DEVELOPPEMENT-RWANDA: Le projet d'urbanisation de Kigali a du mal àprendre son envol

KIGALI, 2 mars (IPS) – Un projet d'urbanisation de la ville de Kigali, initié par les autorités rwandaises au lendemain du génocide de 1994, tarde à se concrétiser faute de moyens financiers, mais également à cause des résistances des populations.

Pourtant, l'objectif de ce projet était de faire face au retour inattendu de quelque trois millions de réfugiés rwandais. Kigali, la capitale rwandaise, fondée en 1907 par des explorateurs allemands, a vu sa population quadrupler entre 1991 et 2002. La ville compte aujourd'hui plus de 800.000 habitants, selon des sources officielles. Le retour massif des réfugiés a créé un problème de logement et un grand désordre dans Kigali avec la multiplication des habitations précaires. Les autorités gouvernementales et municipales ont alors élaboré un nouveau plan de lotissement de la ville. Dénommé le "Plan d'aménagement urbain de la ville de Kigali", il a été lancé depuis mars 2001 après la nouvelle restructuration des limites de la ville. C'est un projet à long terme qui s'étendra jusqu'en 2020. "Ce plan fixe les normes de construction des nouvelles infrastructures dans la capitale rwandaise", confie à IPS, Fidèle Ndayisaba, secrétaire exécutif de la mairie de Kigali, chargé de l'expropriation et de l'attribution des parcelles urbaines. Les travaux comprennent la réalisation de nouveaux lotissements et l'attribution de parcelles à caractère résidentiel, commercial, social et touristique nouvellement incorporés au périmètre urbain. Ils prévoient également la réalisation de routes et ponts ainsi que des canalisations pour les eaux de pluies et eaux usées. "L'autre objectif du projet est de limiter l'afflux du trafic automobile dans la capitale rwandaise afin de créer une nouvelle ville pour les piétons uniquement", explique à IPS, Théoneste Mutsindashyaka, un ancien maire de Kigali. Le projet comporte, par exemple, la création d'un lac artificiel dans le marais de Nyabugogo, à la porte sud de Kigali, et la construction d'un grand immeuble de quatre niveaux en plein centre de la capitale. Ce bâtiment comprendra un grand parking souterrain de 100 véhicules légers, ainsi que des supermarchés et des vidéothèques de haut standing, rapporte Ndayisaba à IPS. "Nous voulons imiter le développement des métropoles occidentales comme Chicago et Rome", plaisante-t-il. Il se dit néanmoins persuadé que l'implication et le concours de véritables promoteurs de l'immobilier les aideront à relever ce défi. Le coût estimatif de tout le plan est de 1,428 milliard de dollars, selon Ndayisaba qui indique que plusieurs promoteurs associés interviennent dans la réalisation du projet avec des sources de financement variées. L'exécution des travaux se fera progressivement suivant les moyens acquis par la mairie de Kigali, chargée de mobiliser progressivement les ressources financières aussi bien auprès du gouvernement que des bailleurs étrangers, dont l'Union européenne, explique-t-il à IPS. Par exemple, dans le cadre de la mobilisation des promoteurs privés de l'immobilier, la ville de Kigali a facilité le développement des sites de maisons de moyen standing dans les quatre quartiers de la périphérie de la capitale. De même, un autre projet pilote de maisons de bas standing est en cours d'exécution sous la supervision et le financement d'un Institut des sciences et de technologie, basé à Kigali. Son coût total est estimé à environ 506.000 dollars. Par ailleurs, pour générer beaucoup de ressources, la mairie de Kigali a aménagé des parcelles de haut standing sur l'un de ses sites périphériques où les frais d'acquisition d'une seule parcelle reviennent à quelque 6.000 dollars. "La viabilisation des nouveaux quartiers est un processus qui doit être minutieusement mené suivant des plans de lotissement bien élaborés", déclare Ndayisaba. Pour répondre à ce besoin pressant, l'ex-maire de Kigali, Mutsindashyaka, a proposé de démanteler toutes les infrastructures installées en désordre qui, selon lui, ne répondent pas aux normes de la capitale. Ce qui a commencé à se faire. Cette action de démantèlement des habitations précaires n'est pas du goût des populations "autochtones" de Kigali installées dans la ville depuis l'époque coloniale pour certains, et depuis l'accession du Rwanda à l'indépendance en 1962, pour d'autres. Le projet comporte également un important volet d'assainissement de la ville pour trouver une alternative aux problèmes des "autochtones" de Kigali qui, après l'expropriation de leur propriété, manquent de logement en rapport avec les moyens dont ils disposent. Les gens sont délogés de chez eux, mais ne sont pas relogés par la ville.

C'est ainsi que les populations "autochtones", démunies pour la plupart, ont été contraintes de quitter la ville. Mais elles ont reçu des dédommagements afin d'aller se construire des maisons ailleurs, en dehors de la ville. "Au lieu de les laisser déambuler inutilement dans la capitale, il fallait attribuer une autre demeure à ces familles expropriées incapables de se construire les maisons décentes exigées par la ville", dénonce Angeline Kayitesi, étudiante à la Faculté des sciences sociales dans une université libre de Kigali. C'est dans cette perspective que le gouvernement rwandais a créé une banque de l'habitat chargée d'octroyer des crédits-logement aux fonctionnaires et aux employés du secteur privé. Environ quatre millions de dollars ont été investis dans la promotion de l'immobilier au Rwanda, indique le directeur général de la Banque de l'habitat du Rwanda (BHR), Pipien Hakizabera. Selon lui, depuis le génocide de 1994, quelque 200 personnes ont bénéficié de ces crédits-logement.. "Ce nombre devrait augmenter cette année 2006, car notre seule ambition est de doubler le chiffre d'affaires de la BHR estimé cette année à un milliard et demi de francs rwandais (environ trois millions de dollars)", a déclaré Hakizabera à IPS. Bernard Kabale, un activiste des droits de l'Homme à Kigali, déplore, toutefois, le désordre observé dans l'attribution des terrains car selon lui, les autorités municipales attribuent parfois une seule parcelle à plusieurs individus.