AFRIQUE AUSTRALE: Un chemin long et tortueux pour de meilleures voies decommunications

JOHANNESBURG, 21 oct (IPS) – Sur le papier, l'intégration régionale en Afrique australe a fait des avancées -avec des pays qui sont liés par des protocoles et accords de tout genre.

C'est dommage qu'il n'y ait pas un réseau de routes et de chemins de fer tout aussi vaste, déclarent des spécialistes des transports — qui font remarquer qu'une véritable intégration régionale restera un projet chimérique si les biens ne peuvent pas circuler effectivement entre les Etats d'Afrique australe.

L'Angola, qui se remet d'une guerre civile, a seulement 850 kilomètres de voies ferrées fonctionnelles. L'état des voies de communication est même en train d'être une source de préoccupation en Afrique du Sud, le pays le plus développé dans la région.

"Notre infrastructure est en train de se désintégrer. Notre réseau ferroviaire, qu'on a laissé se détériorer au cours des 15 dernières années, est en train de partir en morceaux", a dit à IPS, Paul Browning de 'Lesiba Mudau Transport Consulting firm' (une société de conseils en matière de transports), basée à Johannesburg. Et, ça ne s'arrête pas là.

"Nos ports ont besoin d'un grand investissement : les ports sont congestionnés. La procédure douanière doit être améliorée et accélérée", a ajouté Browning, attribuant l'état actuel des affaires à la mauvaise gestion dans le secteur des transports.

La dégradation de l'infrastructure ferroviaire a imposé des exigences inappropriées sur les routes d'Afrique du Sud.

"Nous avons malheureusement assisté à un changement général passant des chemins de fer aux routes, même de certaines cargaisons qui devraient, de préférence, être transportées par train pour la sécurité et d'autres raisons", a déclaré le ministre des Transports, Jeff Redebe, à la Conférence internationale 2005 sur la sécurité du chemin de fer, qui s'est tenue dans la ville côtière du Cap plus tôt ce mois.

"Entre 2002 et 2004, des camions-citernes présentant des fuites étaient à la base de quelque 418 incidents, et il y a eu 117 wagons-citernes qui ont déraillé, 661 incidents de transvasement et 53 déversements accidentels", a-t-il souligné.

Ces préoccupations ont été reprises en écho par Alex Visser du Département d'ingénierie à l'Université de Pretoria, qui estime que le réseau routier dans son ensemble a besoin d'attention.

"Les routes secondaires d'Afrique du Sud sont sérieusement déformées", a-t-il dit à IPS. "Nous avons également 240.000 kilomètres de voies non pavées. Elles ont besoin de financement pour (être entretenues)".

Reconnaissant que l'infrastructure de mauvaise qualité est en train de paralyser le développement du continent, le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) a accordé une priorité à l'amélioration des voies de communication. (Le NEPAD est un plan élaboré par des dirigeants africains pour attirer plus d'investissement sur le continent, en échange d'une meilleure gouvernance).

Des initiatives en matière de transport, déjà en cours, comprennent le 'Maputo Development Corridor' (Corridor pour le développement de Maputo), d'un montant de cinq milliards de dollars, lancé en 1996, qui s'étend entre la capitale mozambicaine et la province de Gauteng, dans le nord de l'Afrique du Sud. Cette région est le centre névralgique des opérations économiques du pays.

Le Corridor de Beira relie le Mozambique et le Zimbabwe tandis que le Corridor du Congo-Bas connecte la République démocratique du Congo, l'Angola et le Congo-Brazzaville.

En outre, le président angolais Eduardo dos Santos a annoncé que son gouvernement dépensera quatre milliards de dollars au cours de la prochaine décennie pour reconstruire les chemins de fer de l'Angola, avec un accent sur les réseaux transfrontaliers.

Les imperfections dans le réseau des transports sud-africains sont aggravées par les retards aux postes frontaliers.

"La Zambie est confrontée à de sérieux problèmes de transport transfrontaliers", a dit à IPS, Silane Mwenechanya, chef du Zambia Business Forum. "Il faut presque une semaine pour dédouaner un véhicule à Chirundu (le principal poste frontalier avec le Zimbabwe)".

De Chirundu, les camions zambiens se rendent dans la ville portuaire sud-africaine de Durban pour livrer le chargement destiné à l'exportation.

"Le dédouanement à Beitbridge est plus rapide", a indiqué Mwenechanya.

Beitbridge est le poste frontalier entre le Zimbabwe et l'Afrique du Sud; environ 600 camions le traversent quotidiennement.

Selon Radebe, les retards à la frontière coûtent à la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) — forte de 14 nations — environ 48 millions de dollars par an.

Browning a également exprimé des inquiétudes au sujet de la lenteur dans la mise en oeuvre des projets de transport conjoints dans la région, comme le requiert le Protocole de la SADC sur le transport — citant le sort des quelque 60.000 migrants du Lesotho qui travaillent dans des mines sud-africaines.

"Des milliers de personnes venues du Lesotho travaillent dans les mines dans la province de Free State (Etat libre). Et, 90 pour cent des taxis (véhicules de banlieue) qui transportent les migrants en Afrique du Sud appartiennent à des Sud-Africains", a-t-il déclaré.

Browning est impliqué dans la rénovation des 100.000 taxis vieillissants d'Afrique du Sud, une initiative qui devrait coûter près de 3,1 milliards de dollars sur une période de cinq ans.