JOHANNESBURG, 30 sep (IPS) – L'Afrique doit redoubler ses efforts si elle veut attirer plus d'investissement, a déclaré, jeudi, un responsable de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), au lancement du 'Rapport sur l'investissement mondial' de l'agence, paraissant tous les ans.
"Il y a beaucoup de choses que l'Afrique doit faire pour attirer plus d'investissement étranger direct (IED)", a déclaré Anne Miroux, chargée de l'analyse de l'investissement à la CNUCED, en réponse à une question posée par IPS.
"Les besoins sont énormes : il y a un problème de marché, vous avez des problèmes d'infrastructure. Ces difficultés et plusieurs autres constituent des obstacles pour l'Afrique", a-t-elle ajouté, s'exprimant via satellite depuis le siège de l'agence à Genève.
Selon le 'Rapport 2005 sur l'investissement dans le monde : Sociétés transnationales et l'internationalisation de la recherche et du développement', les flux d'investissement en direction de l'Afrique sont demeurés stables en 2004, à 18 milliards de dollars.
"Les niveaux étaient relativement élevés en termes historiques, mais représentaient encore trois pour cent seulement d'un tel investissement à l'échelle mondiale", affirme le document. Ceci met l'Afrique an bas de l'échelle de l'investissement.
"Sur une base par habitant, les flux d'IED vers l'Afrique sont passés de huit dollars en 1995 à 20 dollars en 2004, mais ceci ne représentait qu'environ la moitié des flux d'IED par habitant vers la Chine, par exemple, qui s'élevaient à 46 dollars en 2004", note la CNUCED.
La France, les Pays-Bas, l'Afrique du Sud, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis sont en tête pour ces fonds qui étaient entrés en Afrique l'année dernière — représentant plus de la moitié des investissements sur le continent.
Le rapport a souligné que l'IED a augmenté dans 40 des 53 pays en Afrique et a chuté dans 13, avec l'Egypte en tête de la liste des bénéficiaires des investissements, grâce en partie aux politiques de libéralisation et de privatisation du pays.
"Le Nigeria, l'Angola, la Guinée Equatoriale et le Soudan — tous riches en ressources naturelles — ont rejoint l'Egypte comme les premiers bénéficiaires d'IED de l'Afrique, enregistrant tous des flux de plus d'un milliard de dollars", a observé la CNUCED. "Le secteur pétrolier représentait plus de 60 pour cent de l'IED en direction de l'Angola, de l'Egypte, de la Guinée Equatoriale et du Nigeria, et constituait également de larges parts de tels investissements en Algérie, en Libye et au Soudan".
D'autres pays africains ont enregistré moins de 100 millions de dollars d'investissement en 2004.
George Djolov, économiste principal aux Chambres de commerce et d'industrie d'Afrique du Sud, a prévenu que les ressources seules n'étaient pas une garantie d'IED soutenu.
"L'innovation est très importante. Je me réfère toujours à la Zambie, qui attirait des investissements à travers le cuivre dans les années 1970.
Lorsque le prix du cuivre a chuté, l'investissement a également baissé en Zambie", a-t-il dit à IPS.
"Les pays africains doivent alors innover et ne pas compter seulement sur des ressources. Les ressources sont importantes, mais elles devraient être complétées par l'innovation".
Pour sa part, l'Afrique du Sud a mis en place des mesures d'incitation pour attirer des investisseurs étrangers. Celles-ci comprennent la compensation pour près de 15 pour cent des coûts de transport de nouvelles machines et d'équipement dans le pays, jusqu'à un montant maximum de 500.000 dollars par unité.
Toutefois, la compétition mondiale fait toujours beaucoup de victimes dans plusieurs secteurs, causant des pertes d'emplois à grande échelle.
Selon le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU), 17.000 emplois dans les industries de vêtements, du textile, des chaussures et du cuir ont été perdus en 2005 seule — ceci après la suppression des quotas internationaux sur le textile au début de cette année.
L'organisation forte de 1,5 million de membres envisage d'organiser un certain nombre de grèves le mois prochain pour protester contre les pertes, qu'elle attribue à un afflux de textiles bon marché en provenance de la Chine.
Le COSATU estime que le taux de chômage de l'Afrique du Sud est passé de 34 pour cent à 41 pour cent durant ces cinq dernières années (les derniers chiffres de Statistics South Africa, l'agence nationale chargé du contrôle des indicateurs clés, estiment le chômage à 26,5 pour cent).
"Chaque ouvrier employé supporte actuellement plusieurs membres de sa famille. Pour chaque membre qui perd un emploi, cinq à dix personnes tombent dans la pauvreté et la faim", affirme le COSATU. "Nos communautés sont en train d'être déchirées par le chômage, la pauvreté et le désespoir".
Les nations riches sont aux prises avec la perte d'emploi au profit des nations comme la Chine et l'Inde, qui ont des coûts de main-d'œuvre moins élevés. Miroux a averti que ceci pourrait avoir des conséquences désastreuses.
"Je crois que c'est une politique qui manque de vision. Très bientôt, les gens dans le monde développé vont se révolter contre cette politique lorsqu'ils commenceront par perdre des emplois".
Les flux d'IED en provenance de l'Afrique ont plus que doublé en 2004, passant à 2,8 milliards de dollars, avec la moitié de ce montant émanant de l'Afrique du Sud.

