TUNIS, 19 nov (IPS) – Bien qu'ils n'aient pas réussi à faire démarrer son Sommet des citoyens alternatif, et qu'ils aient été déçus par certaines décisions au Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) et par la répression du gouvernement tunisien, des groupes de la société civile se sont joints aux officiels et hommes d'affaires vendredi pour célébrer les conclusions de la réunion, peut-être le dernier Sommet des Nations Unies pendant les années à venir.
"Après quatre ans de discussions difficiles et passionnées, nous pouvons dire que le sommet a été un processus historique.
Nous n'avons pas été seulement des observateurs muets, mais des acteurs actifs. Nous sommes devenus un partenaire dans le processus de négociation", a déclaré Renata Bloem de la Conférence des ONG.
La commission de la société civile n'a pas pu publier sa propre déclaration finale à temps pour la clôture du sommet, à cause d'un débat mondial; un avant-projet de résolution, qu'on faisait circuler en privé, lance l'appel rituel aux gouvernements pour "qu'ils passent des déclarations et engagements à l'action". Le document sera finalisé dans deux semaines, ont indiqué les organisateurs.
L'avant-projet de déclaration résume la vision de la société civile sur le financement des infrastructures numériques et de la gouvernance de l'Internet, et aborde également la gouvernance mondiale, des questions de participation et des droits de l'Homme, ainsi que l'égalité de genre, de la santé, de l'accès à la connaissance et au domaine public, des médias et de la diversité culturelle.
Pour la société civile, il est maintenant temps d'évaluer ce qui a été obtenu et de regarder au-delà de ces réalisations. La déclaration inclura une section sur "notre Engagement de Tunis", la réponse de la société civile au texte officiel de "l'Engagement de Tunis", l'un des documents définitifs du sommet, qui est conciliant, selon eux. Les principaux points ont été présentés vendredi à la rencontre finale de la campagne sur les droits de communication dans la société de l'information (CRIS).
"Maintenant, il semble que tout le monde est content parce que tout le monde a quelque chose à ramener chez lui. Nous ne savons pas encore si c'est vrai ou faux. Nous le saurons seulement lorsque nous verrons la mise en œuvre (des objectifs du SMSI)", a indiqué Jeannette Hoffman du groupe de travail sur la gouvernance de l'Internet.
"Ne croyez pas que ceci est fini et que le peu auquel nous sommes parvenus est acquis. Il y aura une réaction après le sommet, et les gouvernements vont juste retourner à d'autres questions. Nous devons maintenir la pression sur eux", a déclaré Bertrand de la Chapelle, président du groupe de travail de suivi de la société civile.
Le défi le plus urgent est comment la société civile va s'impliquer dans le Forum sur la gouvernance de l'Internet (FGI), mis en place par les gouvernements dans une dernière série de négociations. "Nous pensons que le FGI devrait avoir au moins 200 membres et être aussi inclusif que possible. Mais on ne sait pas encore comment cela fonctionnera", a indiqué Hoffman.
Dans le processus du SMSI en quatre ans, environ 280 personnes ont participé à la discussion de la société civile sur la gouvernance de l'Internet, menée à travers des listes d'adresses. La proposition d'un FGI est venue de la société civile.
"Ceci est peut-être le meilleur effet secondaire du sommet, où tout le monde était impliqué dans la gouvernance de l'Internet. Nous voulons garder les listes ouvertes et créer un nouveau groupe de travail pour produire des interventions pour le forum", a déclaré Hoffman.
"Nous sommes assez optimistes par rapport à la création du forum, mais moins optimistes sur le désir d'inclure la société civile. Le financement n'est également pas clair, parce qu'aucun budget n'a été alloué pour le mettre en place", a affirmé Hoffman.
Mais beaucoup plus doit être fait sur les mécanismes financiers pour surmonter la fracture numérique, peut-être le sujet qui a créé le plus de mécontentement au sein des groupes de la société civile. C'était également le domaine où la société civile a été moins active.
"Les pays riches ne croient pas qu'on ait besoin de plus de financement.
Le Fonds de solidarité numérique a été laissé à une contribution volontaire des autorités locales, et n'est pas soutenu par des pays occidentaux", a dit Chantal Peyer, de l'organisation suisse 'Bread for All'.
"Ils comptent néanmoins sur le secteur privé et sur le partenariat public-privé. Nous croyons que le financement est une question de politique publique", a déclaré Peyer. "Les nouvelles technologies ne devraient pas rivaliser avec d'autres priorités de développement".
"Tout le SMSI n'a pas été utilisé pour développer une approche novatrice de politique publique. Cela a été plutôt la nouvelle formulation du paradigme existant", a souligné Sean O'Siochru de CRIS.
La société civile doit d'abord s'assurer que les gouvernements tiendront les quelques promesses déjà faites.
Les questions du sommet "ne seront pas une priorité pour un gouvernement dans les prochains mois. Pour la société civile, c'est un défi, mais également un espace pour les interventions", a déclaré O'Siochru.
Dans une initiative qui n'a surpris que partiellement la société civile, la commission révisée sur la science et la technologie pour le développement de l'ECOSOC (Conseil économique et social des Nations Unies) a été chargée de la coordination du suivi du sommet. On ne sait toujours pas avec certitude si la société civile pourra prendre part à ce processus. "Le suivi du sommet a été confié à une commission sur la science et la technologie. C'est une manière de limiter le débat à une perspective technologique, alors que la société de l'information concerne principalement la société", a affirmé Parminder Jeet Singh de 'TI pour le changement'.
"Les gouvernements ont accepté le 'multistakeholderism' (la participation de tous les acteurs aux prises de décision) dans les textes, mais pas dans leurs foyers et pratiques", a déclaré De la Chapelle.
"Les gouvernements auraient dû adopter une commission pour la société de l'information avec un format entier de parties prenantes multiples pour traiter de la supervision du suivi", a souligné De la Chapelle.
Il a demandé la formation de petites équipes pour engager activement les organisations internationales impliquées dans la mise en œuvre des objectifs du SMSI.
"Nous avons une opportunité incroyablement puissante pour élaborer la phase de mise en œuvre. Nous devons être là pour contrôler ce que les gouvernements feront", a ajouté De la Chapelle.
Liens: http://www.wsis-cs.org/ WSIS civil society meeting point

