CAMEROUN: Le ''contrat-ville'', un espoir pour le développement urbain?

YAOUNDE, 8 mars (IPS) – Dans plusieurs villes du Cameroun, sont en cours de réalisation divers chantiers d'embellissement et des travaux d'équipements collectifs pour donner un nouveau visage aux cités jadis désuètes de ce pays d'Afrique centrale.

Parmi ces travaux, figurent la construction des caniveaux, l'aménagement des espaces verts, le bitumage des voies urbaines, l'édification des aires de jeux et des maisons ou centres d'encadrement et de préparation à la réinsertion sociale des jeunes, ainsi que la réhabilitation des réseaux électriques et d'adduction d'eau.

“Les travaux actuels visent à accélérer le développement urbain de nos villes, en offrant aux habitants des commodités de sécurité et de bien-être, et un cadre de rêve”, a expliqué à IPS, Etienne Kamgang, architecte en service au ministère du Développement urbain et de l'Habitat.

“Ce sont des objectifs assignés à notre ministère lors de sa création en décembre 2004, et que le gouvernement n'avait pu réaliser jusqu'ici à cause de la récession économique”, a-t-il ajouté.

La crise économique a sévi au Cameroun de 1987 à 1997. Elle était consécutive à la chute du cours des principaux produits d'exportation du pays que sont le coton, le café et le cacao.

Mais, le Cameroun a signé, le 13 janvier, avec la mairie urbaine de la ville de Nantes (France), une convention cadre appelée le "contrat-ville" qui la lie à l'Association des maires des villes et communes unies du Cameroun — une association à but non lucratif — et à l'Ecole nationale supérieure polytechnique.

Selon les termes de cette convention, le contrat-ville est un projet de coopération décentralisée. Il devrait permettre d'accroître l'efficacité des interventions publiques et d'améliorer les conditions de vie des populations en milieu urbain, en engageant, de façon concertée, les différents acteurs que sont l'Etat, les collectivités territoriales décentralisées et la société civile.

“Ce processus est une méthodologie participative à l'opposé du processus traditionnel (centralisé) qui est directif”, a indiqué Kamgang. “Il sera le moteur de l'urbanisation et il vise à faciliter l'appropriation, par les populations, du développement de leur cité”.

En ce moment, le contrat-ville est en cours d'exécution dans les villes de Maroua dans l'extrême nord du Cameroun, Limbé dans le sud-ouest, et Dschang dans l'ouest.

Grâce à ce contrat, Dschang a démarré depuis peu un projet d'aménagement touristique et culturel de son lac municipal d'une superficie d'environ 40 hectares, estimé à environ 15,6 millions de dollars, selon la mairie de la ville. Pendant ce temps, à Maroua et Limbé, des travaux de construction de caniveaux et de bitumage de nouvelles artères sont en cours d'exécution.

Mais le montant du financement de ces travaux n'est pas encore rendu public.

“Nantes va apporter son savoir-faire en matière de développement urbain, et accompagner les municipalités camerounaises déjà engagées, dans une réflexion de planification du développement de leur localité”, explique à IPS, Caroline Monthé, administrateur civil au ministère de l'Administration territoriale et de la Décentralisation (MINATD).

Un autre haut fonctionnaire du MINATD, qui a requis l'anonymat, a renchéri : “Le contrat-ville vient ainsi en appui à la décentralisation inscrite dans la constitution du 18 janvier 1996, mais qui, pour des raisons inexpliquées, est restée jusqu'ici inappliquée”. Les programmes de développement des villes étaient décidés en général par le pouvoir central, depuis Yaoundé, la capitale du Cameroun.

Selon lui, le contrat-ville “va permettre aux mairies d'acquérir un nouveau pouvoir de décision qui leur permettra de devenir plus puissantes qu'elles ne le sont aujourd'hui”.

“Nous espérons qu'avec le contrat-ville, nos villes auront l'allure de véritables cités où habiter deviendrait un plaisir”, a indiqué à IPS, Béatrice Mandeng, une assistante de bureau au MINATD. Selon elle, beaucoup de choses manquent actuellement dans nos villes, notamment les installations sanitaires, l'éclairage public et des voies bitumées.

Joseph Ndongmo, conseiller municipal à la mairie de Dschang, joint au téléphone par IPS, a déclaré : "Avec le contrat-ville, nos populations devront pouvoir se prendre en charge". Il a ajouté que "son introduction dans notre environnement institutionnel est d'une grande importance et est assez opportune" parce que selon lui, la construction de nouvelles infrastructures peut générer des ressources additionnelles pour les mairies. "C'est un merveilleux moyen de lutte contre la pauvreté".

Par exemple, le contrat-ville va accélérer les transports urbains, renforcer l'écotourisme et la réalisation d'un environnement local durable, favoriser une mise en valeur des ressources naturelles et une amélioration des conditions de vie au quotidien des populations, explique-t-il. En outre, le plan urbanistique prévoit la création d'un pôle d'activités commerciales dans ces villes.

Par ailleurs, les autorités municipales espèrent que le contrat-ville permettra de concilier la réalisation des objectifs contenus dans le Document stratégique de réduction de la pauvreté. Il s'agit du renforcement du rôle économique des villes par le biais des investissements pour les infrastructures primaires et réseaux structurels, de l'amélioration des conditions de vie des populations pauvres en leur assurant un accès aux services essentiels de base, comme l'adduction d'eau potable, les routes bitumées.

Pour l'instant, les fonds nécessaires du contrat-ville proviennent, d'une part, de la mairie de Nantes qui appuie les projets, mais également du Budget d'investissement public, du Fonds routier et du Fonds spécial d'équipement et d'intervention intercommunale du Cameroun.

Le gouvernement attend, d'ici à juin prochain, l'approbation, par le Fonds monétaire international, de son programme de redressement économique, et qui lui ouvrirait l'accès à d'importantes nouveaux financements de l'initiative de réduction de la dette en faveur des pays pauvres très endettés.

Le calendrier du contrat-ville prévoit également un volet sur la formation, à l'Ecole polytechnique de Yaoundé, aux métiers urbains. Ce programme vise à doter les municipalités camerounaises de ressources humaines techniques de qualité.

“Il y a une impérieuse nécessité de renforcer les capacités techniques et professionnelles des collectivités territoriales décentralisées et qui font cruellement défaut aujourd'hui”, a déclaré à IPS, Jules Abanda, conseiller municipal à Yaoundé.

Selon le ministère du Développement urbain et de l'Habitat, les domaines nécessitant ce renforcement de capacités techniques et professionnelles sont l'urbanisme, la gestion de l'eau et des déchets, ainsi que la maîtrise du système d'informations sur l'environnement.