KINSHASA, 31 jan (IPS) – Dans la province du nord Kivu, les populations ne dorment plus que d'un œil. Près de six localités du territoire de Rutshuru, frontalier avec le Rwanda, ont été investies la semaine dernière par des militaires congolais, dissidents des Forces armées de la RDC (FARDC).
Ces dissidents ont, non seulement, la particularité d'être réfractaires à la politique de brassage et d'intégration de l'armée, mais ils se singularisent également par le fait d'être sous les ordres du général Laurent Nkunda. Le général Nkunda est un officier de l'ex-RCD Goma (Rassemblement congolais pour la démocratie) qui, en juin 2004, a investi la ville de Bukavu sous prétexte de prêter main forte à la communauté banyamulenge en danger d'extermination. Déchu de son grade par le président de la République, Joseph Kabila, en raison des événements de Bukavu, et sous mandat d'arrêt international, Nkunda est, depuis lors, entré en clandestinité. En fait de clandestinité, il est de notoriété publique que NKunda vit à Kitchanga, une localité située à 80 km au nord-ouest de Goma, où il recrute des militaires de sa tribu, Tutsi, et les incite à la désobéissance contre l'état-major général à Kinshasa. De source militaire à Goma, on apprend que près de 600 militaires appartenant à la brigade de Sake, 30 km à l'ouest de la ville de Goma, ont abandonné leurs postes de combat pour rejoindre Nkunda dans le maquis alors qu'ils étaient supposés aller le combattre. "Ce ne sont pas les conditions idéales pour garantir une issue apaisée des élections", estime Masika Yalala, professeur d'université et analyste politique. Les craintes de Yalala sont partagées par bon nombre de Congolais et se justifient au regard des évènements en cours. Si l'insécurité dans la province orientale comme au Katanga, a principalement pour toile de fond l'exploitation des richesses minières au Nord-Kivu, les événements de Rutshuru, comme ceux de Bukavu et de Kanyabayonga, il y a une année, ont un soubassement essentiellement politique. Le parc de la Garamba, sur la frontière avec le Soudan, sert de sanctuaire à des groupes armés divers dont des braconniers de diverses nationalités, congolaise, soudanaise ou ougandaise. Des éléments rebelles de la LRA (Lord Resistance Army – Armée de résistance du Seigneur), opposés au gouvernement ougandais, y avaient également été signalés, il y a quelques mois, et y auraient trouvé refuge encore aujourd'hui. Les quartiers généraux des ex-rebelles sont restés autonomes vis-à-vis du gouvernement central de Kinshasa. La province minière du Katanga est toujours, dans sa partie nord, en proie à des affrontements entre l'armée loyaliste et des milices mai-mai locales. Dans la non moins minière province orientale, les milices du district de l'Ituri refusent de se laisser désarmer et continuent de tracasser les populations civiles. Le lundi 23 janvier dernier, sur la frontière avec le Soudan, huit éléments guatémaltèques de la Mission des Nations-Unies au Congo (MOMNUC), qui faisaient une patrouille de reconnaissance ont trouvé la mort au cours d'une attaque des milices de l'Ituri. On a également dénombré 15 tués chez les assaillants mais jusqu'ici, ni la MONUC, ni l'armée congolaise, n'ont pu dire avec précision qui sont les auteurs de l'embuscade. "Ce sont les conséquences d'une intégration mal appliquée de l'armée congolaise après la guerre et d'une mauvaise évaluation de l'issue de la guerre", estime le colonel José Ebenga, spécialiste en stratégies militaires. Des militaires, d'une ex-rébellion armée, qui refusent de s'intégrer dans une nouvelle armée républicaine ne constituent pas une garantie pour l'issue apaisée d'un processus de paix, estime-t-il. D'une manière générale, la politique d'intégration de l'armée n'a pas été une réussite. Même les unités dites intégrées ne le sont pas encore dans l'esprit. C'est-à-dire qu'à part les hommes qui ont été mis ensemble, il n'y a pas encore une unité d'esprit ni de conscience nationale. Certaines de ces unités refusent d'obéir aux ordres de l'Etat-major Général. En d'autres termes, les ex-seigneurs de guerre, malgré les nombreuses professions de foi sur leur engagement à réunifier les différentes composantes de l'armée, ont continué à entretenir leurs armées respectives dans l'esprit d'une possible reprise de la guerre.

