REFUGIES: L'UE exhortée à adopter une approche humaine

BRUXELLES, 18 oct (IPS) – L'Union européenne fait de plus en plus l'objet de pressions pour réviser son approche actuelle de l'asile et de la migration après que des migrants africains subsahariens sont morts en essayant de traverser la frontière pour se rendre en territoire espagnol.

Au cours des deux dernières semaines, quelque 2.000 personnes ont tenté de traverser la frontière à Ceuta et Melilla pour se rendre sur le territoire espagnol en prenant d'assaut les clôtures qui entourent ces deux villes situées sur la côte nord-africaine attenante au Maroc.

Quelque 14 personnes sont mortes et de nombreuses autres ont été blessées au moment où des soldats espagnols et marocains tentaient de les bloquer.

Des centaines de personnes sont actuellement hébergées dans un camp de fortune à Melilla, souvent qualifiée de ville la plus au sud de l'Union européenne (UE).

Le président de la Commission de l'Union africaine (UA) Alpha Konaré, qui était à Bruxelles pour le lancement d'une nouvelle politique de l'UE sur l'Afrique, a déclaré à l'exécutif de l'UE que le bloc ne devait pas construire des murs de prison autour de l'Afrique.

"Ce ne sont pas des mesures de sécurité, ce ne sont pas des prisons à Madrid et des murs en Afrique qui règleront le problème. Des jeunes gens prennent d'assaut les clôtures métalliques, et nous devons comprendre pourquoi. Ces Africains ne sont pas des délinquants, ils expriment une demande de solidarité", a indiqué Konaré aux représentants des médias.

Le leader africain a également critiqué les médias européens pour avoir dépeint une image partiale et inéquitable de la crise des droits de l'Homme.

"La presse a le devoir d'expliquer pourquoi les migrants se comportent de la manière de cette manière. Cette question n'est pas abordée, et toute l'Afrique est plutôt interpellée", a-t-il ajouté.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a reconnu que les migrants africains avaient besoin d'aide, mais a dit qu'il était nécessaire d'examiner les "raisons structurelles" forçant les gens à migrer de cette façon. "Nous avons vu cette situation venir. Maintenant, nous voyons les effets et nous devons agir", a-t-il déclaré.

"Le problème de l'immigration, dont nous voyons les conséquences dramatiques, ne peut être réglé effectivementàqu'à travers une coopération ambitieuse et coordonnée pour le développement afin de combattre ses causes profondes", a-t-il ajouté.

Le sort des migrants assiégeant la 'forteresse Europe' a été également mis en exergue par le Parlement européen, la seule institution démocratiquement élue de l'UE.

Enrique Baron, responsable du groupe socialiste d'Espagne, a dit que la crise des migrants avait atteint des proportions "bibliques". "Personne ne peut dire en ce moment combien de gens sont dans cette situation, traversant le Sahara à pied", a-t-il souligné.

La question a également assombri les discussions des ministres de l'Intérieur et de la Justice à Luxembourg mercredi (12 octobre). La rencontre ministérielle devait se focaliser sur un débat relatif à la conservation des données des télécommunications et de l'Internet pour combattre le terrorisme, mais suite aux problèmes humanitaires croissants aux frontières sud de l'Europe, elle a changé d'objet et s'est axée sur la question de l'immigration.

Mettant l'accent sur la taille du problème auquel est confrontée l'UE, le commissaire européen à la sécurité, Franco Frattini, a averti les ministres de l'Intérieur et de la Justice qu'environ 30.000 futurs migrants attendaient en Algérie et au Maroc pour entrer dans l'UE.

Il a dit que "les services secrets indiquent qu'à peu près 20.000 migrants attendent en Algérie, prêts à commencer leur voyage vers le Maroc et ensuite vers Ceuta et Melilla, avec 10.000 autres attendant déjà au Maroc".

Des groupes de défense des droits humains demandent à l'Espagne et à l'UE d'assurer la protection des réfugiés aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du bloc.

Médecins sans frontières a rapporté, la semaine dernière, qu'elle avait trouvé des centaines de migrants venus d'Afrique subsaharienne, y compris des femmes enceintes et des enfants, dans le désert marocain. Le gouvernement marocain aurait commencé par transporter des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants dans des convois de bus vers la frontière avec l'Algérie, affirmant que les migrants passaient par ce pays avant d'entrer au Maroc.

Amnesty International souligne qu'on fait actuellement très peu d'effort collectif pour assurer la protection des réfugiés, et estime que les propositions de l'UE jusqu'ici n'ont pas réussi à régler convenablement les causes profondes.

"Plutôt que de renforcer la protection des réfugiés dans le monde, la direction globale de la politique de l'UE semble être de loin orientée vers le maintien des gens hors de l'UE, à tout prix", a déclaré à IPS, Dick Oosting, directeur du bureau UE d'Amnesty International.

Amnesty exhorte les gouvernements de l'UE à agir immédiatement pour mettre en place des mesures de protection des réfugiés.

"Les Etats membres de l'UE sont, honteusement, en train de rejeter la responsabilité de la protection des réfugiés sur d'autres pays qui peuvent être mal armés pour faire face aux nombres sans cesse croissants de personnes déplacées. L'effet d'ensemble n'est pas seulement de mettre à l'épreuve la propre crédibilité de l'UE, mais de menacer l'intégrité même du système international de protection des réfugiés", a ajouté Oosting.

Selon Human Rights Watch (HRW), renvoyer les Noirs au Maroc n'est pas la réponse à la crise.

"Protéger ces personnes extrêmement vulnérables devrait être la priorité du gouvernement espagnol. Le Maroc doit faire beaucoup plus pour respecter les droits humains fondamentaux des migrants avant qu'il ne puisse être considéré comme un pays sûr pour les retours. Ce n'est guère le moment de discuter d'un accord de l'UE avec le Maroc sur les retours", a déclaré Holly Cartner, directeur à HRW pour l'Europe et l'Asie centrale.

Peer Baneke, secrétaire général du Conseil européen des réfugiés et des exilés, a dit que l'Europe était en train d'imposer la responsabilité du contrôle des frontières et de la protection des réfugiés à ses voisins.

"Nous assistons à une tentative de construction de nouveaux murs de Berlin autour de l'Europe, qui a des conséquences tragiques et ne marchera pas.

Des pays à la périphérie de l'Europe continueront par être tentés de refuser aux réfugiés leur droit à rechercher la protection, au moment où des gens fuyant pour leurs vies et la liberté seront contraints de prendre des risques toujours plus grands", a-t-il souligné.

Baneke a ajouté qu'il était vital que l'UE soit perçue comme défendant ses propres valeurs, "en commençant par s'assurer que quiconque demande un droit à la protection voit sa cause défendue équitablement et effectivement".