NAIROBI, 21 nov (IPS) – Ils pensaient qu'en ce moment, les choses seraient différentes. Mais peu de choses semblent avoir changé pour les habitants du bidonville kényan de Kibera depuis la promesse faite par le gouvernement et le Fonds des Nations Unies pour l'habitat (ONU-HABITAT) l'année dernière, d'améliorer leurs conditions de vie.
Des huttes aux murs recouverts de boue, avec des feuilles de tôle rouillée sont toujours engouffrées dans des tas d'ordures. Et, les eaux d'égout coulent toujours librement dans le bidonville, qualifié du plus grand d'Afrique, un aimant pour les mouches bourdonnantes. Des déchets humains emballés dans des sacs en plastique jonchent les sentiers, alors qu'ailleurs, des femmes font la queue patiemment pour l'eau.
En octobre 2004, des responsables kényans et l'ONU-HABITAT avaient annoncé que les habitants de Kibera seraient transférés dans des logements abordables dans des nouveaux pâtés d'appartements, de hauteur moyenne.
L'initiative devait se dérouler par étapes, avec la première série de constructions commençant dans la région de Soweto pour que les habitants puissent être réinstallés avant octobre de cette année.
La région a été nommée ainsi en souvenir de la zone résidentielle noire construite près de Johannesburg sous l'apartheid. Il y a 12 régions du genre à Kibera, qui est situé à la périphérie de la capitale, Nairobi, et qui compte une population estimée à quelque 700.000 habitants. Soweto abrite environ 60.000 résidents.
Toutefois, pas une seule maison n'a été élevée à Soweto. En fait, il n'y a aucun signe d'un quelconque travail de construction sur le site où le président Mwai Kibaki avait procédé à la pose de la première pierre en 2004.
Un nouveau bureau a été construit pour le gouvernement, et également un bureau sur place pour l'ONU-HABITAT. Mais les deux restent inoccupés.
"Nous nous sentons trompés. Nous ne savons pas ce qui se passe par rapport à la construction, et personne ne nous dit rien", a déclaré à IPS, Donald Kilindi, président de la 'Kenya National Slum People's Organisation' (Organisation nationale des personnes vivant dans des bidonvilles au Kenya – KENSPO). Le KENSPO fait pression pour des politiques de logements équitables pour les habitants de Kibera.
"Nous avons attendu pendant si longtemps. Une année est une longue période. Nous sommes fatigués d'attendre – nous voulons une action maintenant aussi bien du gouvernement que de l'ONU-HABITAT".
Mais Sharad Shankardass, porte-parole de l'agence de l'ONU, a une différente interprétation des choses.
"Qu'on n'ait simplement creusé aucun trou ne veut pas dire qu'aucun travail n'est en train d'être fait. La modernisation des taudis est un processus très lent et beaucoup d'énergie est en train d'être dépensée sur la planification physique et l'établissement d'une carte sociale : nous avons passé les deux dernières années à faire cela", a-t-il dit à IPS.
Joshua Kaigainaine, le directeur de programme de l'ONU-HABITAT pour Kibera, est de cet avis, affirmant que même si la construction n'a pas encore démarré, l'agence a achevé une opération visant à déterminer les revenus parmi les habitants de Kibera.
Ceci est perçu comme capital pour déterminer combien les habitants paieront pour le loyer dans le nouveau logement. Les planificateurs tiennent également à empêcher des personnes riches de tirer profit des rénovations.
"Il est dangereux de se ruer pour commencer à creuser (pour) constater que les structures finissent dans les mains des riches, et non les pauvres auxquels elles sont destinées. C'est pourquoi il est important d'établir la carte sociale pour dresser la liste des habitants réels de Kibera", a indiqué Shankardass.
Pour sa part, le gouvernement dit que des progrès sont en train d'être faits, et que la construction commencera bientôt.
"Nous avons déjà eu un entrepreneur. Il sera sur le site d'ici à la fin de ce mois ou au début du mois prochain", a affirmé à IPS un haut responsable au ministère des Terres et du Logement.
Cependant, le responsable a admis que les longues procédures d'achat avaient occasionné des retards.
"C'est le système d'achat qui a pris du temps. Nous devions d'abord préparer l'endroit; cela a nécessité beaucoup de temps parce que cela devait être approuvé et ré-approuvé par une chaîne de signatures", a déclaré le responsable. "Ensuite, nous avons cherché récemment, par voie d'annonce, un entrepreneur. Ceci devait prendre un minimum de 28 jours, après quoi nous avions dû attendre 21 autres jours pour lancer un autre appel à candidature".
Le manque de financement constitue également un problème. "Tous les fonds n'ont pas été mobilisés. Il y a un déficit et nous essayons de travailler sur des mécanismes de financement", a indiqué Shankardass, sans donner des chiffres pour cette insuffisance. Le gouvernement serait en train de compter sur la bonne volonté des donateurs pour l'argent devant servir à achever le projet, ainsi que des rénovations similaires ailleurs à Nairobi avant d'aller vers d'autres villes. Selon des statistiques de Shelter Forum, une organisation régionale qui fait pression pour des réglementations meilleures sur le logement, il y a 199 installations informelles dans la capitale seule.
Mais ces fonds peuvent s'avérer difficiles à trouver à la suite des affirmations de corruption massive qui ont suivi à la trace le gouvernement de Kibaki, au pouvoir depuis près de trois ans maintenant.
Certains donateurs ont subordonné l'aide à l'intensification, par le gouvernement, de sa guerre contre la corruption. L'année dernière, l'ancien ambassadeur de Grande-Bretagne au Kenya, Edward Clay, a dit que la corruption avait coûté au pays 187 millions de dollars depuis que Kibaki est arrivé au pouvoir.
La rénovation des logements informels au Kenya est une initiative conjointe entre le gouvernement et l'ONU-HABITAT. Connu sous le nom de Programme de modernisation des taudis du Kenya, le projet a démarré en 2003, et devrait prendre entre 10 et 15 ans.

