JOHANNESBURG, 14 oct (IPS) – Un cours de formation révolutionnaire sur l'égalité de genre pour des agents du gouvernement local a pris fin cette semaine dans la capitale économique d'Afrique du Sud, Johannesburg.
"Le cours était le premier du genre en Afrique du Sud et dans la région impliquant le genre et le gouvernement local", a déclaré Colleen Lowe Morna, directrice de Gender Links : l'organisation non gouvernementale — ayant son siège à Johannesburg — qui a organisé la formation.
Le programme s'est déroulé au milieu des préparatifs pour les élections des gouvernements locaux en Afrique du Sud, prévues au cours des tout prochains mois. Le Congrès national africain au pouvoir a promis de faire en sorte qu'au moins la moitié de ses candidats pour ce scrutin soit des femmes.
Actuellement, les femmes représentent environ 28,8 pour cent des conseillers à Johannesburg — alors qu'elles constituent 50,2 pour cent de la population de la ville, estimée à 3,3 millions d'habitants.
"Nous devons créer un monde où les hommes et les femmes travaillent ensemble", a déclaré Phumzile Mlambo-Ngcuka, vice-présidente de l'Afrique du Sud, au cours d'une allocution devant des participants à la cérémonie marquant la clôture du cours, mardi (11 octobre).
"Nous avons beaucoup d'hommes gentils et quelques-uns qui ne le sont pas", a-t-elle noté par ailleurs, provoquant un éclat de rire à l'assistance.
Mlambo-Ngcuka a demandé qu'on prépare un programme de genre pour les membres du gouvernement sud-africain, et a souligné que les efforts pour réduire la discrimination à l'encontre des femmes devaient se faire au-delà des lignes des partis. "Nous devons travailler ensemble et ne pas laisser nos différences politiques entraver nos objectifs communs", a-t-elle indiqué. Des conseillers de divers partis politiques, y compris la principale opposition — l'Alliance démocratique (DA) — ont pris part au cours.
Un nouveau livre de Gender Links, 'Les histoires à "Moi" : Des conseillers de la ville de Johannesburg parlent à cœur ouvert', souligne comment des disparités flagrantes persistent au sein du gouvernement local.
"Il y a un trop grand nombre de femmes parmi les employés de bureau", dit-il, mais elles sont "rares dans les catégories professionnelle et technique". Les femmes constitueraient seulement 10 pour cent environ des responsables au sein des autorités locales.
Amos Masondo, maire exécutif de Johannesburg, a dit aux participants que la représentation égale des hommes et des femmes au sein du gouvernement local était "une idée dont l'heure a sonné" — mais a ajouté que le problème de discrimination était à multiples facettes : "Nous commençons par comprendre que l'égalité de genre concerne aussi bien le changement des attitudes que l'autonomisation des femmes".
Le livre de Gender Links déplore également le fait que, bien que la charge de l'approvisionnement en eau potable et des installations sanitaires pour leurs familles incombe aux femmes, elles ne sont souvent pas consultées dans la fourniture de ces services.
Par ailleurs, les expériences de 26 conseillères sont racontées dans 'Les histoires à "Moi" . "Certains des récits sont assez pénibles — ils sont relatés avec franchise", a déclaré Janine Moolman, qui a édité le livre.
L'une de celles qui sont mises en vedette est Shirley Ancer, âgée de 69 ans, qui est devenue une conseillère en 2000 sur une liste de la DA.
"Ma première année en tant que conseillère a été très difficile. Je passais plusieurs heures loin de la maison et de ma famille — et il m'était difficile de m'adapter aux réunions tardives", affirme-t-elle.
"En tant que femme, je me battais pour jongler avec la maison, les enfants et mon travail au conseil — sans parler de la peur d'arriver à la maison saine et sauve".
Au cours de son travail, Ancer s'est rendu compte que des idées vieillottes sur la participation des femmes à la vie politique persistaient.
"Je suis toujours ébahie de voir combien de personnes au 21ème siècle pensent encore que la politique n'est pas pour les femmes", note-t-elle.
"Cela m'a fait réaliser l'ampleur du travail qu'il nous reste encore à faire pour amener les Sud-Africains à accepter que les femmes sont égales aux hommes et que nous pouvons être d'un grand intérêt pour le pays".
Comme l'ont fait comprendre les organisateurs du cours, la lutte pour l'égalité de genre ne peut toutefois pas être menée par les femmes seules — et elles étaient encouragées par le fait que le programme du gouvernement local ait également attiré un grand nombre d'hommes.
"Environ 25 pour cent de nos participants sont des hommes. Ceci était très important pour nous", a déclaré Morna. "Leur présence a donné lieu à un débat vigoureux et a conduit à un corps de champions masculins de l'égalité de genre dans la ville (de Johannesburg)".
Au niveau régional, la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), forte de 14 nations, s'est elle-même engagée à faire occuper 50 pour cent de postes de prise de décision dans les Etats membres par des femmes. Toutefois, aucun délai n'a été fixé pour la réalisation de cet objectif.
Précédemment, la SADC s'est fixé pour objectif de faire occuper 30 pour cent des postes de prise de décision par des femmes, d'ici à 2005. Sur le front parlementaire, seuls l'Afrique du Sud, le Mozambique et la Tanzanie ont atteint cet objectif.

