DEVELOPPEMENT: La terre sud-africaine pour les Sud-Africains?

JOHANNESBURG, 21 fév (IPS) – Un groupe de travail composé de 10 membres a exhorté le gouvernement d'Afrique du Sud à empêcher les étrangers de vendre ou d'acheter temporairement des terres dans le pays.

"Nous recommandons qu'un moratoire soit imposé, avec effet immédiat, sur l'achat et la vente des terres sud-africaines à des non nationaux comme une mesure provisoire jusqu'à ce qu'une loi appropriée soit promulguée", a déclaré récemment aux journalistes, Joe Matthews, vice-président du panel, dans la capitale sud-africaine, Pretoria. Le groupe de travail a été mis en place par le ministre de l'Agriculture et des Affaires agraires, Thoko Didiza en 2004.

L'interdiction devrait s'appliquer à tous les types de terre, y compris les fermes, les terrains de golf et les réserves naturelles.

"Nous examinerons la recommandation, nous la présenterons au gouvernement et nous ferons connaître notre opinion plus tard", a dit Didiza aux journalistes après avoir reçu une copie du rapport préliminaire du panel, à Pretoria. "Le rapport nous aidera à avoir un meilleur débat sur la question, prochainement".

La décision du groupe semble avoir été influencée, en partie, par le sort des personnes sans terre — dont un certain nombre ont été dépossédées de leur propriété sous l'apartheid. A son arrivée au pouvoir en 1994, le premier gouvernement démocratique d'Afrique du Sud a promis de transférer 30 pour cent des terres appartenant aux Blancs aux Noirs dans une période de cinq ans. Mais 11 ans plus tard, deux pour cent seulement ont été transférés.

"Il reste une opinion publique et une impression fortes et croissantes selon lesquelles beaucoup plus de choses doivent être faites etàà un rythme beaucoup plus rapide", a déclaré Matthews.

"Il y également une opinion publique et une perception très fortes d'après lesquelles, comme cela a été manifeste dans les auditions publiques convoquées par le panel, une possession de terres non réglementéeàpar des étrangers contribue considérablement au manque de terres disponibles et bon marché pour la réforme agraire".

Au cours d'un discours prononcé plus tôt ce mois-ci, le président Thabo Mbeki a été applaudi par des sympathisants lorsqu'il a déclaré que la question de la possession et de l'utilisation des terres par des étrangers en Afrique du Sud serait réglée par son gouvernement.

Toutefois, le niveau exact de la possession de terres par des étrangers en Afrique du Sud est inconnu à l'heure actuelle, quelque chose qui, selon Matthews, doit être examiné : "Vous ne pouvez pas avoir une situation où le gouvernement ne sait pas qui possède des terres en Afrique du Sud".

La ville côtière du Cap est reconnue comme étant populaire au sein des étrangers. Selon l'Institut des agents immobiliers d'Afrique du Sud, la vente de maisons aux étrangers au Cap faisait en moyenne six à sept pour cent des ventes totales entre 1999 et 2004.

A l'exception des zones de premier plan du front de mer dans la province du Cap occidental (où est situé Le Cap), et dans la province du KwaZulu-Natal, dans le sud-est, les ventes de propriétés résidentielles aux ressortissants étrangers représentent moins d'un pour cent des ventes totales, note l'institut.

Il y a également une incertitude au sujet de la manière dont la possession de terres par des étrangers en Afrique du Sud affecte le pays.

"Aucune analyse économique n'est encore disponible sur l'impact de la possession de terres par des étrangers sur le marché immobilier et sur l'investissement étranger direct (IED) ou sur la confiance des investisseurs", souligne le rapport du panel, intitulé 'Compte rendu de la commission d'experts sur l'élaboration de politiques en matière de régulation de possession de terres par des étrangers (non nationaux) en Afrique du Sud'.

La terre est une question qui déchaîne les passions dans différentes parties d'Afrique australe. Le président Robert Mugabe du Zimbabwe a saisi les terres de plus de 4.000 fermiers blancs pour les redistribuer à des Noirs sans terre depuis 2000. Certains ont affirmé que cette initiative avait toutefois plus à voir avec de l'opportunisme politique qu'avec la nécessité de corriger des mécanismes injustes de possession de terres hérités de la période coloniale.

Les évènements au Zimbabwe ont suscité des craintes de saisies de terres similaires en Afrique du Sud.

"Je ne pense pas que l'Afrique du Sud suivra l'exemple du Zimbabwe. Notre réforme agraire sera transparente et s'en tiendra à la constitution", a déclaré à IPS, Bonile Jack, un membre de la commission.

Toutefois, la constitution de l'Afrique du Sud ne permet pas à Didiza de procéder à la saisie d'une terre s'il y a une impasse dans les négociations pour son acquisition en vue de la redistribution. Dans pareils cas, le gouvernement est autorisé à payer aux fermiers un montant jugé raisonnable pour leur propriété.

Jusqu'ici, un seul fermier est allé au tribunal à cet égard, pour contester la décision prise par le ministère de l'Agriculture et des Affaires agraires l'année dernière de procéder à la saisie de sa propriété, dans la province du Nord-Ouest.