MAPUTO, 30 jan (IPS) – Parcourez de long en large le Mozambique, et il y a de fortes chances que vous entendiez toute une panoplie de différentes langues parlées : la langue officielle, le portugais, le shangana, l'elomwe et le cisena, pour ne citer que quelques-unes.
Même si ceci pourrait être culturellement intéressant, il constitue également pour les autorités sanitaires des défis lors de la planification des programmes de prévention du SIDA et des campagnes d'information. A quelles langues devrait-on accorder la préférence dans ces initiatives? Toutes les langues du Mozambique se prêtent-elles à une discussion ouverte sur le VIH — ou est-ce que certaines requièrent que le sujet soit abordé d'une façon beaucoup plus subtile? La linguiste Esmeralda Xavier est en train d'évaluer comment la langue est utilisée pour transmettre des messages sur le SIDA, et si les traductions entre les différentes langues sont sensibles aux nuances culturelles. En shangana par exemple — une langue parlée dans le sud — les gens utilisent des euphémismes en parlant de sexe. Au lieu de parler directement de rapports sexuels, ils parleraient plutôt "d'étendre la natte".
Xavier a constaté qu'une série de posters produits par la Fondation pour le développement communautaire, une organisation non gouvernementale, a suscité une réponse quelque peu négative de la part de son audience.
Les posters ont utilisé des phrases traduites du portugais dans la langue indigène, qui mettaient en exergue les risques que couraient des travailleurs des mines et des chauffeurs de camions, dont le style de vie itinérant fait d'eux des cibles particulièrement vulnérables au VIH.
Même si les messages étaient compris par ceux qui les ont lus, certains membres de la communauté ont dit que la campagne semblait également répartir la responsabilité de la pandémie.
"La communauté n'a pas été consultée suffisamment", a déclaré Xavier à IPS. Les travailleurs des mines lui ont dit qu'ils sentaient qu'ils étaient actuellement les seuls blâmés, même si leurs épouses de retour à la maison pourraient être en train de favoriser la propagation du SIDA en ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes.
Toutefois, dans l'ensemble, plus de choses méritent d'être louées que d'être critiquées, selon elle.
"Je suis impressionnée par le nombre de publications et de programmes radios qui sont diffusés dans des langues locales", a noté Xavier.
Plusieurs des posters et brochures sur la prévention du VIH/SIDA ont été traduits dans des langues locales. 'Vidas Positivas', une brochure sur des notions de la vie, publiée par la 'Soul City health campaign' (campagne sanitaire de la Soul City) en Afrique du Sud, est disponible dans trois langues locales.
Produire des matériaux d'information sur le SIDA sensibles aux besoins de la communauté est un défi dont le gouvernement et ses partenaires commencent par prendre de plus en plus conscience, affirme Elias Cossa, coordonnateur de la communication et du plaidoyer au Comité national de lutte contre le VIH/SIDA (CNCS).
En vue de s'assurer que les initiatives sur le VIH se conforment aussi étroitement que possible aux normes des diverses communautés, les autorités ont arrêté une politique selon laquelle "les matériaux d'information, d'éducation et de communication doivent être produits localement et de façon participative", ajoute-t-il.
"Il y a également des tabous culturels, par exemple — les jeunes ne devraient pas parler de sexe à des personnes plus âgées, les femmes ne peuvent parler de sexe qu'avec d'autres femmes et pas aux hommes — et ceci doit être respecté".
Mais, même si les messages sur le SIDA sont transmis dans des langues appropriées et des expressions convenables, ils ne signifient pas grand-chose si les gens ne peuvent pas y avoir accès. Les messages écrits sont d'un usage limité, par exemple, dans un pays où 54 pour cent de la population sont analphabètes.
Pour cette raison, la radio est actuellement le moyen le plus populaire pour communiquer sur le SIDA au Mozambique.
Une initiative bien accueillie de Radio Mozambique a été un feuilleton radiophonique à l'eau de rose dénommé 'Ruth est ses amis' qui traite du VIH — et a été diffusé dans 11 langues. Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance, UNICEF, finance également un programme radio 'd'enfant à enfant', qui a été géré par Radio Mozambique pendant ces cinq dernières années. Son principal objectif est la prévention du VIH/SIDA parmi les jeunes gens. En plus d'émettre en portugais, les jeunes présentateurs de l'émission — atteignant maintenant plus de 200 — diffusent dans 16 langues locales. En 2005, plus de 7.200 enfants et jeunes gens ont pris part aux programmes.
Récemment, des ateliers régionaux ont été organisés par le CNCS pour débattre d'une nouvelle stratégie de communication pour le Mozambique concernant la sensibilisation sur le SIDA; on espère que cette stratégie sera prête d'ici à mars de cette année. A l'heure actuelle, la prévalence nationale du VIH chez les adultes est de 16,2 pour cent.
Pour Cossa, communiquer efficacement sur le SIDA n'est qu'un des défis auxquels est confronté le Mozambique dans la lutte contre la pandémie.
"Pour être efficace, ce n'est pas seulement la sensibilité de la communauté qui doit être prise en compte — mais une série de services qui doivent être mis en place pour accompagner cette campagne de sensibilisation", a-t-il souligné.
"Au nombre des services qui sont indispensables, figurent la qualité des soins de santéàla micro-finance, le traitement anti-rétroviral et la distribution de condoms".

