POLITIQUE-KENYA: C'est la banane contre l'orange dans le référendumconstitutionnel

NAIROBI, 21 nov (IPS) – Les Kényans se sont rendus aux urnes ce lundi pour voter pour ou contre la nouvelle constitution proposée à la suite des modifications importantes apportées par des parlementaires au projet initial qui réduisait substantiellement les pouvoirs du président au profit du Premier ministre.

La campagne pour le référendum constitutionnel du Kenya était entrée dans sa dernière ligne droite le week-end dernier, avec des partisans et des opposants du projet de constitution organisant une dernière série de meetings avant le vote de lundi.

Le président Mwai Kibaki et son 'National Alliance Party of Kenya' (NAK) ont fait pression sur les citoyens pour qu'ils approuvent le projet destiné à remplacer la constitution qui est en place depuis que le pays a obtenu son indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1963.

La NAK fait partie d'une coalition gouvernementale qui inclut également le 'Liberal Democratic Party' (LDP) présidé par le ministre des Routes et des Travaux publics, Raila Odinga. Le LDP et Odinga sont fortement opposés à la nouvelle constitution.

Ceux qui appellent à voter "oui" dans le référendum de lundi ont choisi la banane comme leur symbole, alors que le camp du "non" utilise l'orange. Autant les symboles des fruits sont employés pour aider les Kényans analphabètes à saisir la signification du scrutin, autant ils ont également servi à transformer les rencontres de la campagne de ce week-end en des affaires hautes en couleurs.

Au dernier meeting des partisans du référendum, organisé au Parc Uhuru dans la capitale Nairobi, samedi, des régimes de bananes décoraient le podium pendant que plusieurs membres de l'assistance portaient des T-shirts portant l'inscription "oui".

Malgré les efforts de plusieurs groupes d'animation, la foule a toutefois montré très peu d'excitation — contrairement au dernier meeting de ceux opposés à la constitution, qui se réunissaient à moins d'un kilomètre de là, au Nyayo National Stadium. Ici, des milliers de personnes étaient réunis, portant des T-shirts, des rubans, des écharpes, des casquettes, des cravates et des chapeaux oranges. D'autres étaient venus parés de vraies oranges. Les deux rencontres ont été relativement pacifiques, dissipant les craintes d'une répétition de la violence qui a gâché de précédents meetings.

Le mois dernier, quatre personnes — y compris des écoliers — sont mortes dans la ville occidentale de Kisumu suite à des affrontements entre la police et des foules opposées à une campagne de soutien à la nouvelle constitution conduite par le ministre de l'Information, Raphael Tuju.

Kisumu est considérée comme un bastion du camp du "non".

Au début de ce mois, quatre autres personnes sont mortes dans la ville côtière de Mombasa au cours d'affrontements entre la police et ceux qui prenaient part à un rassemblement contre le projet de constitution. Ceci est survenu lorsque la police a interrompu le meeting après qu'il a déjà commencé, retirant son autorisation. Des responsables auraient dit que les manifestations ne pouvaient pas se dérouler à Mombasa avant que Kibaki, également dans la ville à ce moment, ne soit parti.

Ces poussées de violence ont donné lieu à des manifestations d'inquiétude de la part de la Commission électorale du Kenya (ECK), qui a débattu de la conduite des militants du "oui" et de ceux du "non".

"Les leaders nationaux des deux côtés ont expressément et publiquement dénoncé ces activités fâcheuses (incidents violents) au cours d'une rencontre avec l'ECK. C'était une promesse qu'ils ont faite. Toutefois, la violence persiste toujours", a déclaré dans un communiqué Samuel Kivuitu, président de l'ECK, le 17 novembre.

Au cœur des divisions sur le projet de constitution, se trouvent des préoccupations sur les pouvoirs qu'il attribue au président du Kenya.

Ceux qui s'opposent à la nouvelle constitution affirment qu'elle permet une présidence trop puissante. Ils ont demandé le rétablissement d'un précédent projet du document qui affaiblissait l'autorité du président, et assignait une part du pouvoir exécutif au poste de Premier ministre nouvellement créé.

Le précédent projet est issu de discussions organisées par la Conférence constitutionnelle nationale, une institution représentant le gouvernement et la société civile, au 'Bomas of Kenya' — un lieu culturel situé à la périphérie de Nairobi.

La position, que le précédent projet de constitution (dénommé le 'Projet de Bomas') a adoptée sur la présidence, reflétait les points de vue recueillis par la Commission de révision de la constitution du Kenya. Cette institution a été nommée en 2000 pour déterminer les dispositions que les Kényans voulaient voir introduire dans leur nouvelle constitution. Elle a constaté que les citoyens voulaient une réduction des pouvoirs présidentiels, apparemment en réaction à l'abus de l'autorité exécutive sous les anciens chefs d'Etat Daniel arap Moï et Jomo Kenyatta.

Toutefois, le camp du "oui" soutient qu'il y a des mesures adéquates dans le dernier projet de constitution pour contrôler l'exécutif. Le document qui a été soumis au vote lundi est intervenu après que des parlementaires du NAK ont changé le projet de Bomas pour introduire des dispositions pour un président exécutif et un Premier ministre non exécutif.

Au départ, le parlement était obligé d'accepter ou de rejeter le projet de Bomas dans sa totalité. Toutefois, les députés du NAK ont réussi à voter la Loi sur le Consensus l'année dernière, permettant au parlement de modifier le projet de Bomas de manière à conserver les pouvoirs présidentiels.

Alors que le camp du "non" affirme que le projet de Bomas représente plus exactement les points de vue des Kényans, son soutien pour ce projet peut également être lié à un soi-disant accord entre Kibaki et Odinga. Les deux hommes sont apparemment parvenus à un accord selon lequel Odinga se verrait octroyer le poste de Premier ministre en échange de son soutien à la coalition conduite par Kibaki – la Coalition nationale Arc-en-ciel – durant l'élection de 2002 qui a l'a porté au pouvoir.

Mais, très peu de cette détente était visible samedi, lorsque Odinga aurait accusé le président de distribuer des faveurs politiques en vue d'acheter des voix — reprenant en écho de précédentes affirmations faites à cet effet par des détracteurs de Kibaki.

Un sondage conduit le mois dernier par le Groupe Steadman, une société de recherche, estimait le soutien à la constitution proposée à 32 pour cent, contre 42 pour cent d'électeurs rejetant le projet.

Dans un autre sondage réalisé par la 'British Broadcasting Corporation' (BBC), les votants du "non" seraient beaucoup plus nombreux (81,5 pour cent). Environ 18 pour cent de ceux qui ont été interrogés ont dit qu'ils voteraient "oui".

Au cas où l'électorat donnerait le feu vert à la nouvelle constitution, elle entrerait en vigueur le 12 décembre avec la signature du président. Si le camp du "non" l'emporte, alors la présente constitution restera jusqu'au moment où une décision pourra être prise par rapport au lancement d'un autre processus de révision de la constitution.