JOURNEE INT'LE DES FEMMES: Elles prennent d'assaut tous les secteurs auBurkina et ailleurs

OUAGADOUGOU, 7 mars (IPS) – Depuis deux décennies, les femmes du Burkina Faso sont de plus en plus présentes dans le domaine des affaires avec plus ou moins de réussite.

L'engagement des femmes burkinabé dans les affaires et leur détermination à y réussir correspondent bien au thème de la commémoration, le 8 mars cette année, de la Journée internationale des femmes, décrétée par les Nations Unies : "Les femmes dans les prises de décision : relever des défis, insuffler des changements".

"Cette percée féminine dans le monde des affaires, tout comme dans le domaine politique, s'explique par les effets bénéfiques de l'accès à l'éducation, et l'influence du modèle occidental", a déclaré à IPS, Fatimata Coulibaly, une sociologue basée à Ouagaddougou, la capitale du Burkina Faso.

Autrefois présentes particulièrement dans les secteurs de l'agriculture, la culture maraîchère, la production alimentaire, artisanale, les femmes aspirent désormais à jouer dans la cour des hommes.

Organisées en groupements ou individuellement, les femmes d'affaires partent aujourd'hui à la recherche de toutes les opportunités. On les retrouve dans presque tous les secteurs économiques, du bâtiment à l'huilerie, en passant par l'import-export.

L'aura et le savoir-faire de certaines d'entre elles ont dépassé les frontières nationales et les ont imposées comme des partenaires incontournables pour bien d'investisseurs étrangers.

Alizéta Ouédraogo, la cinquantaine, est la présidente directrice générale du groupe Tan-Aliz, une entreprise spécialisée dans le travail des peaux et cuirs, qu'elle a créée en 1995, avec un investissement d'environ 32 millions de dollars, étalé sur six ans, avec l'appui des banques locales. Mais elle est partie d'une petite unité industrielle, les 'Etablissements Ouédraogo Alizéta", qu'elle avait créée en 1986 et qui travaillait déjà sur des peaux et cuirs. Et quand en 1991, sous la pression des institutions de Bretton Woods, le Burkina s'est engagé dans un vaste programme de privatisation, Alizéta a racheté coup sur coup la Société burkinabé de manufacture et de cuirs, et la Société burkinabé des cuirs et peaux. Son groupe est considéré aujourd'hui comme "l'une des plus importantes entreprises de tannerie en Afrique de l'ouest", selon la Chambre de commerce, de l'industrie et de l'artisanat du Burkina Faso (CCIA-BF). L'entreprise est rentable car c'est un secteur exclusivement tourné vers l'extérieur, avec un chiffre d'affaires d'environ 12,9 millions de dollars en 2004, selon la CCIA-BF. Tan-Aliz emploie près de 210 personnes, sans compter quelque 200 collaborateurs occasionnels qui lui rapportent les peaux d'animaux de l'intérieur du pays.

Le groupe exporte des peaux déjà tannées et revend au Burkina des produits en cuir fabriqués par ses partenaires européens et asiatiques, notamment.

Alizéta, qui est également vice-présidente de la CCIA-BF, est actuellement l'une des plus grosses fortunes du pays. "Je voyage beaucoup en Asie, en Europe et en Amérique à la conquête des marchés ou pour rencontrer mes partenaires", confie-t-elle à IPS, mais elle parle très peu à la presse. Les cuirs et peaux représentent 4,9 pour cent du volume des produits burkinabé exportés, selon le ministère du Commerce.

Mais Alizéta ne s'est pas seulement limitée au cuir car à la fin de 1997, elle a décidé de se lancer dans l'immobilier en créant 'Azimmo', la première société immobilière privée du Burkina Faso.

Lorsque le gouvernement burkinabé a opté pour la privatisation de la Société de construction et de gestion immobilière du Burkina, en 2001, Alizéta, qui est proche du pouvoir et un chef d'entreprise dynamique et bon gestionnaire, est désignée comme adjudicataire pour un montant de quelque 3,2 millions de dollars.

Avec un chiffre d'affaires de 5,6 millions de dollars en 2004, Azimmo est une entreprise rentable grâce à une demande forte dans le secteur. La société dispose de six grandes cités d'habitation à Ouagadougou. La société est l'un des actionnaires de la Banque de l'habitat, qui sera ouverte en mai prochain. Ce qui prouve que le secteur est en croissance, explique un économiste à IPS.

Pour sa part, Henriette Kaboré, directrice générale de Bâtiments-travaux-publics-maintenance (BTM), est l'une des rares femmes au sommet dans ce secteur de construction au Burkina Faso. Son entreprise a réalisé d'importants bâtiments, comme les sièges de l'Office national de l'eau et de l'assainissement, en 2005, de la Banque commerciale du Burkina en 2003, et deux amphithéâtres à l'Université de Ouagadougou, la même année.

Kaboré a encore remporté l'avis d'appel d'offres international pour la construction d'un poste de contrôle juxtaposé à la frontière du Burkina et du Togo. Edifié sur sept hectares, ce chef-d'œuvre architectural de 7,5 millions de dollars, qui sera complètement achevé en fin avril 2006, renforce davantage la crédibilité de BTM.

Un employé sur les chantiers de Kaboré, qui a requis l'anonymat, a confié à IPS, que "La patronne n'est jamais satisfaite. Elle pense toujours qu'on peut faire mieux! Sa rigueur nous amène à nous surpasser".

Elle a été distinguée en décembre 2005, à Genève, par le Prix du Conseil de la fondation pour l'excellence dans la pratique des affaires. Kaboré est également membre consulaire de la CCIA-BF et du Club des hommes d'affaires franco-burkinabé.

De son Côté, Simone Zoundi, a fait de l'agroalimentaire son domaine de prédilection. La Société de produits alimentaires (SODEPAL), qu'elle a fondée en 1992, est vite devenue une référence. La SODEPAL, qui bénéficie du partenariat avec Nutriset (France), participe toujours aux grandes rencontres nationales et internationales dans le domaine.

Ses produits fabriqués à base de céréales locales sont commercialisés au Burkina Faso et à l'étranger. "SODEPAL a donné la preuve que nous pouvons valoriser nos produits locaux. C'est une question de choix politique et d'efficaces mesures d'accompagnement", explique à IPS, Moussa Ouédraogo, un économiste.

"On n'a rien à reprocher à la qualité nutritionnelle des produits SODEPAL, seulement, les Burkinabé ont un complexe. Ils préfèrent ce qui vient de loin, même si la qualité n'est pas avérée", indique à IPS, Moctar Zougnooma, un nutritionniste.

Simone Zoundi, 60 ans environ, est la cheville ouvrière et membre fondatrice de la Fédération des industries agroalimentaires du Burkina Faso. Elle a été membre fondatrice de l'Association des femmes chefs d'entreprise, fondatrice et présidente de l'Union africaine des femmes managers. Le Burkina a inauguré depuis 2003 des Journées économiques en direction des investisseurs. C'était en France et en Suisse, en 2004; le Canada et la Malaisie, en 2005. A chacune de ses missions, les femmes d'affaires n'ont pas été oubliées puisqu'elles étaient, selon la CCIAB-BF, une dizaine parmi la cinquantaine d'entrepreneurs burkinabé ayant effectué chacun de ces voyages.

L'admission du Burkina Faso, en décembre 2004, à la Loi sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique (AGOA) des Etats-Unis, encouragera probablement des femmes opérant dans le textile, comme Sata Taminini qui, depuis deux ans, parcourt les foires à la recherche de partenaires, estime Ouédraogo.

Ouvert en avril 2004, le Centre financier pour les entreprises de Ouagadougou, qui contribue à la lutte contre la pauvreté, a octroyé, au cours de sa première année d'activités, environ 1,9 million de dollars de crédits, dont 29 pour cent destinés à des femmes chefs d'entreprise.