ALGER, 1 oct (IPS) – Les dirigeants algériens se réjouissent des 97,36 pour cent en faveur du projet de "charte pour la paix et la réconciliation nationale", tandis que l'opposition dénonce des "fraudes massives" au cours du referendum de jeudi.
Au cours d'une conférence de presse, vendredi à Alger, le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, Nouredine Yazid Zerhouni, a déclaré que sur plus de 18 millions d'Algériens invités à se prononcer, jeudi, par un referendum, sur le projet de charte, le taux de participation enregistré était de 79,76 pour cent. Zerhouni a indiqué que le "oui" a obtenu 97,36 pour cent de voix, contre 2,64 pour cent pour le "non". Initié par le président Abdelaziz Bouteflika, le projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale vise à encourager les terroristes algériens à déposer les armes et à abandonner les poursuites judiciaires à l'encontre de ceux qui se sont déjà rendus. Le pardon s'appliquera également à travers des mesures de commutation ou de remise de peines, à condition que les personnes concernées "ne soient pas impliquées dans des massacres collectifs, des attentats à l'explosif dans des lieux publics ou des viols", souligne la charte. Les violences terroristes en Algérie avaient commencé au début de 1992, après l'annulation, par le pouvoir de l'époque, du second tour des élections législatives. Le premier tour avait été largement gagné en décembre 1991 par le Front islamique du salut (FIS), qui sera dissous par la suite. Les violences avaient fait plus de 150.000 victimes, selon des chiffres officiels.
Par ailleurs, la charte pour la paix et la réconciliation nationale interdit toute activité politique aux anciens dirigeants du FIS, considérés comme responsables de "la tragédie nationale", et envisage d'indemniser les "victimes du terrorisme", les familles de terroristes et de disparus.
A cet égard, la plupart des opposants à la charte, dont des partis politiques et des organisations de défense des droits de l'Homme, récusent l'initiative du président Bouteflika, estimant que ce pardon sans justice préalable permettrait au pouvoir de blanchir les forces de sécurité impliquées dans la disparition de milliers de personnes soupçonnées de soutenir des groupes armés islamistes.
Les familles des disparus, dont le nombre est estimé à plus de 10.000 selon certaines organisations de défense des droits humains, rejettent la démarche officielle de la charte de réconciliation, exigeant d'abord le principe de "vérité et justice", avant le pardon. La charte est une suite logique au premier référendum de 1999 sur la "concorde civile" qui avait poussé des milliers d'islamistes armés à se rendre pour bénéficier d'une amnistie. Pour Bouteflika, le résultat du "oui" au referendum de jeudi permettra de consolider la paix pour assurer le développement économique et social de l'Algérie dont la population reste en majorité pauvre malgré les richesses énormes du pays en pétrole et en gaz naturel.
Selon le ministre de l'Intérieur, le résultat massif obtenu par le "oui" prouve que le projet du chef de l'Etat a trouvé l'écho escompté au sein de la population qui lui a exprimé sa confiance, et qui souhaiterait volontiers fermer la page de plus d'une décennie sanglante. Plusieurs officiels algériens se sont félicités de la volonté prouvée par leurs concitoyens de fermer une page de leur histoire écrite par le sang.
Par exemple, le chef de la diplomatie algérienne, Mohamed Bedjaoui, s'est réjoui de la participation massive de la population au referendum. Pour le président du sénat, Abdelkader Bensalah, "C'est un jour mémorable dans l'histoire de l'Algérie moderne prête à tourner le dos à la décennie tragique".
En revanche, des appels au boycott du referendum avaient été lancés notamment par les deux principaux partis de l'opposition, le Front des forces socialistes (FFS) de Hocine Ait Ahmed, et du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) de Said Sadi, dont les bastions politiques sont en Kabylie. Les partisans du "non" à la charte, qui y voient une "occasion de pérenniser le régime dictatorial en place", disent ne pas croire à la fiabilité des résultats du scrutin. Pour le FFS, le taux de participation officiel annoncé "est un gros mensonge, un chiffre gonflé", tandis que le RCD affirme que "le chiffre du taux de participation a été multiplié par quatre". Les deux partis de l'opposition ont également dénoncé des "fraudes massives". De même, le Mouvement des arches de Kabylie, qui se bat pour la reconnaissance de leur langue — l'Amazighe — comme langue une autre officielle du pays, estime que "ce referendum n'apportera rien ni à l'Algérie et encore moins à la Kabylie qui restera otage des clans du pouvoir maffieux".
Pourtant, le scrutin s'est déroulé, globalement, dans de bonnes conditions, y compris en Kabylie, notamment à Tizi Ouzou et Bejaia, dans le nord de l'Algérie, où l'opposition avait particulièrement appelé à boycotter le referendum. Mais, les appels au boycott, qui s'étaient multipliés dans ces deux localités durant la campagne référendaire, ont reçu un "écho satisfaisant", selon l'opposition. Ainsi, avec un taux de participation de 11,51 pour cent pour Tizi Ouzou et 11,35 pour cent pour Bejaia, la Kabylie a, une fois de plus, manifesté son mécontentement après le refus de Bouteflika de reconnaître la langue amazighe des Kabyles comme langue officielle. En effet, à l'occasion d'un discours prononcé à Constantine, dans le nord-est du pays, le 22 septembre, le chef de l'Etat avait indiqué que "dans l'intérêt de l'Algérie, l'Arabe restera la seule langue officielle". Par contre, dans les grandes villes du pays, le taux de participation est très élevé, selon les chiffres officiels : 71,87 pour cent à Alger, la capitale, 74,10 pour cent à Constantine, et 63,41 pour cent à Oran, dans le nord-ouest. Selon des analystes à Alger, ces taux de participation traduisent la volonté de la majorité des Algériens de voir la paix revenir dans le pays pour tourner le dos au passé sanglant et s'orienter vers un futur plus prospère.
Malgré les résultats satisfaisants du référendum, la levée de l'état d'urgence instaurée depuis presque une décennie, n'est pas immédiate, a souligné le ministre de l'Intérieur, lors de sa conférence de presse, ajoutant que cela "n'entrave en rien l'exercice des libertés individuelles et collectives".

