WINDHOEK, 4 jan (IPS) – Une loi, vieille de presque 30 ans, qui interdit la sodomie entre hommes peut, à première vue, sembler être une cible, plus pour les activistes des droits des homosexuels que pour les militants anti-SIDA. Prise toutefois dans le contexte des prisons de la Namibie, la loi de 1997 sur les procédures pénales soulève des questions qui ont rapport aussi bien à la santé qu'aux droits.
A cause de la loi, les préservatifs ne sont pas distribués dans les prisons namibiennes : faire cela équivaudrait à admettre les relations sexuelles entre hommes en infraction à la loi, affirme le gouvernement, même si cela avait l'avantage de réduire la transmission du VIH. "En leur donnant (prisonniers) un préservatif, vous leur dites de continuer par faire cela", a dit à IPS Ignatius Mainga, porte-parole des services carcéraux du ministère de la Sécurité et de la Sûreté.
Même s'il n'a pas nié le fait que la sodomie est une chose courante dans les prisons de la Namibie, Mainga a soutenu que cela n'arrivait pas régulièrement — et que cela se passe généralement entre des partenaires qui avaient une relation avant d'entrer en prison. Aucun cas de viol n'a jamais été signalé aux autorités carcérales.
"Je crois qu'avec la sodomie, la majorité des relations sont consensuelles, et l'information que nous avons obtenue sur le terrain est que les détenus sont contre les préservatifs en prison. Ils sont des hommes mariés et engagés qui ne veulent pas être perçus comme ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes", a-t-il souligné.
Mainga a dit que des programmes existent pour montrer aux prisonniers comment éviter de contracter le VIH. Avec les dernières statistiques officielles estimant la prévalence nationale à 19,7 pour cent, les militants comme Michaela Hübscle préféreraient toutefois, voir l'adoption d'une approche plus pratique pour la prévention du SIDA dans les prisons.
L'ancienne vice-ministre du ministère, aujourd'hui dissout, des prisons et services correctionnels, Hübscle est un fervent défenseur de la distribution de préservatifs dans les prisons et la décriminalisation de la sodomie.
"Ce n'est pas que je veuille promouvoir la sodomie, mais nous avons une sous culture dans les prisons, que nous le voulions ou non – les gens auront des partenaires, notamment ceux qui sont là pour une longue durée..
Ils sont des êtres humains après tout et ne peuvent pas se masturber éternellement", affirme-t-elle.
Contrairement à l'assertion de Mainga selon laquelle les prisonniers préféreraient que les condoms restent tabous, Hübscle note que pendant son séjour au ministère, des détenus ont plusieurs fois demandé des condoms.
Toutefois, elle n'a pas pu convaincre le gouvernement que la distribution des préservatifs n'équivalait pas à la promotion de la sodomie — bien qu'elle ait reçu un certain soutien du ministère de la Santé et des Services sociaux.
"Nous sommes assis sur une bombe à retardement. Le taux de prévalence va augmenter si nous ne protégeons pas ceux qui entrent séronégatifs en prison, et ceux qui sont positifs de la réinfection", conclut Hübscle.
Elle dirige maintenant une organisation non gouvernementale dénommée Criminals Return Into Society (Retour des criminels dans la société – CRIS).
IPS n'a pas pu obtenir des statistiques du gouvernement sur la prévalence du VIH dans les prisons.
Un ancien prisonnier qui travaille maintenant à CRIS, Kamatuka, n'approuve pas également les assertions de Mainga – notamment la déclaration selon laquelle il n'y a pas de viol en prison. "Il y a beaucoup d'agressions en prison", indique-t-il.
"Les gens sont traumatisés, et si les visites conjugales sont introduites, cela va réduire la colère des détenus et aider à la résolution des conflits".
Kamatuka croit qu'on devrait faire pression sur la commission permanente du parlement en charge des affaires juridiques de visiter les prisons, afin que les législateurs puissent voir par eux-mêmes que les préservatifs sont nécessaires : "Par crainte d'intimidation, les prisonniers ne vont pas se soulever pour exiger des condoms. Nous avons besoin de personnes éclairées qui introduiront des politiques carcérales modernes".
Une autre école de pensée estime qu'une action légale est nécessaire..
Ian Swartz, directeur du 'Rainbow Project' (Projet Arc-en-ciel – TRP), un groupe qui fait du lobbying pour les droits des minorités sexuelles, croit que le gouvernement devrait être poursuivi en justice à propos de la loi sur la sodomie entre hommes.
"Comment se fait-il qu'avec une histoire comme la nôtre, où des gens ont été déshumanisés, nous ayons — après 15 ans d'indépendance — toujours une situation où le gouvernement décide de celui avec qui vous devriez avoir des rapports sexuels, et criminalise le comportement sexuel entre deux adultes consentants ?", demande-t-il.
La Namibie a obtenu son indépendance en 1990, plus de deux décennies après que la South-West Africa People's Organisation (Organisation des peuples du Sud-Ouest africain -SWAPO) ait commencé une lutte pour l'autonomie. Le pays était précédemment connu sous le nom de Sud-Ouest africain.
Un peu plus d'honnêteté sur les rapports sexuels entre hommes est également nécessaire pour s'attaquer aux abus dans les prisons, ajoute Swartz.
"Nous savons que les rapports sexuels et les viols ont lieu en prison.
Bien que nous ne puissions pas le confirmer, nous apprenons des histoires horribles de directeurs vendant des détenus plus jeunes à des prisonniers plus âgés. Il faut qu'on en fasse une question constitutionnelle", affirme-t-il.
Mais, juste pour montrer combien est sensible le débat sur la sodomie et l'homosexualité en Namibie, le Rainbow Project ne veut pas prendre la tête du combat légal à ce sujet.
"Nous ne voulons pas qu'on fasse ce lien entre sodomie et TPR. En 2006, nous mobiliserons la coalition des droits de l'Homme du pays pour voir ce que nous pourrons faire ensemble, mais en tant que TRP seul, il n'y aucune chance que nous arrivions à faire abroger la loi", note Swartz. (Alors que la sodomie est illégale en Namibie, l'homosexualité ne l'est pas — bien que la pratique soit mal vue).
Le Centre d'assistance juridique (LAC), situé dans la capitale, Windhoek, a adopté la même attitude de prudence.
"Inciter à l'abrogation de la loi sur la sodomie nous compromettrait lorsque nous ferons pression en faveur d'autres lois et libertés", affirme le directeur du LAC, Norman Tjombe. "C'est frustrant parce qu'il y a tellement de choses à mettre en balance, c'est une attitude défaitiste"..
Toutefois, il est d'avis avec d'autres militants que les prisons sont un terrain propice pour le VIH, et que les condoms aideraient à freiner la pandémie du SIDA dans les prisons de la Namibie.
"Dans des cas où c'est consensuel, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur des prisons, l'Etat doit permettre à des adultes consentants de faire leurs choix", a déclaré Tjombe.

