SANTE-BURKINA FASO: Une nouvelle initiative redonne un peu de sourire auxséropositifs

OUAGADOUGOU, 15 oct (IPS) – Le regard évasif, les mains croisées, Zenabo Nikièma, une femme de 35 ans, qui est séropositive depuis 2000 au Burkina Faso, a retrouvé son sourire ces derniers jours, grâce à une nouvelle initiative de prise en charge des malades du SIDA.

L'année dernière, Nikièma, qui fait un petit commerce de fruits à Ouagadougou, la capitale, avait adressé, par voie de presse, une lettre ouverte au ministre de la Santé au sujet des problèmes liés à la prise en charge des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) dans ce pays d'Afrique de l'ouest. "Je suis femme veuve séropositive et j'ai la charge de trois enfants.

Etant dans un centre prescripteur d'anti-rétroviraux (ARV), mon médecin m'a auparavant rassuré de la disponibilité de ces médicaments que vous auriez mis à disposition pour tout patient sans discrimination aucune. Mais la réalité sur le terrain est tout autre", écrivait notamment Nikièma dans sa lettre.

Son cri de détresse avait ému les gens et révélé les difficultés d'accès aux ARV dans le pays.

Comme beaucoup d'autres PVVIH, en attente de traitement par les ARV, Nikièma a accueilli avec espoir la naissance d'une nouvelle initiative de prise en charge des séropositifs : le Programme d'accélération de l'accès au traitement du VIH/SIDA (TAP). Elle fait partie des premiers bénéficiaires du programme.

Le TAP est un programme-pilote triennal mis en œuvre dans trois pays africains : Burkina Faso, Ghana et Mozambique. Lancé officiellement en mars 2005, c'est en juillet que les premiers traitements ARV ont été mis à la disposition des associations. Près de 800 patients ont déjà bénéficié gratuitement des ARV du TAP depuis son lancement. Selon les chiffres du Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), publiés à la fin de 2004, "le taux de séroprévalence est de 4,2 pour cent au Burkina Faso pour la population d'âge 15-49 ans, et on estime à environ 700.000 personnes infectées par le virus du SIDA dont 15 pour cent sont des malades nécessitant une prise en charge en ARV, soit environ 100.000 personnes". "Je pense qu'il est nécessaire de décréter le traitement gratuit pour toutes les personnes infectées, sauvegarder leurs emplois, prendre en charge la scolarité des enfants orphelins. Sinon, on aura des résultats mitigés", déclare, à IPS, Dr Issa Kindo, médecin spécialisé en santé publique. En dépit des efforts déployés par les pouvoirs publics et les associations non gouvernementales, l'accès aux ARV reste toujours une préoccupation.

Leur coût élevé et leur inaccessibilité ne permettent pas au plus grand nombre de PVVIH d'en bénéficier. Selon le ministère de la Santé, environ 3.000 malades bénéficient jusqu'ici de traitements ARV, dont 2.100 environ au sein des structures gouvernementales et 900 auprès des associations. Cela représente moins de cinq pour cent de la population en attente de ces médicaments qui améliorent la santé des personnes infectées par le virus et prolongent leur vie. Pour l'instant, seules les deux plus grandes villes — Ouagadougou et Bobo-Dioulasso (sud-ouest) — disposent de centres de prise en charge des PVVIH. Les malades paient une modique contribution dans les centres gouvernementaux, qui varie en fonction des moyens financiers de la structure qui les prend en charge et du montant de la combinaison des ARV que prend le malade. Avec les prises en charge gratuites du TAP, quelque 3.800 malades au total reçoivent un traitement ARV au Burkina Faso. Grâce à financement de 18,1 millions de dollars sur don de l'Association internationale de développement (IDA — Banque mondiale), le TAP redonne du sourire aux personnes vivant avec le VIH. "Vingt-deux districts ont été identifiés, équipés, renforcés pour mettre en œuvre les activités du TAP. Dans les prévisions, d'ici à décembre 2007, le TAP permettra de mettre sous traitement, par les ARV, 7.000 PVVIH sur l'ensemble du territoire", indique le document de présentation du ministère de la Santé. Toutes les personnes infectées ne sont pas mises automatiquement sous ARV, indique Dr Claude Ouédraogo. L'admission d'un malade aux ARV devient nécessaire quand des examens médicaux spéciaux montrent que son système immunitaire n'est plus en mesure de réagir, a expliqué à IPS, Ouédraogo qui est médecin à l'association Espoir SIDA.

La mise en œuvre de ce programme, placé sous la tutelle du ministère de la Santé, impliquera une vingtaine d'associations et organisations non gouvernementales (ONG) travaillant dans le suivi et la prise en charge des PVVIH. Au cours de l'année, les associations à elles seules devront mettre sous traitement près de 2.000 personnes, selon le ministère.

Situé dans un quartier de Ouagadougou, l'association Alavi (laffi la viim, en langue Mooré, qui signifie la santé, c'est la vie) est très active sur le terrain. En plus de la capitale, elle couvre huit autres localités dans le pays. Depuis le lancement du TAP, son siége ne désemplit pas; beaucoup de gens viennent pour se faire dépister ou prendre des informations ou des conseils.

"Le TAP a permis la réduction du taux de mortalité dans la population des PVVIH, due au manque de médicaments et de soins, mais aussi et surtout, il permet à des milliers de personnes de sortir de leur torpeur pour faire leur test de dépistage", souligne à IPS, Dr Inoussa Zabsonré, médecin à Alavi.

"L'objectif du TAP est de nous aider à développer à grande échelle et à exécuter des programmes exhaustifs de traitement des PVVIH en offrant des services de qualité, efficaces, accessibles et équitables", indique Zakaria Zoungrana, coordonnateur adjoint de l'ONG AIDSETI, basée à Ouagadougou. Ce qui "permet ainsi d'augmenter considérablement le nombre des PVVIH ayant accès à des soins continus et à tous les examens nécessaires". Depuis le lancement du processus de prise en charge des PVVIH dans les formations sanitaires en octobre 2003, le ministère de la Santé et ses partenaires ont pris un certain nombre d'initiatives visant à réduire les coûts des traitements et permettre l'accessibilité au plus grand nombre. "Non seulement les traitements anti-rétroviraux coûtent encore cher, malgré des baisses, mais également le prix des examens médicaux préalables à la mise sous tri-thérapie empêche les personnes infectées de se faire consulter", s'insurge Elise Sawadogo, de Espoir SIDA qui compte en son sein de nombreux séropositifs en quête de traitement. Le traitement ARV coûte en moyenne environ 19 dollars par mois, mais avec les tests de laboratoire, le coût total s'élève à 62 dollars pour chaque patient référé dans des centres publics. Ce coût reste encore trop élevé pour la majorité des Burkinabé, dont près de 45 pour cent vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d'un dollar par jour.

Le gouvernement dit qu'il ambitionne de voir réduire le coût mensuel à 15 dollars, mais les ONG réclament la gratuité totale du traitement depuis 2003.

Quelque 15.000 personnes séropositives au Burkina Faso, toutes prises en charge confondues, devraient recevoir un traitement anti-rétroviral d'ici à 2007, selon les prévisions du ministère de la Santé. Mais malgré ces prévisions optimistes, on sera encore loin du compte face au grand nombre de personnes qui en ont besoin.

"L'idéal pour l'ONUSIDA est la gratuité des médicaments…Nous ne pouvons pas imposer aux Etats des formules. Nous ne pouvons pas non plus imposer une quelconque vision. Si un Etat déclare publiquement un accès universel gratuit de toutes les personnes dans le besoin aux médicaments, nous ne pouvons que le soutenir", explique sous anonymat un fonctionnaire de l'ONUSIDA au Burkina. "Tout est question d'organisation pour que les plus défavorisés aient accès aux ARV…"