PORT-LOUIS, 22 fév (IPS) – L'Ile Maurice peut être l'une des destinations les plus paradisiaques au monde, mais sur le plan agricole, elle n'est pas autosuffisante. En conséquence, le gouvernement de l'île et les agriculteurs ont commencé par regarder vers l'ouest -vers l'île voisine de Madagascar, beaucoup plus grande.
Pour l'administration malgache, ceci promet un accroissement de l'investissement.
"L'Ile Maurice a la technologie et le savoir-faire; nous avons la terre et la main-d'œuvre. Il y a des opportunités à saisir ici", a déclaré le ministre malgache de l'Agriculture et de la Pêche, Harison Edmond Randriarimanana, pendant des discussions avec une délégation d'investisseurs mauriciens qui ont visité Madagascar le mois dernier.
Alors que l'Ile Maurice est à peu près 300 fois plus petite que Madagascar, son produit intérieur brut (PIB) a dépassé, l'année dernière, celui de l'île plus grande. Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le PIB de Maurice pour 2005 s'élevait à 4,2 milliards de dollars, contre 3,7 milliards de dollars pour Madagascar.
La délégation, forte de 30 membres, était conduite par le ministre mauricien de l'Agro-industrie et des Pêches Arvin Boolell, en coopération avec la FAO, pour explorer des opportunités à Madagascar et identifier d'éventuels obstacles au commerce.
La mission d'inspection a fait suite à une visite à Maurice, en novembre dernier, du président malgache Marc Ravalomanana, qui a invité les entrepreneurs de l'île à développer les secteurs agricoles et assimilés à Madagascar. Un programme de mesures incitatives, au nombre desquelles des réductions fiscales, a été mis au point pour attirer des investisseurs.
"Il n'y a plus de terre disponible à Maurice pour cultiver des denrées alimentaires", a déclaré Boolell à IPS.
"Si nous ne saisissons pas de telles opportunités pour investir à Madagascar, d'autres le feront et nous perdrons nos chances", a-t-il souligné. Alors que Maurice produit du sucre et certains fruits et légumes, elle doit importer le gros de ses vivres à coût de millions de dollars par an.
Selon Boolell, il y a des opportunités pour cultiver des produits à Madagascar — à quelque 800 kilomètres — pour élever du bétail et produire du lait. Certains types de fruits, comme les litchis, pourraient également être exportés vers l'Europe.
Toutefois, l'intérêt pour Madagascar va au-delà de la nécessité d'une production alimentaire accrue. La hausse du prix du pétrole fait partie des facteurs qui font qu'il est peu pratique pour Maurice d'importer des vivres de très loin. La compétition accrue dans le commerce du textile après la suppression des quotas mondiaux au début de l'année dernière a également ébranlé sérieusement le secteur textile de l'île, un pourvoyeur clé de devises étrangères utilisées pour acheter des vivres.
Shreedanand Cullychurn, un entrepreneur mauricien, exporte déjà des fruits et légumes de Maurice et Madagascar vers l'Europe à travers sa société, MFL Exports — basée conjointement dans le port malgache de Tamatave, dans le nord-ouest, et L'Espérance Trébuchet, dans le nord de Maurice.
"Lorsque j'étais allé pour la première fois à Madagascar en 1998, j'étais étonné de voir de grandes quantités de fruits comme des litchis, des citrons (et) des haricots verts qu'on laissait pourrir par terre", a déclaré Cullychurn, qui fait partie de la délégation conduite par Boolell.
"Trois mois plus tard, j'ai exporté mes 10 premières tonnes de litchis vers l'Europe, et en 2005, le volume est passé à 250 tonnes".
Cullychurn espère exporter beaucoup plus de fruits cette année, non seulement vers l'Europe, mais également vers Maurice.
Son enthousiasme pour la culture de la terre à Madagascar est repris en écho par la société Manoj Goonniah de BestFarms Limited, située à Vacoas, dans le centre de Maurice. "Il y a beaucoup de terres disponibles, tandis qu'on voit rarement des insectes et des plantes nuisibles. Donc, les pesticides et les insecticides sont utilisés au minimum, contrairement à Maurice", affirme-t-il.
Mais, les fermiers malgaches accueillent-ils favorablement la perspective d'une présence mauricienne accrue sur leur île, même si cela apporte un investissement supplémentaire? "Si notre gouvernement leur a demandé de venir dans notre pays, c'est en raison de leur savoir-faire et de leur technologie dans la transformation des produits alimentaires. Jusqu'ici, nous avons appris beaucoup d'eux sur la production commerciale et le marketing, et sur comment devenir des professionnels dans le domaine de l'agriculture", a déclaré l'un des fermiers dans un entretien avec IPS.
Mais, ce n'est pas toujours aussi facile.
Lorsque Cullychurn est arrivé à Madagascar, il a reçu un accueil glacial de la part des habitants. "(Ils) pensaient que j'étais arrivé pour profiter de leurs ressources", souligne-t-il. La situation s'est améliorée lorsqu'il a commencé par fréquenter les gens du pays.
"En tant qu'étranger, l'on devrait apprendre comment livre et se comporter dans un pays étranger. L'on ne devrait pas seulement regarder vers les avantages financiers", explique Cullychurn.
Les voies en mauvais état, l'insuffisance des moyens de transport ainsi que des services douaniers et portuaires peu performants font partie des facteurs qui pourraient toutefois dissuader les Mauriciens d'investir dans l'île voisine. Plus important peut-être encore, ce sont les normes d'hygiène à Madagascar qui ne répondent pas nécessairement aux exigences des marchés européens et mauriciens.
Toutefois, avec des cours mondiaux de pétrole ne donnant aucun signe de vouloir baisser considérablement d'un moment à l'autre, l'argument en faveur d'un commerce régional accru est un argument solide — et 2006 pourrait bien voir la coopération entre Maurice et Madagascar atteindre son plus haut niveau.

