JOHANNESBURG, 29 sep (IPS) – Amnesty International, une organisation de défense des droits de l'Homme, a exprimé des craintes au sujet de l'intensification des tensions politiques et ethniques dans la province du Nord-Kivu de la République démocratique du Congo (RDC) -avertissant que cela pourrait déclencher un nouveau conflit dans le pays.
Dans un rapport publié mercredi, le groupe souligne que des combats supplémentaires pourraient saper le processus de paix incertain de la RDC, et conduire à des violations des droits de l'Homme dans une région qui est déjà devenue synonyme d'abus.
Le conflit pourrait également aggraver la situation humanitaire désastreuse au Congo. A l'heure actuelle, "quelque 31.000 Congolais meurent chaque mois des suites de la violence directe ou de maladies évitables ainsi que de la famine occasionnée par l'insécurité, le déplacement et le manque d'accès aux soins humanitaires et médicaux", affirme le rapport d'Amnesty, intitulé 'Nord-Kivu : Des civils paient le prix de la rivalité politique et militaire'. La province est située dans l'est de la RDC.
L'instabilité actuelle au Congo remonte à 1996, lorsque des rebelles issus d'un groupe ethnique Tutsi connu sous le nom de Banyamulenge, ont pris les armes contre Mobutu Sese Seko pour protester contre les violations des droits — renversant, l'année suivante, l'ancien chef d'Etat resté longtemps au pouvoir.
Leur campagne était soutenue par l'Ouganda et le Rwanda, qui était préoccupé par la manière dont des militants hutu, qui avaient aidé à perpétrer le génocide de 1994, utilisaient le territoire congolais comme une base d'opérations contre le pays.
Une deuxième série de combats a éclaté en 1998 après que les relations entre le nouveau président de la RDC, Laurent Désiré Kabila, et ses anciens alliés au Rwanda et en Ouganda se sont détériorées. Cette guerre de cinq ans a mis aux prises des rebelles supportés principalement par l'Ouganda et le Rwanda et des forces gouvernementales congolaises aidées par le Zimbabwe, l'Angola et la Namibie. Environ 3,5 millions de personnes auraient perdu la vie durant le conflit, la plupart en raison de la maladie et de la malnutrition.
Aux termes des accords de paix de la RDC, les anciens combattants de la guerre civile se sont unis dans un gouvernement de partage de pouvoir qui supervise les préparations pour une élection nationale devant se tenir d'ici le 30 juin de l'année prochaine.
Toutefois, l'administration est en train d'être prise en otage par des querelles politiques entre factions qui ont également un intérêt économique dans le maintien du statu quo, note Amnesty. "Le Nord-kivu est actuellement le lieu où se déroulent des antagonismes politiques et militaires nationaux", indique le rapport.
"Plutôt que d'améliorer le climat sécuritaire dans le Nord-Kivu, les autorités de transition de la RDC aux niveaux gouvernemental et provincial ont permis une détérioration de la situation, y compris une inflammation des tensions ethniques", ajoute-t-il.
Des émissions radiodiffusées et des réunions publiques font partie des moyens utilisés pour entretenir les différences tribales.
Amnesty affirme que les factions congolaises montrent beaucoup de réticence à désarmer, entravant leur intégration dans l'armée nationale. Une troupe unifiée est perçue comme essentielle pour la garantie d'élections libres et équitables — et la stabilité à long terme de la RDC.
Là où l'intégration a lieu, elle est en train d'être compromise par l'incapacité d'exclure des forces nationales, des auteurs présumés de violations des droits humains. L'incertitude entourant l'assimilation de diverses factions a déjà connu une importante éruption de violence dans le Nord-Kivu, en décembre de l'année dernière.
Amnesty accuse également le Rwanda et l'Ouganda de continuer à s'ingérer dans les affaires de la RDC en apportant du soutien aux groupes armés dans l'est du Congo et — dans le cas du Rwanda — en déployant des troupes dans l'Etat voisin.
L'organisation de défense des droits reconnaît que la présence des militants ougandais et rwandais en RDC a été utilisée pour justifier de précédentes incursions par Kampala et Kigali. Mais, elle poursuit, indiquant que "Plusieurs fois de suite, l'affirmation des gouvernements rwandais et ougandais, selon laquelle ils étaient simplement en train d'exercer un droit à l'autodéfense, a été affaiblie par les violations systématiques des droits de l'Homme commises par leurs forces ou par des groupes armés congolais à leur soldeà" Les opérations mises en place par les deux pays pour exploiter les ressources congolaises ont également jeté du doute sur cette affirmation, ajoute-t-elle.
Dans son rapport, Amnesty recommande qu'une institution indépendante soit créée pour contrôler le personnel militaire, en s'assurant que les soldats accusés de violations des droits sont exclus des forces armées congolaises et placés en examen.
Elle a également demandé que des efforts soient faits pour restaurer le système judiciaire de la RDC, et que des mesures soient prises contre ceux qui incitent à l'hostilité ethnique.
Par ailleurs, Amnesty croit que la force de maintien de paix des Nations Unies en RDC devrait totalement se conformer à son mandat de protection des civils dans l'est du Congo. Le groupe a accusé la mission, désignée par son acronyme français — MONUC — de n'avoir pas protégé les civils dans bien des cas et a demandé à l'ONU de renforcer sa position dans des zones menacées de violence.
Alors que 16.000 soldats de la paix ont été déployés en RDC sous les auspices de la MONUC, ils sont éparpillés sur une vaste région. La population du Congo est estimée à environ 53 millions d'habitants.
Jean-Marie Gasana, un chercheur à l'Institut pour les études sur la sécurité, basé à Pretoria, croit que les menaces dans le Nord-Kivu peuvent être contenues.
"On peut résoudre les problèmes — on peut s'occuper des candidats qui se présenteront dans le seul but de compromettre les chances d'un autre candidat. "Le gros problème est de respecter le calendrier".
Denis Kadima, directeur exécutif de l'Institut électoral d'Afrique australe, situé à Johannesburg, croit qu'il y a lieu d'être optimiste à cet égard.
"Le processus d'enregistrement avance dans le calme. Même dans le Nord-kivu et le Sud-Kivu, il semble n'y avoir aucun problème", a-t-il déclaré dans un entretien avec IPS. L'institut a actuellement une équipe en RDC pour superviser les préparations électorales et donner des conseils à propos du processus.

