sommet de l'ONU, l'année dernière, visant à évaluer si oui ou non les pays faisaient suffisamment de progrès en vue de la réalisation des OMD, Anyang Nyong'o, alors ministre de la Planification et du Développement national, avait admis que son gouvernement était confronté à d'énormes défis dans la réalisation du troisième OMD.
Face à cette information déprimante, Amolo n'est nullement découragée.
Bien qu'elle n'ait pas réussi à faire inscrire son nom sur un bulletin de vote pendant l'élection législative de 2002, elle envisage de se présenter pour la prochaine élection en 2007. Ceux qui insistaient pour que Amolo reste à la cuisine pourraient finalement être contraints de traiter avec elle dans un lieu différent : le parlement.

