POLITIQUE: Le déploiement des troupes de l'ONU au Soudan très en dessousde l'objectif

NATIONS UNIES, 9 jan (IPS) – Au moment où la situation militaire et humanitaire continue de se détériorer au Soudan, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a exprimé des inquiétudes au sujet de la lenteur dans le déploiement des troupes de la mission onusienne de maintien de paix actuellement en cours dans cette nation africaine en proie à des troubles politiques.

"Le rythme du déploiement militaire des Nations Unies s'est accéléré mais demeure en retard par rapport au calendrier, à cause des piétinements dans le processus de mobilisation des troupes", a écrit Annan dans un rapport au Conseil de sécurité, jeudi. A la mi-décembre, le nombre des soldats de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) s'élevait à 4.291 soldats seulement, soit 40 pour cent du total attendu, qui est de quelque 9.880 à 10.000 hommes. Au total 51 pays — y compris la Chine, le Bangladesh, le Pakistan, le Rwanda, le Népal, le Kenya et l'Inde — ont jusqu'ici fourni des soldats à la MINUS. Selon le planning en cours, le nombre total de personnel militaire déployé devrait dépasser 7.000 hommes d'ici à la mi-février. "Toutefois, ceci est très en dessous des besoins de départ", a prévenu Annan. Il a dit que le retard dans la mobilisation des troupes de l'ONU "suscite de graves inquiétudes", quant à savoir si les observateurs auront le soutien logistique et d'autres si nécessaires à leur efficacité à travers la vaste région de cessez-le-feu. La mission de l'ONU a été créée en mars 2005 principalement pour observer la mise en oeuvre de l'Accord global de paix, qui a mis fin à la longue guerre séparatiste au Sud Soudan. La MINUS continue également de travailler étroitement avec la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) qui observe la situation au Darfour, où la violence et les crimes de guerre continuent sans répit. "Au Darfour", a déclaré Annan, "la sécurité sur le terrain doit être améliorée d'urgence, et la recherche d'une paix politique durable, y compris un cessez-le-feu permanent, doit être intensifiée". Il a exhorté le gouvernement du Soudan et les mouvements rebelles à oeuvrer en vue d'un règlement rapide en coopération avec la Mission africaine au Soudan. "Ceux qui continuent d'entraver la résolution pacifique du conflit devraient savoir qu'ils en seront tenus pour responsables", a déclaré Annan. "Par ailleurs, l'aide humanitaire doit augmenter et doit être librement délivrée".

Dans sa conclusion, plaide-t-il, la paix au Soudan est indivisible, "et ne peut pas se développer dans une partie du pays si elle commence à peine dans une autre". Les atrocités au Darfour — où plus de 300.000 personnes ont été tuées et plus de 1,5 million déplacées — ont été commises par une milice arabe maraudeuse dénommée les Janjaweed ('cavaliers'). Le gouvernement soudanais a non seulement été accusé d'avoir créé la milice mais également d'avoir fermé les yeux sur ses tueries. Le Conseil de sécurité a déjà prévenu le gouvernement du Soudan qu'il doit aider à arrêter les atrocités généralisées dans la province du Darfour — ou faire face à de possibles sanctions économiques et militaires de la part des Nations Unies. Mais le Conseil de 15 membres, qui traîne les pas sur la prise de sanctions, s'est déchargée sur l'Union africaine (UA), demandant à l'organisation de renforcer ses forces de maintien de la paix au Darfour. Le bruit court dans les couloirs des Nations Unies que des membres permanents détenteurs du droit de veto comme la Russie et la Chine sont réticents à prendre des sanctions contre le Soudan pour cause d'intérêts commerciaux et économiques. Dans une déclaration publiée jeudi, Africa Action, basée à Washington, a demandé aux Etats-Unis d'introduire une nouvelle résolution du Conseil de sécurité sur le Darfour. La nouvelle proposition de résolution, qui, selon Africa Action, devrait être initiée durant la présidence américaine au Conseil de sécurité en février, "doit répondre au besoin pressant d'une plus grande sécurité sur le terrain". Ceci devrait se faire en plaçant les troupes existantes de l'Union africaine sous le commandement des Nations Unies avec pour mandat ferme de protéger les civils et les opérations humanitaires, et en autorisant le déploiement, le plus tôt possible, d'une force de maintien de la paix de l'ONU dans la région. Ann-Louise Colgan, directrice de l'analyse des politiques et des communications à Africa Action, a déclaré : "Le mois prochain, en tant que président du Conseil de sécurité, les Etats-Unis auront une opportunité unique d'arrêter le génocide au Darfour en initiant une action onusienne sur cette crise". Alors que les civils font face à la violence croissante et à des privations au Darfour, alors que les opérations humanitaires rencontrent des menaces constantes, a-t-elle souligné, une solide force de protection de l'ONU est instamment nécessaire au Darfour. "Février est le mois décisif pour une action américaine en vue d'arrêter le premier génocide du 21ème siècle", a déclaré Colgan. Elle a dit que la Maison Blanche a déjà reçu plus de 10.000 cartes postales d' "éveilleurs de conscience" priant le président George W. Bush d'agir pour mettre un terme au génocide. La semaine dernière, a-t-elle souligné, des manifestations silencieuses liées au Darfour ont eu lieu tous les jours à Washington pour accroître la prise de conscience sur la crise en cours. Ailleurs à travers le pays, un nombre croissant de manifestations silencieuses, d'expositions et de services religieux mettent l'accent sur le besoin pressant de protection des civils au Darfour, a ajouté Colgan.