NATIONS UNIES, 1 fév (IPS) – Le groupe des 77, fort de 132 membres, la plus grande coalition de nations en développement, a réprimandé le secrétariat de l'ONU pour avoir organisé des points de presse sur des questions sensibles de gestion, et divulgué, de façon sélective des informations sur des allégations de fraude et de corruption au sein de l'institution mondiale.
L'ambassadeur Xolisa Mabhongo, représentant permanent adjoint de l'Afrique du Sud, dit que les rapports demandés par l'Assemblée générale, composée de 191 membres, sont en train d'être divulgués dans des médias d'information traditionnels avant même d'être remis aux Etats membres.
Parlant au nom du Groupe des 77, Mabhongo a déclaré : "Ces actions et allégations faites à la presse ont sérieusement sapé le rôle de surveillance des Etats membres et par extension, de l'Assemblée générale", la plus haute instance de prise de décision aux Nations Unies.
"Elles sont contre-productives pour nos efforts en vue d'assurer la confiance et un canal de communication ouvert entre les Etats membres et le secrétariat", a-t-il dit aux délégués lundi. Un diplomate asiatique a déclaré à IPS que les fuites dans les journaux étaient également des "tentatives subtiles" pour discréditer l'institution mondiale, soutenant ainsi les attaques continues de groupes néo-conservateurs américains qui essaient d'avoir les Nations Unies. "Ce que certains de ces journaux ne réalisent pas est que le personnel du secrétariat est en train de les utiliser pour promouvoir un programme anti-ONU", a-t-il fait remarquer. La semaine dernière, le sous-secrétaire général de l'ONU pour les questions de gestion, Christopher Burnham, a dit aux journalistes "que des abus potentiels", principalement dans des achats de l'ONU, "pourraient s'évaluer en dizaines de millions de dollars".
Les 200 différents rapports d'abus sont pour la plupart liés à l'approvisionnement et aux services de l'ONU, a souligné Burnham, un ancien responsable du département d'Etat américain. L'année dernière, l'Assemblée générale a demandé au Bureau des services de contrôle interne (OIOS) d'effectuer un audit de gestion des opérations de maintien de la paix de l'ONU. Puisque l'Assemblée générale a demandé l'audit, le rapport aurait d'abord dû être remis à l'Assemblée générale avant qu'une partie de son contenu ne soit sélectivement divulguée à des points de presse de l'ONU, souligne le groupe des 77. Les critiques du secrétariat ont été déclenchées par des articles parus dans le Financial Times, le New York Times, et le Washington Post, qui ont apparemment eu accès à une partie du contenu du rapport d'audit de l'ONU – en plus de commentaires de hauts responsables onusiens. L'ambassadeur Vano Gopal Menon du Singapour était également critique par rapport aux fuites. Il a dit que les médias avaient fait leurs choux gras de l'histoire comme un autre exemple de "la même vieille ONU mal gérée". S'exprimant avec une note de sarcasme, Menon a déclaré à l'Assemblée générale lundi : "la dernière fois que je l'ai vérifié — et le secrétariat peut sans nul doute me corriger — le Financial Times, le New York Times et le Washington Post ne sont pas des Etats membres". "De tels rapports ne devraient-ils pas être remis automatiquement et prioritairement aux Etats membres ?", a-t-il demandé. "Je comprends que c'est seulement maintenant que les copies du rapport finalisé sont en train de nous être acheminés sur notre demande. Ceci, des jours après que le projet de rapport a été vu par la presse et que le sous-secrétaire général pour les questions de gestion a été mis en vedette comme le champion de la réforme", a déploré Menon. "Puis-je me permettre de dire qu'il l'a fait au détriment de l'Assemblée générale, plus important organe de contrôle au sein des Nations Unies", a-t-il ajouté. Menon a également critiqué "la ruée vers les médias de certains responsables onusiens, qui ont publié des cas de transgression présumée avant que nous n'ayons eu une chance d'en discuter ou de les évaluer". "Est-ce le résultat d'un excès de zèle ou d'une forte envie d'autopromotion ? Quelles qu'elles soient, ces initiatives sapent les Etats membres et le processus de réforme. La réforme de l'ONU ne devrait pas être utilisée comme une plateforme pour mettre en vedette des médias" a-t-il ajouté. L'ambassadeur Maged Abdel Aziz a dit à l'Assemblée générale : "Nous croyons que les points de presse faits aux médias par de hauts responsables du secrétariat sont intentionnels plutôt qu'accidentels". "Nous craignons qu'ils ne reflètent une tendance délibérée de présenter l'organisation, à tort, comme corrompue et mal gérée à un moment où tous les membres sont saisis de la question de la réforme", a-t-il ajouté. "Par ailleurs, nous n'apprécions pas qu'on nous donne des leçons sur la conduite éthique comme étant la vertu de quelques-uns et non pas de tous les membres. Nous adhérons tous aux principes éthiques qui devraient s'appliquer à tous les responsables du secrétariat et non pas à quelques-uns", a ajouté Aziz. Dans le même temps, le Groupe des 77 a également demandé au secrétaire général, Kofi Annan, d'aider "à contrôler cette tendance qui dessert l'institution". Mabhongo a souligné que la réglementation existante et les lois de l'organisation ont créé un cadre pour une conduite appropriée et une plus grande responsabilité de la part de tout son personnel, quelle que soit leur haut niveau de responsabilité ou leur pays d'origine. "C'est dans ce cadre que nous souhaitons que le secrétariat soumette d'abord les rapports demandés par l'Assemblée générale à cette dernière avant que n'importe lequel de ses responsables ne commence par en citer des extraits à des points de presse", a-t-il ajouté.

